Mercredi 1er décembre 2021 : Le fonds Maurice Bertrand (35Fi)

Photographies prises entre 1942 et 1948, extraites du fonds Bertrand. Archives de Paris, 35Fi 290.

Le mercredi de la photographie

Sous les fenêtres du musée du Louvre, la Guêpe file à bonne allure, doublant la Nouvelle Aurore. L’épais panache de fumée noire craché par la cheminée du vieux remorqueur apporte à l’image un caractère pittoresque et désuet car les bateaux à vapeur ont depuis longtemps disparu du paysage de la Seine. Pourtant, en 1946 déjà, la silhouette fumante de la Nouvelle Aurore devait sembler sortie d’une autre époque. Construit en 1917 par les chantiers Jabon frères, à Ombret (Belgique), le bateau assurait un service fluvial pour le compte de la Compagnie française des remorqueurs. Assemblée en 1928 par les chantiers de Normandie pour la Société générale de touage et de remorquage, la Guêpe no75 présentait des lignes plus allongées que celles des premiers remorqueurs du type Guêpe mis à flot en 1907. Longue de 28 mètres, la coque en acier n’était plus surmontée d’une cheminée qu’il fallait parfois abaisser au passage des ponts. Elle emportait un moteur diesel dont l’usage se généralisa à partir de 1931 pour les remorqueurs.

Vous avez déjà vu ici des clichés pris par ce photographe, notamment à l’occasion de la journée internationale de la frite le ler août dernier. Il s’agit de Maurice Bertrand (1910-1976) qui travaillait depuis 1943 comme photographe pour des petites entreprises de la capitale. Il a certainement capturé ce témoignage de l’évolution de la batellerie parisienne tandis qu’il se trouvait quai Conti, au niveau du pont des Arts. Équipé le plus souvent d’un Rolleiflex 6x6, il pratiquait volontiers, à titre de loisir, la photographie de rue comme le montrent les quelques 8200 phototypes (négatifs et tirages) donnés par ses héritiers aux Archives de Paris, en 2017. Parmi ce fonds pléthorique documentant Paris et ses habitants, pour l’essentiel entre 1942 et 1948, la Seine et ses canaux représentent un thème cher au photographe et les bateaux, de tout type, sont un sujet de prédilection. On découvre, pêle-mêle, le Martinet fendant les eaux et laissant derrière lui le pont Bir-Hakeim, le Victor crachotant dans un ciel de neige, ou un autre remorqueur hâlant une péniche près du Palais de Justice et que la pénombre a rendu anonyme. Photographiés à l’amarrage, ces bateaux offrent des motifs séduisants à l’œil du photographe qui les intègrent dans des compositions soignées. Un autre cliché montre les poupes sombres et massives des bateaux amarrés quai de Charenton comme un repoussoir au paysage industriel d’Ivry où l’on reconnaît l’usine de quinquina Saint-Raphaël et les longues cheminées de la centrale électrique alimentant le métro parisien.

Témoignages de la batellerie parisienne au mitan du xxe siècle, ces photographies de remorqueurs documentent un élément singulier du patrimoine fluvial francilien dont les spécimens subsistants font l’objet d’une protection et d’une valorisation assurées par les DRAC et les associations. Ces vues illustrent, en outre, l’activité industrielle et marchande de la Seine encore vivace vers 1950 et rappellent le lien indéfectible qui unit, depuis sa fondation, Paris à son fleuve.

Images : Photographies prises entre 1942 et 1948, extraites du fonds Bertrand. Archives de Paris, 35Fi 288, 290, 293, 294, 296.

Photographies prises entre 1942 et 1948, extraites du fonds Bertrand. Archives de Paris, 35Fi 288. Photographies prises entre 1942 et 1948, extraites du fonds Bertrand. Archives de Paris, 35Fi 293. Photographies prises entre 1942 et 1948, extraites du fonds Bertrand. Archives de Paris, 35Fi 294. Photographies prises entre 1942 et 1948, extraites du fonds Bertrand. Archives de Paris, 35Fi 296.