Quelques photographes de renom dans les fonds des Archives de Paris
Quelques photographes de renom dans les fonds des Archives de Paris
Parmi les photographies conservées aux Archives de Paris, on recense de très grands noms du médium. Certains artistes répondent à une commande spécifique de l’appareil municipal, documentation visuelle ou portrait officiel.
D’autres émergent au détour d’une recherche ou d’un classement, découverte précieuse, aussi heureuse qu'inattendue.
Loin de toute prétention à l'exhaustivité, ces quelques notices biographiques invitent à découvrir à travers leur présence dans les fonds des Archives les pionniers et pionnières de la photographie et leurs héritiers et héritières contemporains, depuis les origines de cet art jusqu’à nos jours.
Charles Marville (Paris, 1813-1879)
En décembre 2024, la Ville de Paris rendait hommage au photographe Charles Marville, en attribuant son nom à l'allée du square Léopold Achille (Paris Centre), située à quelques pas du musée Carnavalet, où sont conservées nombre de ses œuvres.
Charles Marville est nommé photographe de la Ville de Paris en 1862. Il a pour mission de documenter les rues vouées à disparaître dans les travaux d’embellissement entrepris par le baron Haussmann à la demande de Napoléon III. Dans un second temps, il capture avec son appareil les nouveaux équipements d’une capitale qui a fait peau neuve. Modernisée, propre et dynamique, Paris s’est en effet dotée de lampadaires pour éclairer ses nouvelles artères, d’urinoirs conformes aux préconisations hygiénistes de l’époque, et de colonnes Morris vantant l’offre foisonnante des divertissements parisiens.
Les Archives de Paris conservent des tirages de ces prises de vues de Charles Marville, qui ont servi à cataloguer le mobilier urbain parisien de la deuxième moitié du XIXe siècle.
Numérisés, ils sont accessibles en ligne, dans la rubrique des archives numérisées.
Eugène Disdéri (Paris, 1819-1889)
Photographe, inventeur, et habile entrepreneur, Adolphe-Eugène Disdéri a largement contribué à l’essor du médium photographique.
Les premiers portraits photographiques sont des daguerréotypes ou des positifs directs, procédés coûteux, difficiles à reproduire, et produisant une image unique, quand celles-ci sont pourtant destinées à être échangées ou offertes.
Mesurant le potentiel de ce marché du portrait, Disdéri conçoit un appareil à quatre objectifs permettant de réaliser jusqu’à huit prises de vues, identiques ou différentes, sur une même plaque négative. Une fois tirées, ces huit images rectangulaires de petit format peuvent être découpées et distribuées. Autre atout majeur, elles sont vendues à un prix beaucoup plus attractif.
Disdéri dépose en 1854 le brevet de la photo-carte, procédé qu’il exploite à une échelle commerciale sans en être réellement l’inventeur. Le succès est au rendez-vous dans son studio du 8 boulevard des Italiens (2e arr.), où, à la suite de l’empereur Napoléon III, toute la haute société se presse, faisant de la photo-carte un marqueur social. Photographe officiel de l’Exposition universelle de 1855, Disdéri publie en 1862 L’Art de la photographie.
Après 1875, il s’associe à Ernest Ladrey pour l’exploitation d’un atelier situé 6 boulevard des Italiens. Il mène un train de vie dispendieux, et son activité décline. Après un séjour prolongé en Espagne, Disdéri rentre à Paris. Il est interné à l’hôpital Saint-Anne, où il décède dans le dénuement en 1889.
Felix Tournachon, dit Nadar (Paris, 1820-1910)
Passé à la postérité sous son pseudonyme de Nadar, Gaspard-Félix Tournachon figure au panthéon des photographes de renom. Pourtant, la photographie n’est pas son activité première : c’est comme caricaturiste qu’il se fait d’abord un nom. Très vite cependant, le médium naissant l’attire. Dès 1854, il devient l’un des fers de lance du portrait photographique, dont il codifie les règles avec son style sobre et moderne qui le distingue de ses congénères. En 1860, il ouvre au 35 boulevard des Capucines (2e arr.) un atelier photographique, faisant ériger sur la façade de l’immeuble sa célèbre enseigne éclairée au gaz. Artistes et aristocrates défilent devant son objectif. Ses prises de vues à la composition dépouillée traduisent l’intimité et la confiance qui le lient à ses sujets les plus illustres.
Si sa passion pour l’aérostation finit par le détourner de la photographie, il continue toutefois de mettre au point des innovations techniques. Parmi celles-ci, la photographie aérienne et la photographie en éclairage artificiel, comme sur cette image des égouts de Paris prise en 1890, qui lui est attribuée.
Sympathisant de la Commune de Paris, c’est sur ses conseils que la Commission exécutive décrète, le 20 avril 1871, la création d’une compagnie d’aérostiers civils et militaires, destinée à assurer des missions de communication et d’observation militaire.
Eugène-Léon Appert (Châteauroux, 1830-Médan,1905) et Ernest-Charles Appert (Châteauroux, 1831-Paris, 1890)
En 2012, les Archives de Paris acquièrent en vente publique un album attribué au photographe Ernest-Charles Appert (1831-1890). Mesurant 22,5 x 32 centimètres fermé, l’album contient 252 portraits au format carte de visite, présentés par paires. Si la première page porte la mention de l’année 1866, les clichés ont sans doute été réalisés entre 1866 et 1872.
Les portraits représentent des personnalités françaises et étrangères, politiques, ecclésiastiques, mondaines ou artistiques, ainsi que des membres de la Commune de Paris, dont onze femmes, parmi lesquelles toutes ne sont malheureusement pas nommées.
Ernest collabore très souvent avec son frère Eugène, les deux hommes signant leurs tirages d’un E. Appert qui prête encore aujourd’hui à confusion, particulièrement lorsqu’il s’agit de leur attribuer la paternité exclusive d’une image. Partisans du gouvernement installé à Versailles, ils sont crédités pour la promotion, si ce n’est la création, du photomontage, procédé grâce auquel ils défendent le parti versaillais et construisent leur réputation. Avec ses Crimes de la Commune, album de photomontages à charge publié en 1872, Eugène Appert sert l’idéologie du vainqueur de la guerre civile qui a ensanglanté Paris.
Pierre Petit (1831-1909)
Photographe photographié, Pierre Petit est reconnaissable à sa foisonnante chevelure qui lui a valu le surnom de « Collodion le chevelu ».
Né à Aups, dans le Var, le 15 août 1831, Pierre Lanith Petit entre au début des années 1850 dans l’atelier d’Eugène Disdéri (1819-1889), auprès duquel il se forme à la technique photographique. Il se spécialise dans le portrait au format carte de visite, que Disdéri a breveté et popularisé. Petit devient alors l’un des promoteurs les plus prolifiques de ce procédé.
En 1858, Petit installe son studio au n°31 de la rue Cadet (9e arr.). Fort de son succès commercial, il ouvre une succursale à Bade (actuellement Baden-Baden, Allemagne) en 1861, puis une seconde à Marseille en 1862. Il se spécialise dans les portraits de personnalités culturelles et politiques qui font sa renommée. Ses sujets sont généralement cadrés de près, dans un décor dépouillé qui tranche avec les compositions chargées en vogue à cette époque.
Témoignage de la concurrence féroce du milieu, Petit intente en 1862 un procès à son ex-associé (de 1859 à 1861) Antoine Trinquart, accusant ce dernier d’avoir ouvert un studio dans le voisinage immédiat du sien. Débouté, il déménage au 122 rue Lafayette (10e arr.) et choisit pour slogan publicitaire « Opère lui-même », ce qui ne caractériserait pas Trinquart.
Pierre Petit est photographe officiel et exclusif de l’Exposition universelle de 1867. C’est à l’occasion de celle de Paris, en 1900, qu’il réalise cet autoportrait au format photo-carte de visite, de profil, une autre de ses caractéristiques stylistiques.
Il s’éteint à l’âge de 77 ans, le 16 février 1909, dans son appartement de la rue Lafayette.
Eugène Pirou (Saint-Michel-Tubeuf, 1841-Paris, 1909)
Originaire de Normandie, Eugène Pirou s’installe à Paris en 1865. Proche de Nadar, il développe rapidement son activité de photographe, réalisant des portraits dans ses ateliers situés successivement aux n° 1, 3 puis 5 du boulevard Saint-Germain (6e arr.).
Jouissant d’une solide réputation, récipiendaire de plusieurs prix et médailles, il ne cesse de développer son activité, qu’il diversifie grâce à l’usage de procédés multiples et à l’ouverture de plusieurs succursales. À la fois artiste, inventeur, mentor, et exploitant commercial, il est très impliqué dans l’essor de la photographie. Il s’investit dans plusieurs associations en faveur de la reconnaissance du droit d’auteur et de la propriété intellectuelle des images photographiques, telles que le Syndicat de la photographie et la Société française de photographie.
Ironiquement, il poursuit en justice les frères Georges et Oscar Mascré qui, devenus propriétaires de l’atelier « Photographie Eug. Pirou » situé rue Royale (8e arr.), entendent profiter de la notoriété de Pirou en usurpant sa signature. À l'issue d’un procès au verdict mitigé, Eugène Pirou ne peut interdire aux frères Mascré d'utiliser son nom, mais ces derniers se doivent d’y adjoindre le leur pour toutes leurs productions. Les Archives de Paris conservent sous la cote D3T3 427 plusieurs portraits d’anciens élèves du lycée Louis-le-Grand morts au champ d'honneur, portant la marque « Eugène Pirou Mascré Propriétaire ».
Premiers témoignages de l’œuvre photographique de Pirou, les Archives de Paris conservent également les portraits posthumes des gardes nationaux de la Commune tombés lors des batailles des 3 et 4 avril 1871, réalisés avant leur inhumation, et dont seul le verso est reproduit ici.
Charles Lansiaux (Aniche, 1855-Paris, 1939)
Charles Lansiaux est un autodidacte. Arrivé à Paris en 1881, c’est d’abord comme inventeur qu’il s’intéresse à la photographie, ne passant derrière l’objectif que pour tester ses expérimentations. Lauréat de plusieurs concours de photographie, il s’établit officiellement comme photographe en 1900, et devient rédacteur en chef de la revue spécialisée Photo-Index de 1907 à 1914. Trop âgé pour être mobilisé, il réalise de nombreuses prises de vues de la capitale pendant la Première Guerre mondiale, dont 953 épreuves sont acquises par la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, où elles sont toujours conservées. Pour autant, on ignore si cette collection, que Lansiaux titre lui-même Aspects de Paris pendant la guerre, est le fruit d’une initiative personnelle du photographe, ou d’une commande institutionnelle.
En 1916, il est également recruté par la Commission historique du Vieux Paris pour prendre les photographies composant le « Casier artistique et archéologique », inventaire des édifices remarquables de la Ville.
De juillet 1919 à mars 1920, Charles Lansiaux réalise pour un projet d’album et sur instruction de la direction de l’Extension de Paris une documentation visuelle des fortifications vouées au dérasement par la loi de déclassement du 19 avril 1919. Avec ses opérateurs, il arpente de manière systématique et raisonnée la ceinture parisienne, indiquant scrupuleusement sur des documents annexes les points géographiques et l’orientation des prises de vues. L’album n’aboutit pas, mais les épreuves intègrent également le Casier artistique et archéologique.
Au terme de cette mission, Charles Lansiaux interrompt son activité professionnelle. Ayant perdu son fils aîné, lui aussi photographe, décédé prématurément à 22 ans, et son fils cadet tué à l’ennemi en novembre 1914, il laisse son commerce à son employé Édouard Desprez. Devenu veuf, il s’installe à Paris, 20 avenue du Parc Montsouris (14ᵉ arr.), auprès de sa fille Charlotte, veuve de guerre, et de sa petite-fille. C’est Charlotte qui doit le placer en août 1935 à l’hôpital Sainte-Anne où il décède le 6 avril 1939.
Bien que d’une dimension documentaire indiscutable, les plaques de verre de Lansiaux portent sur les derniers jours des fortifications un regard empreint de nostalgie, immortalisant avec humanité les populations qui les arpentent. Elles sont conservées par le Département d’histoire de l’architecture et d’archéologie de la Ville de Paris (DHAAP), tandis qu’un jeu de tirage est versé en 1990 aux Archives de Paris.
Eugène Atget (Libourne, 1857-Paris, 1927)
Originaire de Libourne (Gironde), Eugène Atget vient à la photographie après une brève carrière sur les planches. Autodidacte, il réalise vers 1890 ses premiers clichés : documents photographiques, ils représentent des natures mortes, des paysages et des végétaux, et sont destinés aux artistes picturaux. Attentif aux détails, à contrecourant du pictorialisme de son temps, il s’attache à immortaliser avec un systématisme méticuleux les quartiers d’un Paris pittoresque en voie de disparition, la zone, les devantures de magasins, et les petits métiers de rue, que l’essor des grands magasins menace. Ces prises de vues datant de la fin du XIXe siècle coïncident avec la création de la Commission du Vieux Paris. Nombre de ses clichés réalisés sur plaque de verre sont d’ailleurs acquis par diverses institutions publiques parisiennes, parmi lesquelles le musée Carnavalet et la Bibliothèque historique de la ville de Paris.
Aujourd’hui considéré comme précurseur d’un certain modernisme, il s’éteint à Paris en 1927 dans un quasi-anonymat. Peu avant sa mort, il fait la connaissance de Berenice Abbott, photographe américaine employée par Man Ray. La rencontre sera déterminante pour les deux artistes : pour Abbott, qui revendique l’influence d’Atget sur son œuvre, et Atget, dont Abbott contribue à sauver le fonds d’atelier et à faire connaître les travaux.
Laure Albin-Guillot (Paris, 1879-1962)
Artiste à la production aussi importante que variée, Laure Albin Guillot est reconnue de son vivant pour son talent, sa grande technicité, et son engagement constant pour la reconnaissance et la promotion du médium photographique.
Née Laure Meifredy à Paris en 1879, elle épouse en 1897 le docteur Albin Guillot, médecin et collectionneur de plaques microscopiques. Dans les années 1920, elle développe la micrographie, terme qu’elle invente pour qualifier la photographie au microscope, et reçoit en 1922 la médaille d'or du concours de la Revue française de photographie. Très en vogue pendant l’entre-deux-guerres, proche du milieu artistique de l’époque, Laure Albin Guillot réalise nus et portraits, paysages et natures mortes. Elle multiplie les expositions personnelles, sans cesser pour autant de photographier pour la presse, l’édition et la publicité. Elle est en outre l’une des premières photographes à envisager la discipline par le prisme des arts décoratifs. Membre de la Société des artistes décorateurs et de la Société française de photographie (SFP), archiviste en chef des archives photographiques de la Direction générale des Beaux-arts, première conservatrice de la Cinémathèque nationale au Palais de Chaillot, présidente de l’Union féminine des carrières libérales, elle fait preuve tout au long de sa vie d’un engagement sans faille pour son art.
Laure Albin Guillot s’éteint en 1962. Son fonds d’atelier, riche de plus de 50 000 œuvres, est acquis par l'agence Roger-Viollet, dont les collections sont léguées à la Ville de Paris en 1985.
Les photographies ci-contre attestent de la diversité de sa production et de sa passion constante pour la photographie : réalisées en 1931 pour l’architecte et décorateur Boris Lacroix, elles ne sont pas destinées à être vues, mais à protéger un modèle de support pour photographie de la contrefaçon, grâce à la procédure du dépôt de dessins et modèles auprès du Conseil de prud’hommes de la Seine.
Emmanuel Radnitsky, dit Man Ray (Philadelphie, USA, 1890-Paris, 1976)
On ne présente plus Man Ray, artiste visuel dadaïste et photographe surréaliste de renommée internationale. Né Emmanuel Radnitzky à Philadelphie (États-Unis) en 1890, Man Ray s’installe en France en 1921, dans le quartier de Montparnasse alors en pleine ébullition artistique. En 1928, il s’inscrit au registre du commerce et des sociétés de la Seine en qualité de « photo artistique », son atelier étant situé au 31bis rue Campagne Première (14e arr.).
Les Archives de Paris conservent trois photographies dont il est l’auteur dans le fonds des dessins et modèles de fabrique. Dès son arrivée en France, Man Ray apporte son style novateur et moderne à ce genre encore nouveau qu’est la photographie de mode. En 1931, il réalise des prises de vues pour un modèle de manteau de la marque Ré-Sport, fondée par la styliste, photographe et journaliste française d’origine allemande Erna Niemeyer (1901-1996), aujourd’hui connue sous le nom de Ré Soupault. Le modèle est déposé le 18 septembre 1931 auprès du greffe des tissus du conseil de prud’hommes de la Seine, afin d’être protégé de toute contrefaçon.
Thérèse Bonney (Syracuse, USA,1894-Neuilly-sur-Seine, 1978)
L’objectif de Thérèse Bonney est résolument tourné vers l’avenir.
Mabel Bonney (dite Thérèse) naît aux États-Unis en 1894, et s’installe à Paris en 1918 pour poursuivre à la Sorbonne ses études initiées à l’université de Berkeley, en Californie.
Après la soutenance de sa thèse, elle devient journaliste, travaillant notamment comme correspondante pour Le Figaro, et fonde la toute première agence de presse photographique américaine en Europe, The Bonney Service.
Proche du milieu artistique de l’entre-deux-guerres, compagne de Raoul Dufy, elle photographie dans l’intimité de leurs ateliers et appartements le peintre Léonard Foujita, l’écrivain Louis Bromfield, ou le compositeur Prokofiev. Elle se passionne pour les arts décoratifs et constitue un catalogue de modèles des plus grands créateurs de son temps. Elle réalise une série sur les maisons de couture parisiennes, dont celles de Paul Poiret et Madeleine Vionnet, et photographie abondamment les œuvres d’architectes du mouvement moderne comme Robert Mallet-Stevens, André Lurçat, ou encore Gabriel Guévrékian.
Lorsque le second conflit mondial éclate, Thérèse Bonney part sur les routes d’Europe comme reporter, à l’instar de Germaine Krull et de Lee Miller.
Retirée dans un village alsacien après la guerre, Thérèse Bonney ne rompt pas pour autant ses liens avec la capitale, qui lui décerne en juin 1964 la Grande médaille d’honneur de la Ville de Paris.
Henri Cartier-Bresson (Chanteloup-en-Brie, 1908-Montjustin, 2004)
Le nom d’Henri Cartier-Bresson évoque un photojournalisme lucide et humaniste.
Fasciné par la peinture, il se forme à l’art pictural et fréquente les cercles surréalistes avant de se consacrer à la photographie au début des années 1930. Dès lors, armé de son Leica, il multiplie les photoreportages. Infatigable voyageur, il immortalise les grands événements du XXe siècle, comme la guerre d’Espagne en 1937, la Libération de Paris en 1944, ou la chute du Kuomintang en Chine et les funérailles de Gandhi en Inde, lors d’un long séjour en Asie entre 1948 et 1950. En 1954, il est le premier photographe admis en URSS depuis la mort de Staline.
Connu pour être le cofondateur, en 1947, de la prestigieuse agence Magnum Photos, avec Robert Capa, George Rodger, David “Chim” Seymour, et William Vandivert, Cartier-Bresson réalise aussi des documentaires, et expose ses œuvres dès 1933.
En 1974, il se détache de Magnum Photos, s’éloignant de la photographie pour retourner à ses premières amours, le dessin.
Son immense corpus photographique est aujourd’hui géré par la Fondation Henri Cartier-Bresson, qu’il fonde en 2000 avec son épouse, la photographe belge Martine Franck (1938-2012) et leur fille Mélanie, fondation que l’État français reconnait d’utilité publique en 2002.
Le fonds d’archives de Maurice Cazaux (1915-2001), journaliste et président du syndicat de la presse municipale parisienne, est confié par un membre de sa famille à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP), le 25 septembre 2001. En 2018, la BHVP propose de céder aux Archives de Paris cet ensemble de documents en vrac, constitué de 12 cartons, l’un d’eux comprenant plus spécifiquement des archives du Syndicat de la presse municipale parisienne. Parmi ces documents se trouvent deux photographies datées de 1979, signées Henri Cartier-Bresson.
Willy Ronis (Paris, 1910-2009)
L’un des principaux représentants du courant humaniste aux côtés de Robert Doisneau et d’Henri Cartier-Bresson, fils d’un photographe de studio, Willy Ronis se destinait, enfant, à la musique.
C’est en photographiant les manifestations ouvrières qui accompagnent l’avènement du Front populaire qu’il découvre véritablement sa voie. Son œuvre est en effet indissociable de ses valeurs et de ses convictions. Militant communiste, il se spécialise dans le photoreportage, privilégiant une vision bienveillante et fraternelle des luttes quotidiennes de la classe ouvrière, et parvenant à concilier sa foi en l’humanité avec un sens pointu de l’esthétisme et un réalisme teinté de poésie.
Convaincu de la valeur intrinsèque du médium photographique, il s’engage tout au long de sa vie pour sa reconnaissance en tant qu’art.
Willy Ronis lègue son œuvre à la France grâce à deux donations, en 1983 et 1989. Elle est aujourd’hui conservée à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie.
Entrée dans les fonds des Archives de Paris lors du dépôt des archives du Grand Hôtel InterContinental, cette photographie signée Willy Ronis est prise le 29 mai 1949 à l’occasion du dîner « Reine d’un jour » organisé par Radio Luxembourg au Café de la Paix. Elle témoigne du talent de Ronis pour saisir à la fois l’humain et l’instant.
Jean-Marie Périer (Neuilly-sur-Seine, né en 1940)
De son vrai nom Jean-Marie Pillu, Jean-Marie Périer naît à Neuilly-sur-Seine en 1940. Fils biologique d’Henri Salvador, il est reconnu et élevé par l’acteur François Périer, qu’il accompagne très tôt sur les plateaux de tournage.
C’est sur l’un d'eux qu’il rencontre en 1956 le photographe Daniel Filipacchi, qui lui confie ses premiers reportages pour Jazz Magazine et Paris Match.
À son retour d'Algérie en 1962, Périer est engagé par Filipachi dans l’équipe du magazine musical de culture pop Salut les Copains. Il photographie alors les grands noms de l’époque yéyé et de nombreux artistes anglo-saxons, avec le style qui le caractérise : des prises de vues travaillées et très mises en scène, à contre-courant de tout réalisme.
En 1974, il s’éloigne un temps de la photographie, se consacrant au cinéma, puis à la publicité. Sa carrière l’amène aux États-Unis, mais il revient à la photo dans les années 1990.
Jean-Marie Périer réalise un portrait officiel de Bertrand Delanoë à l’occasion de sa première mandature.
Bettina Rheims (Neuilly-sur-Seine, née en 1952)
L’œuvre de la photographe française Bettina Rheims est traversée par son regard sur le modèle féminin. Elle s’initie à la photographie à la fin des années 1970, et connait un rapide succès. Portraitiste, elle privilégie les prises de vues en studio, faisant montre d’un goût pour la mise en scène, la narration et le trouble.
En parallèle de son travail de commande pour la publicité, les portraits de célébrités et les magazines internationaux, elle s’investit dans plusieurs séries qui explorent la société contemporaine et questionnent l’identité de genre. Elle publie de nombreux ouvrages et expose son œuvre partout dans le monde.
En 2014, elle produit la série Détenues, qui donne à voir les conditions d’incarcération des femmes en France. Sa rencontre avec les Femen donne naissance à Naked War, autour de l’usage politique du corps des femmes.
En 1995, elle réalise le portrait officiel de Jacques Chirac, alors élu président de la République. Les Archives de Paris conservent un autre portrait réalisé par la photographe la même année.
En 2020, Bettina Rheims décide de faire don de ses archives photographiques à l’Institut pour la photographie (Lille).
Éric Genevrier (né en 1977)
Éric Genevrier est diplômé en 2004 de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Artiste photographe, il enseigne aux ateliers beaux-arts de Paris. Ses recherches interrogent la notion de territorialité, et s’articulent autour de questions sociales et de leur traitement institutionnel.
En résidence aux Archives de Paris entre novembre 2023 et mars 2024, il y développe un projet artistique qui aboutit à l'exposition De mémoire et de temps, présentée aux Archives du 20 septembre au 21 décembre 2024.
Il choisit de capturer les agents des Archives et leur rapport aux documents. L’objectif de ce projet est de dévoiler à la fois une approche sensible des archives et les différents métiers qui concourent à l’ensemble des missions de l’institution. Valorisant les coulisses des Archives, ses travaux rappellent que les documents sont aussi porteurs d’émotions.