Variété des usages de la photographie dans les fonds des Archives de Paris
Variété des usages de la photographie dans les fonds des Archives de Paris
Un grand nombre de photographies présentes dans les fonds des Archives de Paris témoignent d’un usage administratif du médium, généralement loin de toute considération esthétique.
Objet documentaire, les images, au sein des archives publiques, sont avant tout des documents de travail ou des éléments à valeur probante. Elles figurent par exemple dans les dossiers de demandes d’indemnisation ou de procédures judiciaires. Les photographies illustrent également les travaux d’urbanisme ou de voirie portés par les instances municipales ou départementales. On en retrouve parfois dans des dossiers scolaires. Elles peuvent également compléter un processus de réflexion dans l’attribution d’une subvention, constituer une documentation iconographique destinée à montrer l’état des services, ou encore illustrer ou promouvoir les grands projets ou les événements marquants de l’histoire de la Ville.
Les photographies choisies ici permettent d’appréhender ces différents usages à travers un tour d’horizon non exhaustif des typologies présentes dans les dossiers d’archives.
Témoigner et documenter l’évolution de l’urbanisme
Fonds de l’Union photographique française (UPF)
Fondée en 1893 par Jean-Baptiste Laroche, ouvrier photographe, l’Union photographique française est une association fonctionnant sur le modèle de la coopérative ouvrière. Spécialisée, mais pas exclusivement, dans les « travaux pour ingénieurs, architectes et constructeurs », l’UPF est choisie par le bureau des traités et acquisitions de la direction des services d’architecture et des promenades et plantations de la Ville de Paris pour photographier, entre 1898 et 1914, des quartiers populaires et/ou encore ruraux de la capitale bientôt amenés à disparaître.
Depuis une quarantaine d’années, la ville a déjà subi de nombreuses transformations. Aux grands travaux haussmanniens ont succédé les reconstructions nécessaires après la guerre civile de 1871. À l’aube du XXe siècle, la municipalité souhaite engager une nouvelle campagne d’urbanisation d’envergure, afin d’éradiquer l’habitat insalubre et d'endiguer la propagation de la tuberculose. Les photographies commanditées aux opérateurs de l’UPF doivent servir de base à l’architecte-voyer en chef pour estimer les indemnités d’expropriation ou d’éviction des habitants des quartiers concernés. Elles nourrissent également une pensée architecturale naissante, orientée vers l’édification d’une ville moins austère (à l’inverse du projet haussmannien) mais plus humaine et agréable.
Inscrits dans la tradition des commandes publiques de photographies d’architecture, ces clichés permettent aujourd’hui de documenter l’évolution du paysage urbain parisien. La connaissance du terrain qu’ont les opérateurs se reflète dans la présence souvent complice d’habitants de ce Paris populaire, vision éphémère suspendue entre passé et futur.
Ainsi cette vue du n°21 de la rue de la Lancette, dans le 12e arrondissement, semble-t-elle avoir été prise dans un village rural, à quelques rues à peine de la fourmillante gare de Lyon.
Le mobilier urbain
La construction et l’entretien des bâtiments municipaux constituent, dans toutes les villes, l'une des plus lourdes missions des services techniques. À Paris, l’activité des ingénieurs et architectes placés sous l'autorité du préfet de la Seine, stimulée alternativement par les grands projets de transformation urbaine, la croissance démographique et les épisodes insurrectionnels, grands destructeurs d'édifices publics, a parfois été documentée par la photographie.
Le fonds VM1-VM93 concerne les bâtiments publics, le mobilier urbain et les espaces verts de la capitale.
À côté des bâtiments les plus célèbres, comme l'Hôtel de ville et le Palais de justice dont les archives traitent de la reconstruction après 1871, on trouve notamment des dossiers, souvent riches de plans, sur les mairies d'arrondissement, les abattoirs (Vaugirard et La Villette) et les marchés de quartier, les casernes (pompiers, garde républicaine), les bastions des fortifications et les bureaux d'octroi, les hôpitaux, asiles, crèches, dispensaires et autres refuges, les bâtiments scolaires et universitaires (lycées Henri IV, Voltaire et Charlemagne, Sorbonne, écoles de droit et de médecine, Institut d'art), les équipements sportifs, les théâtres (Châtelet, Gaîté, Marigny) et les musées (Carnavalet, Petit Palais), les fontaines, statues et monuments commémoratifs, les habitations à bon marché, les Bourses (commerce, valeurs, travail), les cimetières, etc.
La sous-série V37M1 forme un ensemble quelque peu hétéroclite de documents entre 1878 et 1911. Elle comprend notamment des photographies de divers types de rames de métro, trains, omnibus et autres trolleys, de plusieurs modèles de taximètres, ainsi qu’une collection de clichés de mobilier urbain datés de 1908, témoignant du paysage parisien au tournant du XXe siècle : urinoirs, chalets d’aisance, colonnes-affichages et autres boîtes-bornes postales lettres, la publicité semble y être, d’une façon surprenante, omniprésente.
Plaques de verre de la direction de l'Urbanisme
La construction de l’enceinte de Thiers s’achève en 1844. Par-delà le mur défensif, une bande de terre mesurant 200 à 400 mètres de large selon les endroits s’étend en direction de la banlieue. Cette zone de tir des canons, dite non ædificandi (non constructible), est composée d’un fossé, d’une escarpe, d'une contrescarpe et d’un glacis militaire. Le siège de Paris pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871 met en évidence l’obsolescence du dispositif : les « fortifs » sont démilitarisées, leur dérasement envisagé dès les années 1880.
La zone est alors investie par une population pauvre que la spéculation immobilière consécutive aux grandes transformations haussmanniennes a rejetée hors de Paris. Les terrains cultivés divisés en petits lots jouxtent les habitats précaires. Les « zoniers » se comptent rapidement en dizaines de milliers, suscitant chez les Parisien·nes intramuros nombre d’inquiétudes et de fantasmes plus ou moins fondés, véhiculés par les unes des journaux populaires et une abondante production littéraire.
Les fortifications sont déclassées par la loi du 19 avril 1919, qui réaffirme la responsabilité de la Ville quant au maintien du statut non constructible de la zone. Le mur est progressivement dérasé jusqu’en 1929. L’habitat zonier s’étant quant à lui pérennisé, certains habitants refusent l’expulsion et la destruction programmée de leurs logements. Les reportages photographiques sur plaques de verre des photographes des services de concertation et communication de la direction de l’Urbanisme témoignent d’une persistance de ces constructions jusqu’au début des années 1940, qu’ils recensent à des fins administratives et procédurales. Leur utilité est immédiate. À l’inverse des prises de vues commanditées à l’Union photographique française, ces images n’ont pas vocation à avoir une portée historique, bien qu’elles nous éclairent aujourd’hui sur les conditions de vie de ces populations marginales.
La construction du périphérique, mission communication de la direction de la voirie et des déplacements
Les discussions autour de la construction d’une voie de contournement de la capitale, permettant de désengorger la circulation dans Paris, s’ouvrent dès le début du dérasement des fortifications dans les années 1920. De nombreux projets sont formulés avant d’aboutir, en 1954, à l’inscription au plan d’aménagement de Paris de ce qui deviendra le boulevard périphérique. L’avant-projet envisage une rocade communale pensée comme une autoroute, doublant les boulevards des Maréchaux autour de Paris sur une distance de 35 km.
Le premier coup de pioche est donné en 1956 et le périphérique est inauguré le 25 avril 1973 par le premier ministre Pierre Messmer.
Compétente pour tout ce qui concerne la circulation à Paris, la direction de la Voirie et des Déplacements (DVD) assure les relations entre les services intervenant dans ce domaine. Elle contrôle la coordination des travaux et des opérations effectués sur la voirie parisienne, tant par les autres directions municipales que par les services publics concessionnaires et les personnes privées.
Pendant toute la durée des travaux, la DVD commande des reportages photographiques à des fins documentaires et de contrôle, auprès de plusieurs photographes et studios, identifiés par leurs cachets ou leur signature.
Versé aux Archives de Paris en 2021 par le bureau des moyens généraux de la DVD, ce fonds coté 3955W compte 2573 pièces, pour la plupart des tirages noir et blanc. Cependant, il faut aussi noter la présence de photographies aériennes et de quelques tirages couleurs, essentiellement en fin de travaux.
L’atelier parisien d’urbanisme (APUR)
Créé sur décision du Conseil de Paris en juillet 1967, l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) est une association régie par la loi de 1901. Sa mission principale est de fournir des études d'urbanisme pour la capitale. Ses archives sont conservées aux Archives de Paris.
La photographie documentaire y occupe une place importante. L’APUR ayant notamment élaboré des projets pour l’aménagement de secteurs comme celui des Halles, et plus largement du centre historique de la capitale, le pôle des gares de Lyon, d’Austerlitz et de Bercy, des gares du Nord et de l’Est, des environs du canal Saint-Martin et des Champs-Élysées, les images témoignent des grandes mutations urbaines de la capitale dans la deuxième moitié du XXe siècle.
Conçues comme des outils de travail, ces clichés prennent parfois une dimension toute autre lorsque le photographe laisse s’exprimer sa créativité par un cadrage délibérément travaillé, ce qui change notre perception de l’espace, ou attire l’œil sur un détail inattendu.
La photothèque de l’Agence d’études d’architecture
En 1957, les célébrations de Noël organisées par la municipalité parisienne sont retransmises à la télévision : une première ! Sous l’objectif des caméras, la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville a été fastueusement décorée par les services techniques de la direction du Patrimoine et de l’Architecture (DPA, actuelle direction Constructions Publiques et Architecture).
Pour mener à bien leurs missions, ces services s’appuient en interne sur l'Agence d’études d’architecture, qui analyse les besoins, étudie leur faisabilité et prépare les appels d'offres et les concours.
À partir de la fin des années 1940, l’agence constitue un corpus photographique à usage interne. Véritable documentation technique et visuelle, cet ensemble concerne le patrimoine municipal bâti et les évènements ou cérémonies qui s’y déroulent.
Décontextualisées de leur usage initial depuis leur entrée aux Archives de Paris (en 2012, 2019, puis février 2021 ; voir l’instrument de recherche en ligne), ces photographies témoignent de la multiplicité des métiers du bâtiment au sein de la Ville de Paris, de l’importance des chantiers patrimoniaux ou encore de l’activité protocolaire et festive de la municipalité, comme ce Noël télévisé de décembre 1957, ou, le même année, la réception de la jeune reine Elizabeth II, reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord.
Photothèque du pavillon de l’Arsenal
Le Pavillon de l’Arsenal est un centre d’information, de documentation et d’exposition consacré à l’architecture et à l’urbanisme de Paris et de sa métropole. Ouvert en décembre 1988, il est installé dans un bâtiment à la structure métallique, situé au 21 boulevard Morland, dans le 4e arrondissement.
En 2023, en prévision de travaux d’envergure, le Pavillon de l’Arsenal verse aux Archives de Paris son importante photothèque, composée de deux ensembles : un fonds ancien, comprenant des tirages de prises de vues de la direction de l’Urbanisme, effectuées entre 1939 et 1980 ; un fonds plus récent, essentiellement des diapositives, ektachromes et tirages allant des années 1980 à 2002, provenant de la direction de l’Urbanisme, de la direction de la Construction publique et de l’architecture, de l'Atelier parisien d'urbanisme (APUR), et de reportages réalisés par des photographes professionnels sur commande du Pavillon.
Seul le premier ensemble est actuellement disponible à la consultation en salle de lecture, classé par ordre alphabétique de voies et reconditionné dans 178 boîtes d’archives.
Photographies de la direction des Espaces verts de la Ville de Paris
La photographie peut aussi avoir des usages scientifiques : ces clichés noir et blanc pris par les agents de la Direction des espaces verts de la Ville de Paris servent de support à la surveillance des arbres et des maladies qui les touchent parfois. Cette étude, réalisée en 1973, visait les ormes et le graphium ulmi, ou champignon provoquant le dessèchement de ses rameaux.
Prouver des faits : les dossiers judiciaires
Dès son invention au milieu du XIXe siècle, le médium photographique revêt un caractère probatoire. En fixant une certaine image du réel, la photographie certifie et atteste. Bien que son pouvoir de vérité fasse débat, elle est très rapidement utilisée comme instrument de conviction au service de la police et de la justice. Les prises de vues sont codifiées et élaborées selon certaines règles, afin de pouvoir prétendre à une certaine neutralité, et accéder ainsi au statut de preuve.
Aussi trouve-t-on des photographies dans les fonds d’archives judiciaires. Par exemple, des dossiers relatifs à des morts dites "suspectes" ou potentiellement "violentes" : morts accidentelles, suicides et homicides. Transmis au Parquet qui n'a pas jugé nécessaire d'engager des poursuites ni d'ouvrir une information judiciaire, ces dossiers dits de “morts sans suite” contiennent surtout des procès-verbaux de police (découverte du corps, interrogatoires), le rapport d'autopsie de l'institut médico-légal, et plus rarement des effets personnels trouvés sur la victime. Outre les photos du lieu où le corps a été retrouvé, on peut y voir des photographies cadavériques qui contribuent à l’identification du sujet.
Pendant plus d’un siècle, l’exposition publique des cadavres, entreposés derrière des baies vitrées de la morgue de Paris, pouvait permettre cette identification par le public qui s’y pressait. Devenue l’attraction du Tout-Paris, la visite à la morgue était relayée dans des guides de voyagistes. En mars 1907, un décret du préfet de police Lépine interdit ces expositions, alors que l’usage de la photographie légale et anthropométrique s’est répandu.
Illustrer pour faire valoir un droit : les dommages de guerre
Si le débat sur le rapport de la photographie à la vérité remonte à la création même du médium, elle n’en est pas moins très tôt utilisée pour sa valeur probante. Ainsi, le fonds très volumineux des dommages de guerre contient-il des photographies. Adjointes aux dossiers de demandes d’indemnisation, elles sont censées apporter une preuve irréfutable des dégradations perpétrées sur des biens mobiliers ou immobiliers lors d’un conflit armé. Ces images se substituent aux dessins que l’on peut trouver dans certains dossiers plus anciens, relatifs à la guerre franco-prussienne et aux combats de la Semaine Sanglante, en 1870 et 1871 (voir notre dossier en ligne sur la Commune de Paris, dans la rubrique Offres pédagogiques > ressources pédagogiques).
Cet immeuble situé 1 rue Gudin (16e arr.) a vraisemblablement été partiellement démoli par le bombardement aérien du 15 septembre 1943.
Cette photographie datant de 1950 provient du fonds des dommages de la Seconde Guerre mondiale, qui comprend 71 046 dossiers de demandes d’indemnisation, dont 4 893 demandes rejetées au 1ᵉʳ mars 1954. En raison du volume que cette production administrative a généré, l’intégralité des dossiers de demandes n’a pas été conservée. Les 12 fichiers restants conservent la trace de toutes les demandes formulées par les sinistrés du département de la Seine. L’instrument de recherche accessible en ligne dans le cadre de classement des Archives permet de vérifier si un dossier existe. Seule la consultation du dossier original en salle de lecture permet de savoir si des photographies s’y trouvent, de même pour le versement concernant les dommages relatifs à la Première Guerre mondiale (conservés sous les cotes D1R7 et D2R7).
Le dossier de demande d’indemnisation du propriétaire de l’hôtel Gudin, situé à l’angle de la rue Gudin et du boulevard Murat, est répertorié dans l’instrument de recherche à “boulevard Murat” (16e arr.) et non à “rue Gudin” (50W 967). Autrefois identique à son voisin sis au nᵒ 3 de la rue Gudin, l’immeuble reconstruit au nᵒ 1 rompt désormais l’homogénéité architecturale initiale de la parcelle.
Cataloguer et commémorer : albums et atlas photographiques
Les Archives de Paris conservent un assez grand nombre d’albums et d’atlas photographiques, d’origines variées.
Certains sont conçus par des particuliers et entrés dans les fonds par voie dite extraordinaire, en tant qu’archives privées, le plus souvent par don ou par achat, bien que certaines entrées s’avèrent difficilement traçables en raison notamment de leur ancienneté
D’autres émanent d’administrations parisiennes dont la volonté affirmée est de documenter une réalisation, ou la commémoration d’un événement : percement du métropolitain, construction d’un pont ou agrandissement d’une gare, inondation, bombardement, participation municipale aux expositions universelles… Certaines constituent un catalogue iconographique d’éléments du paysage urbain, portes d’entrées dans Paris, octrois, feux de signalisation, éclairage public, etc., pour un usage documentaire.
Émouvoir : les dossiers d’admission et de placement des enfants assistés
À Paris, l’assistance aux enfants abandonnés se structure dès le XVIIe siècle sous l’impulsion de Saint Vincent de Paul et s’organise jusqu’au XIXe siècle au sein d’institutions accueillant des enfants en fonction de leur statut et de leur âge. En 1838, les institutions existantes fusionnent : les enfants de tous âges sont désormais admis au sein d’un même établissement : l'Hospice des enfants trouvés et orphelins puis, à partir des années 1860, l’Hospice des enfants assistés.
Aux Archives de Paris, ces fonds d’archives sont parmi les plus riches en documents de nature variée. Ils comportent notamment deux grands ensembles : les dossiers d’admission, rassemblant tous les documents administratifs, médicaux, socio-éducatifs et juridiques relatifs à l’accompagnement de l’enfant de son admission jusqu’à sa majorité, et les dossiers de placement, tenus par les agences situées en province sous l’autorité de l’administration centrale parisienne. Ces derniers renseignent sur le suivi de l’enfant en province auprès d’une famille nourricière
Quelques-uns de ces dossiers renferment des trésors photographiques, pour la plupart sous forme de cartes postales adressées au pupille ou envoyées par celui-ci à l’administration. Plus rarement, ce sont des photos-cartes de visite représentant l’enfant, et agrémentées d’un commentaire au verso décrivant son caractère en termes souvent avantageux. Ces cartes pouvaient pour partie faciliter le placement des pupilles, mettant l’accent sur leurs qualités. Parfois photographiés avec une nourrice, les pupilles, d’âges variés, se prêtent bon gré mal gré à l’exercice, le regard souvent grave, parfois perplexe, un peu perdu.
Ces images sont ponctuellement extraites des dossiers d’origine et intégrées dans des conditionnements appropriés pour assurer leur conservation pérenne. Elles sont décrites dans un instrument de recherche dédié, accessible en ligne.
Justifier et promouvoir : les dossiers d’aide aux artistes
Les dossiers de commandes d’œuvres d’art et d’aide aux artistes concernent principalement les peintres et sculpteurs/sculptrices. Tenus par les services de la préfecture de la Seine en charge des affaires culturelles municipales, dont l’encouragement des pratiques artistiques était l’une des attributions, ces dossiers se composent généralement de propositions d’acquisitions, d’échanges épistolaires entre le service et les artistes ou leurs ayants droit, de quittances de paiement aux artistes, et parfois de reproductions photographiques d’œuvres. Ces images peuvent témoigner de l’avancement de la production d’une statue, fresque ou tableau, ou documenter sa forme finale. Elles sont aussi parfois envoyées à la direction par des artistes désireux d’en obtenir le soutien, pour promouvoir leurs talents.
Les quelques pièces du dossier du sculpteur Antide Péchiné (Langres, 1855-Troyes, 1929) montrent qu’il n’était pas rare que les artistes cherchent à vendre une œuvre à la Ville par l’entremise d’une connaissance aussi bienveillante que bien placée.
Se souvenir : les archives du service du protocole du Conseil municipal de Paris
Le 22 décembre 1926, le Conseil municipal de Paris organise dans les salons de l’Hôtel de Ville un arbre de Noël pour les enfants pauvres de la capitale. Les petits visages solennels ou intimidés des jeunes invité.es à cette “fête enfantine”, tenant dans leurs mains leur précieux cadeau, sont immortalisés dans l’un des albums photographiques du service du protocole.
Les Archives de Paris conservent un ensemble important de documents écrits, graphiques, photographiques et sonores, produits par ce service qui organise les fêtes, les réceptions officielles et les manifestations publiques de la municipalité, répartis entre les cotes VK3 (pour les documents antérieurs à juillet 1940) et les cotes 2059 à 2061W.
Au gré des évolutions administratives et politiques, la fonction de ce service a perduré : appelé service des fêtes, puis service des cérémonies rattaché au cabinet du syndic du Conseil municipal et du Conseil général lorsque la réalité du pouvoir municipal est exercée par le préfet de la Seine, le service du protocole est ainsi renommé en 1977, lors du rétablissement de la mairie centrale (supprimée par la loi du 11 octobre 1795).
Riche et éclectique, ce fonds se révèle une source indispensable pour qui s’intéresse à l’évolution de la municipalité parisienne, ou encore à l’histoire diplomatique, politique ou socioculturelle française de la troisième République à la fin du XXe siècle.
Valoriser : les photos de classe
La photo de classe, apparue dès les années 1850-1860, est d’abord utilisée par les établissements de renom à des fins de valorisation. Son usage se répand plus largement grâce à la démocratisation de la photographie et à l’engouement des familles pour ces clichés.
D’abord assujettie à un très long temps de pose, la photo de classe est prise en extérieur. À partir des années 1930, les prises de vues en intérieur avec en fond un élément architectural remarquable de l’établissement se multiplient.
L’évolution des mises en scène peut refléter celle, plus lente, de l’institution scolaire et de son histoire politique et sociale. Les élèves, au début, sont souvent en blouses et alignés, dans des postures figées. Avec les lois Ferry sur l’école gratuite, laïque et obligatoire, les nouvelles valeurs d’ordre, d’excellence et de discipline sont incarnées par le maître ou la maîtresse au centre de l’image. Dans les années 1930, le groupe en salle de classe est représenté en situation d’apprentissage. Tout au long du XXᵉ siècle, les postures des élèves comme des enseignants se décontractent progressivement et la mixité apparaît.
Les photos de classe conservées aux Archives de Paris font partie des fonds collectés dans les écoles. Quand ces témoignages ont été conservés, ils ne sont pas toujours datés et les personnes photographiées sont rarement identifiées.
Contextualiser et commémorer : les albums photographiques de la Grande Guerre
Le 28 juillet 1919, la Ville de Paris reçoit la croix de guerre avec palme, décoration créée en 1915 pour matérialiser les citations récompensant la bravoure militaire. La remise officielle a lieu en très grandes pompes sur le parvis de l’Hôtel de Ville le 19 octobre 1919, en présence du président de la République Raymond Poincaré. La citation à l’armée de Georges Clemenceau, président du Conseil des ministres, évoque la bravoure des Parisiennes et des Parisiens, qui ont supporté « avec une vaillance aussi ferme que souriante de nombreux bombardements par avions et par pièces à longue portée ».
Les Archives de Paris conservent des albums photographiques qui témoignent visuellement des difficultés endurées par les populations civiles de la capitale pendant ce premier conflit mondial, ainsi que des manifestations de liesse spontanées après l’annonce de la signature de l’armistice. Cotés 9Fi 8 et 9Fi 9, ils permettent de mieux appréhender la dimension humaine des destructions et des privations subies par les Parisien.nes pendant la guerre, dont attestent plus formellement les documents administratifs également conservés aux Archives de Paris.
Outre les bombardements, la capitale est aussi marquée par les réquisitions. Un troisième album conservé aux Archives de Paris, coté 9Fi 1, montre la transformation du Grand Palais, réquisitionné dès le 2 août 1914, et converti en hôpital militaire dès le 4 septembre. Conçu comme un album-souvenir édité à 500 exemplaires et illustré de tirages d’époque, il est préfacé par M. Deglane, architecte conservateur du Grand Palais, le médecin principal Coppin, médecin-chef, et le médecin major Jean Camus.
Bien que l’on ignore l’identité des auteurs des prises de vue des albums 9Fi 8 et 9Fi 9 (à noter, certaines photographies portent le timbre sec « Cliché identité judiciaire ») et l’usage auquel elles étaient initialement destinées, ces photographies ouvrent une fenêtre sur la vie quotidienne des Parisien.nes pendant la Première Guerre mondiale.
Promouvoir : les archives du service municipal des pompes funèbres
La loi du 28 décembre 1904 transfère aux communes le monopole des inhumations, jusque-là détenu par les fabriques des églises et les consistoires depuis la loi du 23 prairial an XII (13 juin 1804).
La fourniture des cercueils ainsi que la mise à disposition des corbillards, des tentures et du personnel nécessaire aux inhumations, exhumations et crémations… deviennent ainsi un service public.
À Paris, cette loi est appliquée à partir du 1er janvier 1906. Le transfert de compétences concernant aussi bien les services que le foncier, le bâtiment situé au n° 104 de la rue d’Aubervilliers (19e arr.), construit en 1874 par l’archevêché de Paris pour y installer les pompes funèbres parisiennes, abrite désormais le service central des pompes funèbres de la Ville de Paris. Le service municipal des pompes funèbres est ainsi encadré par la préfecture de la Seine puis par la municipalité jusqu’en 1997, date à laquelle il cesse son activité mise à mal par la fin du monopole communal sur l’organisation des obsèques, instauré par la loi du 8 janvier 1993.
Cette fermeture est l’occasion pour les Archives de Paris de collecter les archives du service, réparties en plusieurs versements.
Outre son intérêt généalogique et sociologique, le fonds coté 2484W offre aujourd’hui une documentation visuelle précieuse pour qui s’intéresse aux pratiques funéraires et à leur évolution dans le temps, du début du XXe siècle aux années 1980. Mais lorsqu’elles sont réalisées, ces photographies de corbillards par classes d’enterrements, de croque-morts en livrée, de catafalques et autres urnes et cercueils, servent en premier lieu à promouvoir les prestations proposées par les services de la Ville.
Protéger une création : les dessins et modèles de fabrique
Les dessins et modèles de fabrique constituent l’une des trois composantes de la propriété industrielle, avec les marques et les brevets d’invention. Jusqu’en 1979, la procédure de dépôt des dessins et modèles s’effectuait auprès des tribunaux, conseils de prud’hommes en général, répartis à Paris en greffes spécialisés (tissus, produits chimiques, métaux et industries diverses, bâtiment et commerce suivant les époques). Elle servait à protéger l’apparence des objets industriels : lignes, contours, couleurs, forme, texture, matériaux utilisés.
Flacons à parfum, vêtements, modèles d’orfèvrerie, etc., sont déposés en deux dimensions (dessins, plans, croquis, photographies) ou en trois dimensions (échantillons, prototypes, modèles réduits ou grandeur nature), dans des boîtes cachetées à la cire et horodatées, destinées à n’être ouvertes qu’en cas de procès en contrefaçon intenté par les déposants.
Valeur probante par excellence, ce fonds fait la part belle aux objets photographiques, les créateurs recourant souvent à l’image pour protéger leurs créations.
On trouve aussi des dépôts de prototypes concernant des techniques de prise de vue et de tirage, comme les émaux photographiques ou l’impression sur tissus (faire un lien vers la partie 1 consacrée aux impressions sur étoffes).
Provenant du conseil de prud'hommes de la Seine puis de Paris, ces archives atypiques couvrent la période 1845-1979. Elles ont connu une histoire complexe, retracée dans une présentation illustrée d’exemples accessible sur notre site internet, détaillant les méthodes de classement et de recherche dans cet ensemble.
Une base de recherche dédiée, également accessible en ligne, permet de découvrir une large sélection de ces curiosités.
En 1933, Le Jardin des Mondes dépose auprès du greffe des métaux deux modèles de « fétiches » représentant Babar et Céleste, pour accompagner le succès de « L’Histoire de Babar, le petit éléphant », que la revue a publiée en 1931 sous forme de feuilleton. Le personnage de Jean de Brunhoff (1899-1937), peintre et dessinateur français, est imaginé en 1930 par son épouse, Cécile de Brunhoff, alors qu’elle inventait pour ses deux fils une histoire du soir, à l’heure du coucher.
Documenter la vie des archives
La photographie sert aussi parfois à documenter les activités, l’évolution, le bâti et les divers événements relatifs aux services d’archives. Ces documents deviennent donc des Archives !
En 1803 , les Archives de la Seine s’installent à l’Hôtel de Ville, complétées par une annexe en 1860, située à proximité de l’avenue Victoria.
Après les incendies qui ravagent Paris pendant la Semaine Sanglante en mai 1871, les archives de la Seine sont aménagées dans un nouvel immeuble situé quai Henri IV, dans le 4e arrondissement. Les locaux sont rapidement trop exigus ; plusieurs annexes cohabitent alors en région parisienne, dont celle de Villemoisson-sur-Orge (Essonne), inaugurée en 1985.
Ce reportage a été effectué lors de la visite du dépôt du quai Henri-IV par le préfet de Paris Lucien Vochel, accompagné de Jean Bereaux, sous-préfet, et de Jean Favier, directeur des Archives de France, sous la conduite de Geneviève Gille, directrice des services d'Archives de Paris, et de Christiane Demeulanaere, en 1982.
Diversifier les points de vue : l’apport des fonds photographiques privés
En 2019, les archives municipales de La Haye font don aux Archives de Paris d’un album contenant 89 photographies réalisées à Paris pendant la Seconde Guerre mondiale et l’immédiat après-guerre, provenant lui-même du don de madame Francisca Maria Teurlings (La Haye, 1921-2017). Cette dernière n’est vraisemblablement pas l’autrice des clichés, qui pour certains comportent au dos des mentions manuscrites en néerlandais et en allemand, ainsi que deux systèmes de numérotation distincts, le tout permettant de supposer au moins deux photographes amateurs. L’angle de certaines images semble également indiquer que l’un de ces photographes avait accès à un bureau au sein du ministère de l’Air, boulevard Victor dans le 15e arrondissement. Sous l’Occupation, le bâtiment est utilisé par les nazis pour des actions de répression contre la résistance politique et militaire à l’ennemi.
Les images de ce fonds conservé aux Archives de Paris sous la cote 41Fi constituent un parfait exemple de l’apport documentaire des archives privées, complémentaires des versements réglementaires d’archives publiques, multipliant les points de vue et les éclairages. Ainsi, depuis quelques années, l’enrichissement des fonds photographiques par des dons de fonds de photographes ou de pièces photographiques isolées d’origine privée est une des priorités des Archives de Paris. On peut citer les fonds Bertrand (35Fi 1-1890) et Varga (31Fi 1-518), d’ores et déjà numérisés et accessibles en ligne, mais aussi les fonds Faure (57Fi) ou Godard (47Fi), qui viendront progressivement enrichir la base de recherche des photographies numérisées des Archives.