Variété des supports photographiques aux Archives de Paris
Variété des supports photographiques
Tirages argentiques noir et blanc, diapositives couleur, plaques de verre, autochromes, négatifs sur film, fichiers numériques, ou encore vues stéréoscopiques, les objets photographiques dans les fonds des Archives de Paris sont multiples et divers.
Chaque procédé peut être perçu comme le reflet de l’époque à laquelle il est produit. Sauf lorsque les tirages photographiques sont rassemblés en albums, les différents supports présents dans les fonds des Archives sont le plus souvent mêlés à des documents papier qui constituent un dossier administratif. Les enjeux liés à leur bonne conservation sont une préoccupation qui nécessite la mise en œuvre de pratiques adaptées, notamment leur maintien dans des magasins réservés aux fonds spéciaux. Autre mesure conservatoire, la numérisation permet d’éviter des manipulations fréquentes, réduisant par là même l’exposition à la lumière.
Les exemples exposés ci-après illustrent cette variété des supports conservés aux Archives de Paris.
Capter la lumière
Photographier, c’est avant tout capter la lumière.
Quel que soit le procédé, le principe reste le même pour toutes les photographies analogiques : un support est recouvert de composés photosensibles, puis exposé à la lumière, à laquelle il réagit. Sur l'image obtenue, le sujet d’origine – personne, objet, ou paysage – est représenté proportionnellement aux gradations lumineuses. La réalité est captée dans une ressemblance qui se veut indubitable.
Négatives ou positives, les photographies argentiques sont produites par noircissement direct à la lumière, ou par le développement d’une image latente. Une photographie obtenue par contact du sujet avec la surface photosensible se dispense même d’appareil photographique (comme le dessin photogénique).
L’inventeur français Joseph Nièpce, dit Nicéphore Nièpce (Chalon-sur-Saône, 1765-Saint-Loup-de-Varennes, 1833) entame dès les années 1810 ses recherches héliographiques, menant de nombreuses expériences sur la captation d’une image grâce à la lumière. Considéré comme l’inventeur de la photographie, il est l’auteur de la plus ancienne photographie connue au monde, Point de vue du Gras, prise en 1827 depuis son balcon, et qui aurait nécessité, selon certains, un temps de pause de plusieurs jours (cet héliographe est aujourd’hui conservé au Harry Ransom Center de l’université d’Austin, au Texas, États-Unis).
La photographie est née, et l’histoire de ses débuts est complexe, car foisonnante : l’enthousiasme est immédiat et les recherches se multiplient. Les inventions fusent au gré des expérimentations, des découvertes et des avancées techniques, les pionniers du médium s’appuyant souvent sur les travaux de leurs congénères pour perfectionner un procédé. Si les apprentis photographes sont nombreux, les détracteurs aussi, la photo étant d’emblée perçue comme une vulgaire rivale de l’art pictural, noble et séculaire.
La photographie la plus ancienne conservée aux Archives de Paris date du 27 août 1855. Sur ce tirage papier monté sur carton, le Cortège de départ de Paris de la Reine Victoria (1819-1901) emprunte une large avenue sous les yeux d’une foule de badauds, dont certains sont postés aux balcons des immeubles qui surplombent le parcours du conséquent équipage. Du 17 au 28 août 1855, la jeune souveraine, alors âgée de 36 ans, effectue une visite officielle en France, répondant à l’invitation de Napoléon III. Anglophile, l’empereur a séjourné en Angleterre pendant son exil. Depuis 1854, la France est l'alliée du Royaume-Uni dans la guerre de Crimée, et Napoléon III entend affirmer cette première « entente cordiale ».
Le ferrotype
Le ferrotype est un faux positif direct monochrome sur plaque de métal, par lequel l’image d’un négatif est perçue comme positive grâce aux grains d’argent qui révèlent les parties claires de l’image.
Les ferrotypes sont le plus souvent présentés dans des montages en carton ou en papier rigide, l’image apparaissant grâce à une ouverture ovale ou carrée. L’altération la plus courante de ce procédé est l’apparition de rouille entre la plaque de métal et l’image.
Le procédé est développé en France dès 1852 par le physicien Adolphe-Alexandre Martin (1824-1896), mais c’est aux États-Unis qu’il rencontre le plus de succès, notamment pendant la guerre de Sécession (1861-1865), sous le nom de « melainotype » ou « tintype ». De fabrication rapide et peu onéreuse, il est largement diffusé par les photographes ambulants.
Utilisés pour la prise de vue de portraits, les ferrotypes sont habituellement de petits formats, le plus répandu étant le format carte de visite. C’est le cas de ce ferrotype entré en 2017 aux Archives de Paris grâce au don de la famille d’André Parsy (fonds conservé sous la cote 36Fi), mesurant 5,6 centimètres x 4,5 centimètres.
Les plaques de verre
Les premières expérimentations de photographies sur plaques de verre sont menées dès 1847 par Abel Niépce de Saint-Victor (1805-1870), cousin de Nicéphore Nièpce. Le procédé est décrit par le Français Gustave Le Gray en 1850. Les frères William et Frederick Langenheim le perfectionnent ensuite dans leur studio de Philadelphie.
La plaque de verre est préalablement découpée, puis enduite d’une solution chimique photosensible (à l’albumine, au collodion humide ou sec, à l’amidon, au gélatino-bromure d’argent…). On expose ensuite cette plaque à la lumière grâce à une chambre photographique. L’image latente est développée, puis fixée, avant d’être éventuellement tirée.
Les plaques albuminées utilisées à l’origine sont rapidement supplantées par une fixation au collodion humide qui réduit considérablement le temps de pose. Ce procédé négatif est prédominant jusque dans les années 1880, lorsque l’usage des plaques au gélatinobromure d’argent se répand. Cette nouvelle technique permet en particulier de produire des images en série.
Lorsqu’elle est positive, la plaque de verre est aussi appelée diapositive sur verre. Ces plaques de verre étaient conçues pour être vues par transparence ou projetées à l’aide d’un instrument appelé lanterne magique. Outre leur usage pédagogique, la projection d’images sur plaques de verre était également un divertissement très populaire. Toutefois, l’essor du cinéma à la fin du XIXᵉ siècle et le développement rapide à partir de 1945 des diapositives en couleur les font tomber en désuétude.
Aujourd’hui, les photographies sur plaque de verre sont considérées comme des objets patrimoniaux. Leur bonne conservation nécessite de les protéger de l’humidité, des températures trop extrêmes et de la lumière. Outre les fêlures et cassures, elles sont aussi sujettes aux altérations chromatiques, telles que le syndrome du miroir d’argent. Cette dégradation est souvent due à la mauvaise qualité du conditionnement d’origine.
Le cyanotype
Le cyanotype est une technique photographique monochrome appartenant à la famille des procédés négatif-positif. Les images, dont la tonalité va du bleu cyan au bleu de Prusse, sont obtenues par contact entre un négatif et un support de tout type rendu photosensible par l’application d’un mélange de ferricyanure de potassium et de citrate d’ammonium ferrique. Une exposition plus ou moins prolongée à des rayons ultraviolets permet la réduction du fer, qui va prendre sa teinte bleue caractéristique. Le support est ensuite rincé à l’eau claire, permettant d’éliminer le fer de couleur jaune-vert qui n’a pas réagi à la lumière.
Ce procédé est découvert en 1842 par le scientifique et astronome britannique Sir John Frederik William Herschel (1792-1871).
Il est popularisé par Anna Atkins (1799-1871), botaniste elle aussi britannique qui, la première, utilise des images photographiques, en l’occurrence, des herbiers, pour illustrer des ouvrages imprimés.
L’usage du cyanotype décroît lentement au cours du XIXᵉ siècle, sans pour autant être totalement délaissé. Il connaît depuis les années 1980 un regain d’intérêt de la part des artistes contemporains.
Les Archives de Paris conservent un album photographique de 118 pages, dont 114 cyanotypes, collés en plein et légendés. Il entre en janvier 2014 par voie dite extraordinaire dans le fonds des documents figurés d’origine privée, grâce au don de monsieur Jean Demenge. Le photographe, Robert Sohier, né à Paris en 1875, y apparait en première page, posant avec une nonchalance étudiée, la pipe au coin des lèvres, le chapeau en arrière, avec toute l’assurance de ses 21 ans. Photos de famille, Exposition universelle de 1900, 14 juillet de fête, vacances au bord de la Manche, funérailles de Félix Faure, le tournant du siècle entre petite et grande Histoire prend une saveur particulière relevée de cyan.
Le papier albuminé
Le procédé du papier albuminé est présenté par Louis-Désiré Blanquart-Évrard (1802-1872) à l’Académie des sciences en mai 1850. Son succès est immédiat et constant jusque dans les années 1900. Il permet en effet d’obtenir une meilleure définition, un contraste plus profond et des tons plus riches, qualités qui résultent de l’utilisation d’une feuille de papier très fine sur laquelle la couche image est insérée. L’albumine, c’est-à-dire du blanc d’œuf, est l’un des composants chimiques qui entrent dans la préparation du papier, donnant son nom à cette technique.
Les tirages albuminés peuvent être virés, le virage consistant en un traitement chimique opéré pendant le développement pour modifier la tonalité d’une image. En raison de leur grande finesse, ils sont généralement contrecollés sur un support en carton pour être consolidés.
L’image produite possède un grain très fin qui, avec le temps, peut prendre une couleur jaune caractéristique.
Les vues stéréoscopiques
Le terme stéréoscopie désigne l’ensemble des procédés utilisés pour restituer l’impression de profondeur et de relief, à partir de deux images planes légèrement différentes, observées simultanément et séparément par chaque œil.
L’invention de la stéréoscopie en 1838 par le physicien anglais Charles Wheatstone (1802-1875) est concomitante à celle de la photographie. Charles Wheatstone, qui réalise les premières vues stéréoscopiques à partir de dessins, ne tarde d’ailleurs pas à employer des photos pour sa nouvelle invention. Les deux prises de vues quasiment identiques sont reproduites côte à côte sur un support rigide. Pour percevoir la vue en relief, l’utilisation d’un stéréoscope est nécessaire, sur lequel on positionne les deux images. Le stéréoscope permet d’isoler le champ de vision de chaque œil, voire sur certains modèles, d’ajuster la distance entre les yeux et les images, recréant ainsi la sensation de profondeur de champ.
Objets ludiques, les vues stéréoscopiques sont souvent utilisées à des fins publicitaires et offertes par des marques ou des grandes enseignes.
Les Archives de Paris conservent dans les fonds figurés d’origine privée plusieurs vues stéréoscopiques de la capitale. Datant en majorité de la seconde moitié du XIXᵉ siècle, elles représentent les événements marquants de l’histoire parisienne (destructions de la Semaine Sanglante en 1871, Exposition universelle de 1878…) ou des vues pittoresques et touristiques de la cité.
L’héliogravure
L’héliogravure est une technique d’impression photomécanique directe, consistant à graver sur une plaque métallique une image obtenue par réaction chimique à la lumière du soleil, d’où son nom. Le support métallique est ensuite encré, et l'image est imprimée sur un support, le plus souvent du papier, à l’aide d’une presse. Les premières expérimentations remontent aux origines même de la photographie, dans la première moitié du XIXᵉ siècle.
On distingue l’héliogravure rotative, utilisant une matrice circulaire avec une trame visible sur une presse industrielle, de l’héliogravure plane artisanale, qui permet d’obtenir des niveaux de gris. Ces deux méthodes reposent sur un procédé d’impression en creux : l’encre est appliquée dans les sillons de l’image à imprimer, et non à sa surface. Elle permet de produire un volume important de tirages tout en préservant une grande qualité d’impression.
Utilisée notamment pour les livres et les tirages photographiques d’art, l’héliogravure est répertoriée à l’inventaire des savoir-faire du patrimoine culturel immatériel en France.
Au début du XXᵉ siècle, l’héliogravure plane fait partie des enseignements dispensés à l’école Estienne, comme en témoigne cette plaquette commémorative réalisée par les élèves en l’honneur de Jean-Pierre Lampué (1836-1924). Photographe spécialisé dans l’architecture, Lampué est aussi le doyen des conseillers municipaux de Paris.
Le photomontage
Objet photographique à part, aujourd’hui largement numérique, le photomontage est presque aussi ancien que la photographie elle-même, puisqu’il apparaît dès la fin des années 1860. Obtenu à partir du collage de plusieurs tirages, parfois rehaussé de dessin ou de peinture, il est à l’origine destiné à pallier deux difficultés techniques : les temps de pose encore longs et un matériel pénible à transporter. Le photomontage permet donc la recréation a posteriori d’un événement.
Les photographes et frères Eugène (1830-1905) et Ernest (1831-1890) Appert emploient ce procédé, dont la paternité leur est souvent attribuée. Après la Commune (1871), ils promeuvent le photomontage avec leur série dénonçant les Crimes de la Commune : partisans de Versailles, les frères Appert y réduisent l’entreprise communaliste à une escalade de violence, choisissant de montrer des épisodes de la guerre civile à charge contre les insurgé.es. Reproduites au format carte de visite, ces images sont profusément diffusées et contribuent à nourrir la légende noire de la Commune.
Entre reconstitution a posteriori de scènes réalistes et image de propagande, le photomontage nous rappelle que la photographie n’est pas et n’a jamais été une source historique garante d’une quelconque objectivité : elle résulte de l’œil subjectif de la personne qui réalise la prise de vue.
Le photochrome
Le photochrome est une image couleur obtenue à partir d’un négatif monochrome, colorisé par son transfert direct sur plusieurs plaques lithographiques, à raison d’une par couleur.
Le lithographe suisse Hans Jacob développe cette technique en 1880, alors qu’il est employé par la maison d’édition Orell Füssli & Cie. C’est cette dernière qui dépose le brevet d’invention de ce procédé le 4 janvier 1888, afin de le commercialiser grâce à sa nouvelle filiale, la Photochrom Zurich.
Ainsi, les photochromes réalisés en Europe portent-ils la mention P.Z., visible en bas à gauche de ce tirage acquis par les Archives de Paris en 2020.
Bien que médaillé d’or à l’Exposition universelle de Paris en 1889, le photochrome perd peu à peu de son attrait, avant de disparaître dans les années 1930, avec le développement des films couleurs.
Les émaux photographiques
L’invention des émaux photographiques est attribuée à Pierre-Michel Lafon de Camarsac (1821-1905). Il entame ses recherches en 1851, avec pour but la fixation directe, par cuisson, de portraits photographiques sur supports vitrifiables, pour l’essentiel des métaux émaillés, et applique ses découvertes à la bijouterie et à l’horlogerie.
En 1855, il publie ses premiers résultats et collabore par la suite avec des photographes tels qu’Eugène Disdéri. Ses photographies émaillées lui valent une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1862. Membre de la Société française de photographie, il édite à compte d’auteur, en 1868, un ouvrage détaillant son procédé, intitulé Portraits photographiques sur émail vitrifiés et inaltérables comme les peintures de Sèvres.
En 1901, Rachel Petit, spécialiste de grisailles, émaux et couleurs vitrifiables pour la photo-céramique, dépose auprès du greffe des métaux du conseil des prud’hommes de la Seine un modèle de brasero mouflette et de réservoir d'eau pour la photo céramique. Adjointe à son dépôt, une carte de visite avec photographie détaille le matériel nécessaire pour réaliser de "la photo céramique chez soi", ainsi qu'une gamme de gris de référence.
Encore utilisés de nos jours en bijouterie, les émaux photographiques se rencontrent plus souvent… dans les cimetières. Leur résistance aux éléments et leur durabilité en font un support particulièrement adapté à un usage en extérieur.
L'impression sur étoffe
Inventeur d'un appareil à quatre objectifs permettant de réaliser jusqu'à huit prises de vues sur la même plaque négative, détenteur du brevet de la photo-carte, Adolphe-Eugène Disdéri dépose en 1866 auprès du greffe des tissus du conseil de prud’hommes de la Seine un modèle de coussin de senteur rembourré de mousse, orné de deux photographies imprimées sur soie, et brodé d’un galon rose sur son pourtour. Le coussin mesure 8 centimètres de large par 11,4 centimètres de haut, soit le format approximatif d’une photo-carte. Sur l’une de ses faces, la photographie en pied d’un toréador, sur l’autre, celle d’un picador. Là encore, les deux images répondent aux critères de la photographie carte de visite.
Cet objet photographique, plus proche de l’article de nouveauté que de l’objet d’art, était sans doute destiné à un usage décoratif. Il illustre la multiplicité des procédés de tirage et de photo-impression, et témoigne d’une dimension ludique du médium, Disdéri ayant su reconnaître très tôt le potentiel commercial de la photographie
La fixation des photographies
La lumière, qui est l’essence même de la photographie (du grec photo « qui utilise la lumière » et graphie « qui écrit ») peut également devenir sa pire ennemie.
C’est Nicéphore Niépce, inventeur de cette technique en 1826, qui découvre qu’obtenir une image permanente sur une surface photosensible requiert d’arrêter les effets de la lumière à un stade donné, ce qu’il appelle « fixer ».
La photographie, utilisée dès les années 1870 par les déposants de dessins et modèles, permet de réaliser des tirages en série, dans un temps minimum et à moindre coût. Cette utilisation industrielle du procédé apporte son lot de clichés de mauvaise qualité, en raison du manque de soin apporté aux différentes étapes nécessaires à leur réalisation (révélateur, bain d’arrêt et fixateur). À la lumière, des altérations peuvent alors apparaître, taches brunes et noircissement, pouvant aller jusqu’à la disparition de l’image.
Les Archives de Paris conservent 118 classeurs de photographies de modèles de vêtements de la maison de couture Callot sœurs. Ces archives ont été retirées de la communication aux lecteurs, depuis la deuxième moitié des années 2000, suite au constat d’une dégradation chimique récurrente, due vraisemblablement à un mauvais fixage dans un bain trop usagé. Une campagne de numérisation initiée en 2018 permet de préserver ces originaux et de les communiquer de nouveau, sous forme dématérialisée, sur notre site internet.
Le miroir d'argent
Un grand nombre de procédés photographiques ont pour base la même technologie : un support, recouvert d’une émulsion composée d’un liant et de la matière sensible à la lumière, qui va restituer l’image. D’autres couches peuvent venir s’ajouter, en fonction de la technique photographique employée.
Tous les objets photographiques peuvent être sujets à des détériorations, quel que soit leur procédé. Ces altérations sont chimiques (inhérentes au procédé lui-même), ou mécaniques (c’est-à-dire exogènes, comme des déchirures ou des lacunes). Chacune raconte la vie de cet objet.
On observe parfois sur des photos anciennes un reflet argenté, plus prononcé sur les parties sombres de l’image. Cette altération particulière s’appelle “miroir d’argent”. Elle est intrinsèque au procédé lorsque la substance photosensible utilisée est l’halogénure d’argent. Si la photographie est soumise à un fort taux d’humidité, des ions d’argent mobiles se forment et deviennent de l’argent métallique, qui remonte à la surface de l’image.
De nos jours, les professionnel.les de la restauration considèrent ce type de détérioration comme constitutive de l’objet, et préconisent de ne pas intervenir.
Ces trois prises de vues de la même photographie argentique, réalisées en lumière rasante et sous trois angles différents, rendent visible le miroir d'argent.
Le portrait carte
Le tirage photographique monté sur carte représentant une personne, appelé portrait-carte, ou portrait carte-de-visite ou encore photo-carte, apparait vers 1854 en France et connaît un succès spectaculaire durant le dernier quart du XIXe siècle.
L’inventeur de la photo-carte est un photographe marseillais d’origine italienne, Louis Dodéro (1824-1902), qui le premier, dès 1851, remplace sur une carte de visite le nom du porteur par un portrait photographique de petit format. Mais c’est Eugène Disdéri qui dépose en 1854 le brevet de la photo-carte de visite, après avoir mis au point un appareil photographique qui permet de réaliser huit prises de vues identiques ou différentes avec une seule plaque de verre au collodion, réduisant le coût de fabrication et favorisant par là même l’essor du procédé. Dans les années 1860, des centaines d'ateliers photographiques s'ouvrent en France et à l’étranger.
Le tirage sur papier de la photographie est de faible dimension : 5,2 centimètres sur 8,7 centimètres. Il est ensuite contrecollé sur un carton qui adopte le format d'une carte de visite en usage dès 1860, soit 6,2 centimètres sur 10,3 centimètres. Le nom du photographe apparaît généralement imprimé sous le cliché. Le dos, d'abord vierge, est progressivement réservé à la publicité du studio qui l’a produit.
Ces cartes sont extraites d’une collection constituée à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900 à Paris, rassemblant de manière alphabétique les cartes de visite des exposants. Elles indiquent au dos l’emplacement et/ou le numéro de stand. Elles sont conservées aux Archives de Paris sous la cote D29Z 166.
Née en 1853, Jane Dieulafoy (née Magre) épouse, après des études au couvent de l’Assomption d’Auteuil, l’archéologue Marcel Dieulafoy. Autorisée à porter des vêtements d’homme, elle voyage notamment dans l’actuel Iran, dont l'art et la culture passionnent le couple. Brillante conteuse, sociologue, anthropologue et journaliste, elle partage dans des articles parus dans la revue Le Tour du monde les conditions de vie et de travail des Européens partis découvrir l’Orient.
Le flou cinétique
On distingue en photographie le flou de bougé du flou cinétique. Le premier est produit par le mouvement de l’objectif pendant la prise de vue, le second par le mouvement du sujet photographié.
Les débuts de la photographie sont marqués par des temps de pose très longs, qui nécessitent une parfaite immobilité du sujet. Un faible éclairage rend également nécessaire un temps d’ouverture plus long de l’obturateur.
Ainsi, sur les deux photographies présentées ici, les objets principaux (kiosque et feu de carrefour) sont immobiles. Le temps de pose court n’a donc pas permis de fixer les éléments en mouvement dont seule la trace évanescente est immortalisée. Silhouette de véhicule étirée telle un fantôme et personnages en demi-transparence forment une sorte de persistance rétinienne photographique qui restitue la présence fugitive de passants.
La photographie de nuit
D’abord soumise à un temps de pose long, la photographie est, par essence, l’art de capturer la lumière.
De fait, lorsqu’elles sont réalisées en intérieur, les prises de vues nécessitent un éclairage artificiel ou une lumière naturelle suffisamment abondante. Les photographies en extérieur excluent quant à elles les moments les plus sombres de la journée.
L’évolution fulgurante du médium permet rapidement des expérimentations dans les conditions où la luminosité est faible. Celles-ci reposent sur l’utilisation d’une surface très photosensible, et sur une faible vitesse d’ouverture de l’objectif. C’est cette dernière qui permet l’apparition de traînées de lumière sur les photographies réalisées de nuit.
L’autochrome
L’autochrome est une diapositive couleurs sur plaque de verre. Il peut être projeté au moyen de lanternes à arc électrique, ou observé dans une visionneuse individuelle. Les frères Lumière sont à l’origine de ce procédé couleur trichrome, dont ils déposent le brevet en 1904, et les premiers à en assurer la commercialisation à partir de 1907 via la société Lumière. La popularité de l’autochrome croît rapidement, mais l’apparition du Kodachrome au début des années 1930 met un terme à sa production dès 1932.
On doit au philanthrope Albert Kahn (1860-1940) l’une des plus riches collections d’autochromes, conservée dans le musée éponyme situé à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Au tournant du siècle, il met sa fortune au service d’une conviction, celle que « la connaissance des cultures étrangères encourage le respect et les relations pacifiques entre les peuples ». Les nombreux opérateurs, hommes et femmes, qu’il envoie à travers le monde entre 1909 et 1931 avec pour mission de photographier et filmer différentes cultures dans une cinquantaine de pays, utilisent principalement l’autochrome, donnant ainsi naissance aux Archives de la Planète en couleur.
La carte postale
Lors de l'exposition universelle de 1889, une carte dessinée représentant la tour Eiffel est vendue à 300 000 exemplaires. Avec l’expansion du procédé d’impression par phototypie au tournant du siècle, les cartes postales se répandent dans toute la société. La représentation "en nuage" de la photographie est caractéristique des cartes postales antérieures à 1904 : elle permet d’écrire à côté de l’image tandis que l'adresse occupe tout le recto. En novembre 1903, la réglementation permet de diviser le dos de la carte entre correspondance et adresse. Si l’image devient prépondérante, l’écrit dispose désormais d’une place dédiée.
À une époque où le téléphone (inventé en 1876) est encore peu répandu, la carte postale permet d'échanger efficacement et agréablement des nouvelles de peu d'importance : en 1902, les Parisien.nes bénéficient de dix levées postales par jour et de sept distributions dans les boîtes aux lettres. Celui ou celle qui écrit la carte est ainsi certain.e qu'elle arrivera à temps et qu'il ou elle aura rapidement réponse.
Objet dont la vocation première est de constituer un support à la correspondance, elle suscite dès son origine l’intérêt des collectionneur.ses.
Durant la Première Guerre mondiale, c’est ce moyen de communication que les familles séparées vont utiliser quotidiennement. Permettant d’échanger des nouvelles entre les hommes partis combattre et les civils, ce sont 4 à 5 milliards de cartes postales qui circulent entre le front et l’arrière.
La collection de cartes postales des Archives de Paris est assez modeste. Elle est constituée pour l’essentiel de dons de personnes privées ou de doubles d’autres bibliothèques. Les cartes postales sont abondamment présentes dans le fonds D57J, archives collectées dans le cadre du centenaire de la guerre 1914-1918. On en retrouve également quelques-unes dans les dossiers d’enfants assistés, ou dans des fonds de collectionneurs entrés par voie dite extraordinaire.
Les photographies coloriées
La colorisation consiste à ajouter de la couleur aux tirages photographiques sur papier noir et blanc, généralement pour créer des images plus réalistes et attrayantes. Les premiers coloriages remontent au milieu du XIXᵉ siècle. Il s’agit d’une opération manuelle consistant à colorier au pinceau notamment, grâce à des colorants, de l'aquarelle, des huiles et autres pigments, pour créer des effets variés sur une image photographique. Dans les années 1950-1960, la photographie couleur étant plus répandue, la production des photographies coloriées à la main régresse.
Les photos d'identité
Depuis 1854, avec l’invention des photo-cartes de visite et la généralisation des pratiques d’identification initiées par Bertillon qui font la part belle aux clichés photographiques « face/profil » (1880), le portrait photographique se banalise, notamment pour les besoins de l’administration. Les documents assortis d’une photographie d’identité se multiplient : carnet anthropométrique pour les nomades (1912), passeports (en 1915), permis de séjour puis carte d’identité des étrangers (instituée en 1917), cartes d’identité (1921), certificat de capacité des automobilistes (1922), carte de transport, carte professionnelle... La dimension de la photographie se stabilise progressivement.
En 1928, les premières cabines de Photomaton font leur apparition : ce type de photographies démocratise l’acte de se faire tirer le portrait, rapidement, partout et pour moins cher que chez le professionnel.
La photographie aérienne
La première photographie aérienne est l’œuvre du photographe Félix Tournachon, dit Nadar, qui réalise une prise de vue du sud de Paris depuis un ballon captif dès 1858.
Pouvant varier en termes de support, de procédé et de destination, la photographie aérienne est souvent employée à des fins de documentation.
Avant même le dérasement complet des fortifications à partir de 1929, de nombreux projets sont évoqués pour la reconversion de cette grande réserve foncière, dont une ceinture “verte” portée par le courant hygiéniste, mais qui ne voit cependant jamais le jour. Les terrains vagues font progressivement place à la ceinture rouge, ces habitations bon marché (HBM) en brique rouge, à de grands équipements sportifs, quelques parcs, et des lieux d’exposition.
Des photos aériennes prises au tout début des années 1930 par les entreprises photo-aériennes Moreau, pour la direction de l’Urbanisme de la Ville de Paris, montrent cet espace en devenir. Par endroit, l’emprise au sol du mur d’enceinte est encore visible. D’autres images mettent en exergue la différence entre le tissu urbain parisien et celui de banlieue, plus dense et moins élevé.
La diapositive
Le mot diapositive est un terme générique désignant une photographie positive directe transparente, obtenue à partir d’un film couleur chromogène, montée dans un cadre afin d’être projetée. Le film, coupé image par image, est inséré dans un support cartonné ou en plastique qui facilite sa manipulation. Les diapositives apparaissent dès 1936, lorsque Kodak lance le Kodachrome, puis l’Ektachrome.
Très prisées par les photographes amateurs dans les années 1950 et 1960, les diapositives sont aussi largement utilisées par les photographes professionnel.les.
Les Archives de Paris en conservent un grand nombre, notamment dans le fonds de la direction de l’information et de la communication (DICOM) de la Ville de Paris. Cette direction chargée des relations avec la presse, de l'organisation d'expositions, de visites et de la réalisation de brochures puis de journaux d'information a été créée par la municipalité en 1978. Le fonds de la DICOM aux Archives de Paris est surtout composé de la production de son service photographique. Les sujets couverts par les reportages photographiques sont multiples. On peut citer le cinquantième anniversaire de la Libération de Paris en août 1994, les Journées mondiales de la jeunesse en 1997, la Coupe du monde de football en 1998 ou encore les célébrations de l’an 2000 par les jeunes parisiens.
Les atlas photographiques
Un atlas est un recueil de cartes, conçu pour représenter un espace donné et exposer un ou plusieurs thèmes (géographie, économie, histoire, etc.). L’atlas peut aussi regrouper un ensemble de planches de même destination joint à un ouvrage. L’atlas en partie reproduit ici regroupe 75 planches photographiques d’usines et ateliers composant la Compagnie parisienne d’éclairage et de chauffage par le gaz, dont le fonds d’archives est par ailleurs coté V8O1.
L’usine à gaz de La Villette a été photographiée par Albert Fernique en 1878-1879. Depuis 1856, c’est ici que le gaz est fabriqué, à partir de la houille acheminée depuis les mines du Nord, notamment par le réseau ferré de la Compagnie du Nord jusqu’à la gare voisine de Chapelle-Charbon, qui a ouvert en 1855. La transformation du charbon en gaz subit plusieurs étapes, dont les diverses installations photographiées attestent.
Il ne reste plus rien de ces équipements, progressivement démantelés entre 1960 et 1980, mais le plan reproduit vous permettra de mieux les situer dans Paris.
La photomicrographie
La photomicrographie est une photographie prise au microscope. Ce procédé apparaît dès les années 1880, mais il est perfectionné et popularisé par la photographe Laure Albin Guillot, qui le dénomme micrographie.
Aussi appelé à l’origine microphotographie, ce terme est désormais réservé aux photographies microscopiques ou de très petit format.
Les sujets de ces prises de vue sont des micro-organismes : cyanophycées (algues bleues) provenant des lacs du bois de Vincennes et spores de champignon prélevés sur un arbre blessé. Ces images proviennent du fonds d’archives du Centre de recherche, d’expertise et de contrôle des eaux de Paris (CRECEP), héritier des activités d'analyses chimiques et bactériologiques des eaux alimentant Paris menées dès 1877 par l'Observatoire municipal de Montsouris. Une partie des activités du CRECEP (liquidé en 2009) a été reprise par Eau de Paris.
Les photographies numériques
Les photographies numériques sont réalisées à l’aide d’un composant électronique photosensible appelé capteur, qui convertit la lumière en signal électrique, lui-même transformé en valeur numérique enregistrée dans une carte mémoire. Le fichier informatique ainsi obtenu permet de traiter et de modifier les images à l’infini grâce à un logiciel dédié. La définition de ces prises de vues se mesure en pixels, contraction du terme anglais picture element.
La genèse de la photographie numérique remonte à la fin des années 1960, avec l’invention du capteur par deux ingénieurs américains, Willard Boyle et George E. Smith. Cette avancée technique va, en quelques décennies, révolutionner la manière de produire des images, mais aussi celle de les « consommer ». Aujourd’hui, tout détenteur d’un smartphone peut capter une image et la faire circuler à une échelle mondiale en quelques clics, notamment sur les réseaux sociaux.
Pour autant, la conservation pérenne de ces fichiers reste un important enjeu technologique, voire climatique si l'on prend en compte la consommation énergétique des serveurs nécessaires au stockage de ces données.
Les Archives de Paris, qui conservent de nombreux clichés nativement numériques, sont partie prenante dans cette réflexion, en particulier lorsqu’il s’agit de communiquer ces documents d’un autre genre.