8 octobre 1870 : manifestation sur le parvis de l'Hôtel de Ville

Fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

Le 8 octobre 1870, vers 14h, deux à trois cents personnes se massent sur la place de l’Hôtel de Ville pour protester contre le gouvernement de Défense nationale. Cette foule répond à l’appel d’une affiche placardée en ville la veille, sans doute par le Comité central républicain des vingt arrondissements. Ce groupe politique, créé quelques jours après la chute de l’Empire et la proclamation de la IIIe République, a pour but la promotion de mesures sociales et politiques favorables aux classes populaires. Ce 8 octobre, donc, on réclame une meilleure gestion du rationnement, mais surtout des élections. Car le gouvernement de Défense nationale, qui succède à Napoléon III, n’a pas été élu par le peuple français...

Des cris appelant à « la Commune » se font entendre, mais très rapidement la Garde nationale intervient pour disperser la foule, ou plutôt l’absorber, aucune violence ni aucun heurt n’étant constaté et très vite le général Trochu et Jules Favre sont acclamés par les gardes nationaux et la population.

Cette manifestation n’est que peu documentée dans les fonds pourtant abondants concernant la Garde nationale conservés aux Archives de Paris. Elle est cependant relatée avec passion par Joseph Mairet. Né le 4 février 1818 à Dijon (Côte-d’Or), Mairet est typographe,  fondateur de la chambre syndicale de typographie. Arrivé à Paris en 1833, il participe à la révolution de 1848, et monte à nouveau sur les barricades après le coup d’état de Napoléon III en 1851. En 1870, alors âgé de 52 ans, il est mobilisé dans la Garde nationale et rattaché à l’état-major. Il tient, pendant toute la durée du siège, un journal qu’il complète de nombreux articles découpés dans la presse. En 1874, soit trois ans après les événements de la Commune, il revient sur ses écrits et ajoute des réflexions a posteriori, en vue d’en faire don à son beau-fils et ami. Son récit de la journée du 8 octobre est ainsi revu dans une analyse rétrospective pleine de désillusion. Il met également en regard des articles du « Siècle », journal républicain soutenant le gouvernement, et du « Combat », fondé pendant le siège par le journaliste et futur communard Félix Pyat, dont la confrontation vient nuancer le récit unidimensionnel d’un plébiscite unanime du gouvernement.

Ce « Journal du siège de Paris » est un très bel exemple de la profondeur que les fonds privés amènent aux archives publiques et donne une idée du travail de l’historien.ne dans son analyse des sources.

Images : fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, journée du 8 octobre 1870, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.