La Commune de Paris : 150 ans

Affiche du gouvernement communal sur la conscription, 29 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

Le 18 mars 1871, au terme d'une guerre contre la Prusse dont les retentissements politiques résonnent jusqu'à la fin du XXe siècle et après 4 mois d'un siège éprouvant et meurtrier, les Parisien.ne.s se soulèvent, entrainant ce qui sera la dernière grande révolution d'un XIXe siècle qui en a compté plusieurs. La Commune de Paris est, en dépit de sa brièveté, un épisode crucial de l'histoire contemporaine, encore trop méconnu, mais qui enflamme cependant toujours ses commentateurs, entre détracteurs et partisans. 

À l'occasion des 150 ans de cette insurrection, les Archives de Paris s'associent aux commémorations et vous proposent de (re)découvrir les 72 jours de la Commune de Paris, à travers des dates clefs et grâce aux sources riches et diverses conservées dans ses fonds. Cette rubrique complète le dossier de documents pour la classe sur la Commune de Paris élaboré à destination des enseignants mais accessible à tous.tes.

Bonnes découvertes à vous !

 

7 août 1871 : premier conseil de guerre

Administration communale, mairie du 3e arrondissement : Condamnation en Conseil de guerre de Léon Jacob, 8 novembre 1872. Archives de Paris, VD6 1119.

Le 7 août 1871 s’ouvre à Vincennes le premier conseil de guerre qui doit juger 16 membres du gouvernement communal et 2 membres du Comité central. De nombreux autres conseils de guerre suivront. Officiellement, ce sont 43 522 personnes, principalement issues du Paris populaire, qui sont arrêtées dès la fin de la Semaine sanglante pour leur participation à la Commune. Celles et ceux qui ont réussi à s’enfuir en Angleterre, en Belgique ou en Allemagne, sont jugé.es par contumace.

Les conseils de guerre rendront environ 50 000 sentences d’emprisonnement, dont 270 condamnations à mort et 400 déportations au bagne de Nouméa.

Pour les jugements par contumace, l’article 176 du code de justice militaire imposait l’affichage du jugement sur la porte principale de la mairie du domicile du condamné, tenant lieu de jugement par effigie. Aussi les Archives de Paris conservent certaines de ces affiches dans le fonds communal des mairies d’arrondissement.

C’est le cas pour Léon Jacob, accusé d’usurpation de fonctions municipales pour avoir occupé le poste de secrétaire général de la mairie du 3e arrondissement pendant la Commune. Jugé par contumace, il est condamné à la déportation dans une enceinte fortifiée, condamnation placardée sur la porte de la mairie du 3e arrondissement.

Les proscrits ne pourront revenir en France qu’après les lois d’amnistie de 1879-1880.

Image : Administration communale, mairie du 3e arrondissement : Condamnation en Conseil de guerre de Léon Jacob, 8 novembre 1872. Archives de Paris, VD6 1119. 

9 juin 2021 : Journée internationale des Archives

Affiche sur la reconstitution de l’état civil, 23 novembre 1874. Archives de Paris, V4E 131.

Le 9 juin 2021 célèbre la journée internationale des Archives.

En lien avec le 150e anniversaire de la Commune, il est pertinent d’évoquer le sort funeste qui fut celui des archives parisiennes pendant la Semaine sanglante.

En effet, l’incendie de l’Hôtel de Ville et de ses annexes le 24 mai 1871 fit partir en fumée les documents qui y étaient conservés, notamment les registres paroissiaux qui remontaient au XVIe siècle et ceux de l’état civil antérieur à 1860. La deuxième collection de ces registres, conservée au Palais de Justice de Paris, fut également détruite dans l’incendie de celui-ci le 23 mai.

En 1872, une entreprise de reconstitution de l’état civil antérieur à 1860 est lancée, sur la base des papiers de familles, des registres de catholicité ou des actes notariés. Elle permet de reconstituer un tiers des 8 millions d’actes disparus. La destruction de l’état civil parisien est aussi à l’origine de la création, en 1877, du livret de famille, conçu pour constituer un troisième dépôt de ces actes, destiné à être gardé par les intéressés (le premier étant conservé dans les mairies et le deuxième dans les tribunaux d’instance).

Aujourd’hui, l’état civil reconstitué est presque intégralement consultable en ligne sur le site internet des Archives de Paris. Un fichier alphabétique, organisé par type d’acte (naissance, mariage, décès), puis par ordre alphabétique des noms de famille, et enfin par ordre chronologique des actes, permet de savoir s’il existe effectivement un acte reconstitué. Depuis cette année, les actes de naissances et de mariage reconstitués sont également en ligne. Les actes de décès le seront à leur tour dans le courant de l’année.

Images : Affiche sur la reconstitution de l’état civil, 23 novembre 1874. Archives de Paris, V4E 131. Prototype d’un livret de famille, s.d. [1872-1893]. Archives de Paris, V9E 120. Tribunal de première instance, parquet : note du procureur de la République sur la reconstitution du casier judiciaire. Archives de Paris, D3U7 7. 

Prototype d’un livret de famille, s.d. [1872-1893]. Archives de Paris, V9E 120.

Tribunal de première instance, parquet : note du procureur de la République sur la reconstitution du casier judiciaire. Archives de Paris, D3U7 7.

7 juin 1871 : le retour à "l'ordre"

« Après la Commune », caricature de Cham, 1er janvier 1872. Archives de Paris, D1J 18.

La répression de la Commune ne prend pas fin avec la reddition du fort de Vincennes. Une fois l’ordre rétabli, les persécutions commencent. Les Communard.es sont traqué.es, Adolphe Thiers préférant la politique de l’exemple à celle de la réconciliation ; l’antagonisme entre les deux camps survit encore après 150 ans...
Certain.es parviennent à s’enfuir, comme André Léo, Jules Vallès et Édouard Vaillant. Celles et ceux qui sont arrêté.es sont traduit.es devant des tribunaux, militaires ou civils et sont condamné.es à mort ou à la déportation.
Le 7 juin 1871, Gustave Courbet est arrêté. En plus de sa participation au gouvernement communal, il est accusé d’être à l’initiative de la destruction de la colonne Vendôme (voir le billet sur le 16 mai 1871). Le même jour, Monseigneur Darboy reçoit des funérailles nationales à Notre-Dame de Paris (voir le billet sur le 24 mai 1871).

Dans les rues de Paris, la reconstruction a commencé. On démantèle les barricades et on évalue les dégâts. Les services administratifs se réorganisent. Les fonctionnaires qui ont continué à travailler sous la Commune sont inquiétés. Les hommes qui ont été recrutés par la Commune, en remplacement des agents qui avaient refusé de continuer le travail ou avaient rejoint Versailles, sont poursuivis pour usurpation de fonctions publiques. Toutes les mesures et décrets du gouvernement communal sont déclarés nuls et non avenus, jusqu’aux actes d’état civils qui sont bâtonnés en vertu d’une loi votée le 19 juillet 1871.

Les Archives de Paris conservent une abondante documentation relative à ce « retour à l’ordre » : dossiers de demandes d’indemnisations, notes et rapports des services de la voirie sur l’enlèvement des barricades, condamnations pour usurpation de fonctions publiques, registres d’état civil bâtonnés... illustrent les choix politiques et les mesures mises en œuvre après la Commune par le gouvernement de Thiers.
D’autres documents, comme des rapports certifiant la fidélité des agents parisiens à Versailles, des certificats d’honnêteté, des lettres de dénonciation de Communards, ou des condamnations pour outrage à agents montrent que la rupture entre Communards et Versaillais est profonde. Elle sera également durable. À l’occasion du jour de l’an 1872, le caricaturiste Cham, contributeur régulier au journal satirique Le Charivari, produit un dessin qui témoigne de l’atmosphère de délation qui empoissonne encore Paris plusieurs mois après la fin de la guerre civile.


Images : Après la Commune, caricature de Cham, 1er janvier 1872. Archives de Paris, D1J 18. Actes d’état civil bâtonnés, Archives de Paris, V4E 4088. Préfecture, affaires communales : rapports sur la conduite des agents de la Ville de Paris pendant la Commune, 15 juin 1871. Archives de Paris, VONC 234. Tribunal correctionnel de la Seine : condamnation de la femme Tonnelier à 1 mois d’emprisonnement pour outrage aux agents pour avoir crié « Ces canailles, ces crapules, ils feraient bien mieux d’aller à Versailles », 8 juin 1871. Condamnation d’Émile Dainne à 3 ans d’emprisonnement pour usurpation de fonctions publiques, 7 juillet 1871. Archives de Paris, D1U6 8.

Actes d’état civil bâtonnés, Archives de Paris, V4E 4088.

Rapports sur la conduite des agents de la Ville de Paris pendant la Commune, 15 juin 1871. Archives de Paris, VONC 234.

Tribunal correctionnel de la Seine : condamnation de la femme Tonnelier à 1 mois d’emprisonnement pour outrage aux agents, 8 juin 1871. Archives de Paris, D1U6 8.

Condamnation d’Émile Dainne à 3 ans d’emprisonnement pour usurpation de fonctions publiques, 7 juillet 1871. Archives de Paris, D1U6 8.

29 mai 1871 : reddition du fort de Vincennes

Rapport du commissariat de police de Versailles, 29 mai 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166, pièce 115.

Le 29 mai 1871, les 19 officiers fédérés et leurs 344 hommes au fort de Vincennes, dernier bastion Communard, se rendent à l’armée de Versailles. C’est officiellement la fin de la Commune de Paris.
Avec le retour de l’ordre, les arrestations, les procès, les déportations et les exécutions vont commencer.

Zone de guerre, Paris est sous contrôle militaire. Le rapport du 29 mai du commissariat de police de Versailles détaille les positions de l’armée régulière et évoque les fouilles des habitations pour y saisir les armes et y débusquer les derniers fédérés. Ces perquisitions vont rythmer la vie des Parisien.nes dans les jours à venir.
Les Archives de Paris conservent de nombreux documents relatifs au désarmement de la population. Dès le 28 mai, Jules Ferry, redevenu maire de Paris, demande aux maires des arrondissements sous contrôle versaillais de commencer à désarmer la garde nationale et les particuliers. L’autorité militaire réitère cet ordre le 30 mai. Dans les mairies d’arrondissement, des registres tiennent le compte des restitutions (qui débouchent parfois sur des arrestations) et permettent d’appréhender la diversité des objets restitués : carabines, fusils de chasse, révolvers, pistolets ou encore sabres et épées. Certains Parisiens s’insurgent d’ailleurs contre la confiscation d’armes personnelles ou de collection qui n’ont pas toutes servi à la défense de la Commune... Une circulaire du Procureur général révèle que le sujet préoccupe encore les pouvoirs publics en mars 1873. Les Parisien.nes n’ont pas fini d’inspirer la méfiance aux gouvernements français.


Images : Rapport du commissariat de police de Versailles, 29 mai 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166, pièce 115. Mairie du 7e arrondissement : lettre de Jules Ferry au maire du 7e arrondissement sur le désarmement de l’arrondissement, 28 mai 1871. Archives de Paris, VDM 1537. Mairie du 8e arrondissement : indemnisation des propriétaires d’armes déposées dans les mairies et livrées à l’autorité militaire pendant la guerre et la Commune, 1871-1876. Lettre de protestation de M. Fleury, entrepreneur, contre la confiscation de ses armes de chasse et de collection, 23 juin 1871. Archives de Paris, VD6 1678.

Rapport du commissariat de police de Versailles, 29 mai 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166, pièce 115.

Mairie du 7e arrondissement : lettre de Jules Ferry au maire du 7e arrondissement sur le désarmement de l’arrondissement, 28 mai 1871. Archives de Paris, VD6 1537.

Mairie du 8e arrondissement : indemnisation des propriétaires d’armes déposées dans les mairies et livrées à l’autorité militaire pendant la guerre et la Commune, 1871-1876. Archives de Paris, VD6 1678.

Mairie du 8e arrondissement : lettre de protestation de M. Fleury, entrepreneur, contre la confiscation de ses armes de chasse et de collection, 23 juin 1871. Archives de Paris, VD6 1678.

28 mai 1871 : fin de la Semaine sanglante

Photographie d’une rue de Paris en ruines extraite de Ruins of Paris & Environ. Photographs, par Tune, G. (photographe), 1871. Archives de Paris, 9Fi 4.

Le 28 mai 1871, les dernières barricades de la Commune se dressent rue de Paris (actuelle rue de Belleville) et rue Ramponneau dans le 20e arrondissement. Quelques fédérés sont encore retranchés dans le 11e arrondissement, entre la rue du Faubourg du Temple, la rue de la Fontaine au Roi et le boulevard de Belleville. Parmi eux se trouvent Eugène Varlin et Théophile Ferré, tous deux élus de la Commune. Varlin s’était opposé à la création du Comité de salut public. Le 26 mai, il tentait en vain d’empêcher le massacre de la rue Haxo auquel Ferré donnait son consentement. Ce dernier avait, lui, voté en faveur de la création du Comité. En ce matin du 28 mai, ils combattent côte à côte.

Dès 5h, les Versaillais attaquent par la Porte de Romainville (actuelle Porte des Lilas) et après des échanges de tirs atteignent la mairie du 20e arrondissement, dont ils se rendent maîtres peu après 8h. Autour du boulevard de Belleville, la résistance tient encore pour quelques heures. La guerre civile devient guérilla urbaine tandis que les deux camps s’affrontent dans les rues exiguës du 11e arrondissement. Varlin et Ferré parviennent à s’enfuir. Le premier est reconnu et dénoncé dans le 9e arrondissement. Arrêté par le lieutenant Sicre, il est violemment pris à partie par la foule pendant son transfert vers la rue des Rosiers (actuelle rue du Chevalier-de-la-Barre, dans le 18e) où il est fusillé. Témoin de l’exécution, le général Percin le dit « superbe de courage ». Ferré est quant à lui arrêté dans la nuit du 8 au 9 juillet 1871. Condamné à mort le 2 septembre, il est fusillé le 28 novembre au camp de Satory, près de Versailles, aux côtés de Louis Rossel, ancien délégué à la Guerre, qui a refusé l’exil.

 

Vers midi, les fédérés sont à court de munitions. La Commune a tiré son dernier coup de canon. Rue Ramponneau, la dernière barricade n’est plus défendue. Paris est aux mains des Versaillais, qui quadrillent la ville et traquent les derniers gardes fédérés. On ne peut ni entrer ni sortir de la capitale dévastée par cette Semaine sanglante. Les incendies sont maîtrisés, mais les exécutions se poursuivent. Les rues sont jonchées de cadavres. La Commune n’est plus.

 

Images : photographie d’une rue de Paris en ruines extraite de Ruins of Paris & Environ. Photographs, par Tune, G. (photographe), 1871. Archives de Paris, 9Fi 4. Brassards de gardes nationaux, sans doute de fédéré (à gauche) et de partisan de Versailles (à droite), 1871. Archives de Paris, VD3 11.

Brassards de gardes nationaux, sans doute de fédéré (à gauche) et de partisan de Versailles (à droite), 1871. Archives de Paris, VD3 11.

27 mai 1871 : le mur des fédérés

Rapport du commissariat de police de Versailles, 27 mai 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166, pièce 114.

Le 27 mai 1871 dès l’aube, les Versaillais reprennent l’attaque de la barricade de la mairie du 11e arrondissement avec une batterie de 6 canons. Les insurgés commencent à manquer de munitions. Dans l’après-midi, les canons fédérés des Buttes-Chaumont se taisent. Les troupes régulières ont fait tomber la barricade de la rue Puebla (actuelle rue des Pyrénées), ont repris les portes de Montreuil et de Bagnolet, la place du Trône (actuelle place de la Nation) et la place des Fêtes. Près de 200 fédérés se sont réfugiés dans le cimetière du Père-Lachaise, où ils sont assiégés. Les troupes régulières enfoncent d’un coup de canon la grande porte du cimetière. On se bat entre les tombes à coup de couteau et de baïonnette. Là, les Versaillais fusillent les 147 fédérés survivants et les enterrent à la hâte dans une fosse commune le long du mur d’enceinte du cimetière.

Le soir, les derniers résistants, dans le quartier de Belleville, sont encerclés par les troupes versaillaises. Toute la nuit, les obus s’abattent sur le quartier.

Le rapport du commissariat de police de Versailles évoque brièvement les combats dans le cimetière du Père-Lachaise et conclut par : « on y aurait fait un grand nombre de prisonniers ». Il y eu au Père-Lachaise bien plus de fédérés fusillés qu’appréhendés.

Le mur des fédérés devient, dès la loi d’amnistie des Communard.es en 1880, un lieu de commémoration de la Commune (voir à ce sujet notre dossier pour la classe et plus particulièrement la notice « Rapport du conservateur du cimetière du Père Lachaise sur la manifestation des 24 et 25 mai 1902 au mur des Fédérés »). Le 25 juillet 1887, le Conseil de Paris autorise l’élévation d’un monument commémoratif sur la partie de l’enceinte du cimetière où ont été exécutés les insurgés.

Image : Rapport du commissariat de police de Versailles, 27 mai 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166, pièce 114.

Rapport du commissariat de police de Versailles, 27 mai 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166, pièce 114.

26 mai 1871 : massacre de la rue Haxo et inhumations en masse

Photomontage du massacre de la rue Haxo, 1871, collection Lazare. D1Z 55.

Le 26 mai 1871, les Versaillais continuent leur progression et prennent le contrôle de la place du Château-d’Eau (actuelle place de la République) et du faubourg Saint-Antoine.

Près du Panthéon, le journaliste républicain Jean-Baptiste Millière, élu député de la Seine aux élections du 8 février 1871, est arrêté par les hommes du général Cissey et du capitaine Garcin, de l’armée régulière. Millière n’est pas un Communard, mais on le méprend pour un homonyme gradé de la garde nationale. Il est exécuté, son épouse arrêtée. Cette dernière, relâchée le 13 août 1871 à la suite d’un non-lieu, intente en 1873 un procès au capitaine Garcin, dont elle est déboutée.

Acculés, les fédérés fusillent dans la rue Haxo 52 prisonniers évacués de la prison de la Roquette, essentiellement des ecclésiastiques et des gendarmes versaillais. Cette exécution, perpétrée en application du décret des otages du 5 avril (voir le billet du 6 avril), suscite un très vif émoi dans le camp versaillais, et plus largement dans l’opinion publique. Après la répression de l’insurrection, plusieurs ouvrages, comme celui d’Hippolyte Vauvray, rendent hommage aux « Martyrs de la Roquette ». Une concession à perpétuité est ouverte pour les gendarmes dans le cimetière de Belleville. Enfin, après de nombreux projets pour une œuvre expiatoire, l’église Notre-Dame-des-Otages est construite en 1932 au n°85 de la rue Haxo, dans le 20e arrondissement.

Il est plus compliqué d’établir un bilan précis du nombre de Communard.es tombé.es pendant la Semaine sanglante. Le chiffre varie, selon les estimations des historien.nes, entre 10 000 et 30 000 victimes. Les documents conservés aux Archives de Paris, comme ceux produits par l’administration des cimetières, évoquent partiellement ou en creux la masse des corps. Pour la seule journée du 8 juin 1871, le rapport de l’ingénieur en chef du service de la voirie fait état de 5517 inhumations. Une note du service des cimetières révèle que du rhum a été distribué aux ouvriers chargés d’enfouir les cadavres, trahissant l’ampleur effroyable et la difficulté de la tâche. Dans les mois qui suivent, des rapports émanant de la préfecture de Police alertent les services de la préfecture de la Seine sur les problèmes de salubrité publique causés par l’inhumation hâtive d’un grand nombre de fédérés, notamment dans les carrières d’Amérique, dans le 19e arrondissement.

Images : photomontage du massacre de la rue Haxo, 1871, collection Lazare. D1Z 55. Préfecture, affaires communales, service de la voirie : renseignements sur les inhumations à la suite des journées du 21 au 28 mai 1871, 8 juin 1871. Lettre du préfet de Police au préfet de la Seine sur l’affleurement des cadavres de Communards dans les carrières d’Amérique, 18 janvier 1872. Archives de Paris, VONC 234 et VONC 190. Note de l’inspection des cimetières sur le rhum distribué aux employés chargés de l’enfouissement des cadavres en mai 1871, 22 janvier 1972, collection Yves Duponchelle. Archives de Paris, V5S9.

Renseignements sur les inhumations à la suite des journées du 21 au 28 mai 1871, 8 juin 1871. Archives de Paris, VONC 234.

Lettre du préfet de Police au préfet de la Seine sur l’affleurement des cadavres de Communards dans les carrières d’Amérique, 18 janvier 1872. Archives de Paris, VONC 190.

Note de l’inspection des cimetières sur le rhum distribué aux employés chargés de l’enfouissement des cadavres en mai 1871, 22 janvier 1972, collection Yves Duponchelle. Archives de Paris, V5S9.

25 mai 1871 : Adolphe Thiers déclare l'insurrection vaincue

Dépêche télégraphique d’Adolphe Thiers, 25 mai 1871. Archives de Paris, 7AZ 5.

Dans la nuit du 24 au 25 mai 1871, les incendies qui embrasent la capitale éclairent le ciel de Paris comme en plein jour.

Le 25 au matin, les combats se poursuivent : la Butte-aux-Cailles, défendue par Walery Wrobleski, général de la Commune, tombe aux mains des Versaillais qui occupent désormais toute la rive gauche. En fin de journée, Charles Delescluze est tué sur la barricade de la place du Château-d’Eau (actuelle place de la République) où s’est déplacé l’épicentre des affrontements.

Les Dominicains d’Arcueil, qui avaient été arrêtés par les Communards quelques jours plus tôt, sont fusillés pendant leur évacuation, avenue d’Italie.

Le matin même, deux dépêches télégraphiques d’Adolphe Thiers sont relayées aux préfets et autorités françaises, dans lesquelles il annonce avoir repris le contrôle de Paris. Le texte, dont le champ sémantique est celui de la guerre, impute aux fédérés l’entière responsabilité des destructions et des crimes, omettant les obus incendiaires envoyés par Versailles sur Paris. Les exécutions de masse y sont mentionnées comme un moyen de punir et d’avertir la population insoumise, à qui la violence de la répression servira à l’avenir de leçon. Enfin, en présentant les Parisien.nes comme unanimement hostiles à la Commune et satisfaits du retour à l’ordre, Adolphe Thiers achève de légitimer les actions de l’armée versaillaise.

Images : Dépêche télégraphique d’Adolphe Thiers, 25 mai 1871. Archives de Paris, 7AZ 5. Carte postale représentant l’exécution des Dominicains d’Arcueil le 25 mai 1871. Archives de Paris, 11Fi 2026.

Carte postale représentant l’exécution des Dominicains d’Arcueil le 25 mai 1871. Archives de Paris, 11Fi 2026.

24 mai 1871 : incendie de l'Hôtel de Ville

Photographie de l’Hôtel de Ville en ruines extraite de Ruins of Paris & Environ. Photographs, par Tune, G. (photographe), 1871. Archives de Paris, 9Fi 4.

Le 24 mai 1871, les combats s’intensifient encore. Les Versaillais attaquent à l’aube. Craignant d’être encerclés, les derniers élus de la Commune quittent l’Hôtel de Ville. Vers 10h, les flammes envahissent le bâtiment qui n’est bientôt plus qu’un brasier. Le Palais de Justice et la préfecture de Police sont eux aussi incendiés.

Les soldats de l’armée régulière exécutent sommairement les insurgés, hommes femmes et enfants, dans tous les quartiers occupés. La presse versaillaise créera a posteriori le mythe des pétroleuses pour justifier la violence de ces exécutions (voir à ce sujet notre dossier pour la classe et plus particulièrement la notice « Plan de paris incendié en 1871 »). Raoul Rigault, qui avait été nommé le 20 mars à la tête de la préfecture de Police puis procureur de la Commune le 23 avril, est tué rue Gay-Lussac, dans le 5e arrondissement.

En représailles, les Communards appliquent le décret du 5 avril sur les otages (voir le billet du 6 avril) : l’archevêque de Paris, Monseigneur Darboy (que Rigault, à l’anticléricalisme virulent, avait fait arrêter) et cinq autres prisonniers sont fusillés contre le mur de la prison de la Roquette.

Le soir, les fédérés perdent le Panthéon mais se battent encore à la Butte-aux-Cailles dans le 13e arrondissement. La résistance se concentre essentiellement dans les quartiers populaires du nord-est parisien et s’organise depuis la mairie du 11e arrondissement, où les élus communards se sont repliés. Les batteries des deux camps pilonnent la capitale. Un tiers de la ville est en flamme.

Les incendies de l’Hôtel de Ville, de la préfecture de Police et du Palais de Justice auront des répercussions importantes et durables : ce sont tout l’état civil parisien antérieur à 1860 et les registres de catholicité de l’archevêché qui partent ainsi en fumée, de même que les jugements du tribunal civil antérieurs à 1870 et une grande partie des archives du département de la Seine et de la ville de Paris. Malgré la mise en place en 1872 d’une commission pour la reconstitution de l’état civil, seul un tiers environ des actes sera effectivement reconstitué.

Les Archives de Paris conservent toutefois un document qu’il convient de signaler : signé par Louis-Guillaume Debock, directeur de l’Imprimerie nationale et André Alavoine, son sous-directeur et membre du Comité central de la Garde nationale, il confirme un ordre qu’ils ont eux-mêmes sollicité, celui « d’empêcher, par tous les moyens en leur pouvoir, toute tentative d’incendie, qui pourrait être faite aux archives nationales ». L’existence de ce document nuance quelque peu l’image des Communards vandalisant Paris sans aucun discernement dépeinte par la presse versaillaise dans les semaines et les mois qui suivent la répression.

Images : photographie de l’Hôtel de Ville en ruines extraite de Ruins of Paris & Environ. Photographs, par Tune, G. (photographe), 1871. Archives de Paris, 9Fi 4. Ruines du Palais de justice après la Commune, salle des Pas perdus, 1871. Archives de Paris, 11Fi 5158. Fragment calciné d’un document datant de 1795 et provenant de l’incendie de l’Hôtel de Ville (1871). Archives de Paris, 10AZ 353. Bons de solde des 5 et 6 mai 1871 émis par le service médical de l’Hôtel de ville, provenant également de l’incendie de l’Hôtel de Ville. Archives de Paris, VD3 9. Ordre donné aux citoyens Debock, directeur de l’Imprimerie nationale, et Alavoine, délégué, d’empêcher par tous les moyens toute tentative d’incendie aux Archives nationales. Archives de Paris, D1J 12, dossier 250.

Ruines du Palais de justice après la Commune, salle des Pas perdus, 1871. Archives de Paris, 11Fi 5158.

Fragment calciné d’un document datant de 1795 et provenant de l’incendie de l’Hôtel de Ville (1871). Archives de Paris, 10AZ 353.

Bons de solde des 5 et 6 mai 1871 émis par le service médical de l’Hôtel de ville, provenant également de l’incendie de l’Hôtel de Ville. Archives de Paris, VD3 9.

Ordre donné aux citoyens Debock, directeur de l’Imprimerie nationale, et Alavoine, délégué, d’empêcher par tous les moyens toute tentative d’incendie aux Archives nationales. Archives de Paris, D1J 12, dossier 250.

23 mai 1871 : incendie du palais des Tuileries

Paris et ses ruines, le Palais des Tuileries, Adam Sabatier, 24 mai 1871. Archives de Paris, 15Fi 114.

Le 23 mai 1871, les combats font toujours rage dans la capitale. Les Versaillais prennent Montmartre. Commandant de la place de Paris pour la Commune, le général Dombrowski est tué.

Le commissariat de police de Versailles rédige quotidiennement des rapports élaborés grâce aux témoignages de réfugiés et d’espions versaillais dans la capitale. Ils se révèlent être une source intéressante qui permet de suivre la progression des troupes de l’armée versaillaise dans Paris.

Le rapport daté du 23 mai montre que les fédérés sont retranchés à l’est, à l’exception de quelques poches de résistance.

Le 23 mai toujours, un premier incendie commence à dévorer le palais des Tuileries…

Images : Paris et ses ruines, le Palais des Tuileries, Adam Sabatier, 24 mai 1871. Archives de Paris, 15Fi 114. Rapport du commissariat de police de Versailles, 23 mai 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166, pièce 110.

Rapport du commissariat de police de Versailles, 23 mai 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166, pièce 110.

22 mai 1871 : la Commune érige ses barricades

Barricade rue Perronet pendant la Commune de 1871. Archives de Paris, 11Fi 5138.

La Semaine sanglante voit s’affronter avec violence plus de 120 000 hommes de l’armée régulière envoyés par Adolphe Thiers contre quelques milliers de soldats fédérés. Les exactions commises par les deux camps et les importantes destructions matérielles marquent durablement l’imaginaire collectif et la physionomie de la capitale. Les contemporains parlent de la bataille de Paris.

Le 22 mai au matin, le gouvernement communal, le Comité de salut public et le comité central appellent les Parisien.nes à ériger des barricades. Mais les Versaillais progressent rapidement. À la fin de la journée, ils se sont rendus maîtres des Champs-Élysées, des quartiers Montparnasse et Saint-Lazare.

Les Archives de Paris conservent de nombreux documents qui traduisent l’état d’urgence et la fébrilité des autorités communales pendant ces ultimes journées de résistance : ordres rédigés à la hâtes sur des morceaux de papiers froissés, témoignages de Parisien.nes (voir notre post du 21 mai dernier), ou encore dossiers de demandes de dédommagement a posteriori qui livrent une description pointilleuse des objets réquisitionnés pour l’érection des barricades. Plus parlant encore, les photographies d’époque, comme celle-ci représentant, au centre, la barricade de la rue Perronet, dans le 7e arrondissement.

Images : Barricade rue Perronet pendant la Commune de 1871. Archives de Paris, 11Fi 5138. Administration de la Commune : note de la 6e légion, 22 mai 1871. Archives de Paris, VD3 13. Lettre du délégué du 11e arrondissement Henri Joseph Mortier demandant le transport à la maison communale de 14 canons, 23 mai 1871. Barricades et fortification des maisons ; correspondance et ordre d’officiers de la garde nationale, 25 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14. Ordre du commandant de l’hôtel de ville de fortifier les maisons, 25 mai 1871. Archives de Paris, VD3 16. Dommages de guerre : dossiers individuels de demandes d’indemnités aux propriétaires, 1871-1872. Archives de Paris, DR6 6.

Administration de la Commune : note de la 6e légion, 22 mai 1871. Archives de Paris, VD3 13.

Lettre du délégué du 11e arrondissement Henri Joseph Mortier demandant le transport à la maison communale de 14 canons, 23 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Barricades et fortification des maisons ; correspondance et ordre d’officiers de la garde nationale, 25 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Ordre du commandant de l’hôtel de ville de fortifier les maisons, 25 mai 1871. Archives de Paris, VD3 16.

Dommages de guerre : dossiers individuels de demandes d’indemnités aux propriétaires, 1871-1872. Archives de Paris, DR6 6.

21 mai 1871 : début de la Semaine sanglante

Administration de la Commune : tract pour des cours publics et gratuits pour jeunes filles, avril 1871. Archives de Paris, VD3 15.

Le 21 mai 1871, Édouard Vaillant, délégué de la Commune à l’enseignement, institue une commission pour l’organisation et la surveillance de l’enseignement dans les écoles de filles. Les membres de cette commission, nommées par l’arrêté paru au Journal Officiel du 22 mai 1871, sont André Léo, Anna Jaclard, Isaure Périer, Noémi Reclus et Anna Sapia. Elles ont notamment pour rôle de poursuivre la coordination des actions éducatives menées au niveau des arrondissements, comme ces cours publics et gratuits pour jeunes filles dispensés dans le 17e arrondissement par une dénommée Louisa Lamotte. Il pourrait par ailleurs s’agir d’une jeune Créole, née à la Nouvelle-Orléans en 1848 et arrivée en France peu après sa naissance, autrice en 1881 de l’ouvrage « De l’enseignement secondaire des filles ».

L’après-midi même, un dimanche, un grand concert de la garde nationale est organisé au profit des veuves et orphelins de la Commune. Initialement prévu place de la Concorde, il se tient finalement aux Tuileries, car les obus versaillais s’abattent depuis la veille jusqu’aux abords des Champs-Élysées. Alors que le concert se termine, l’avant-garde des troupes versaillaise pénètre dans Paris par la Porte du Point-du-Jour, dans le 16e arrondissement.

Ainsi commence la Semaine sanglante… Ce 21 mai 1871, la Commune de Paris a tenu sa dernière séance.

Les Archives de Paris conservent quelques récits de Parisien.nes évoquant la violence des combats, comme cette lettre de Madame Chevallat envoyée à sa fille le 30 mai 1871, dans laquelle elle écrit :

« Toute la nuit du dimanche [21 mai] au lundi les églises ont sonné le tocsin puis la générale dans les rues retentissait avec rage, nous apprenons alors que les Versaillais étaient entrés dans Paris […] A partir de ce moment les obus à pétrole partant du Paire (sic) Lachaise commencent à pleuvoir sur Paris en passant juste au dessus de notre tête, le sifflement était affreux, le mercredi soir je fais descendre les enfants dans la cave, jour et nuit les insurgés venaient  le pistolet à la main nous sommer de leur donner des outils pour faire leur baricades et chevaux et voiture pour conduire leur munitions ce qu’il fallait faire étant menacées par eux de recevoir du pétrole si nous n’obéissions. À deux heures de cette horrible nuit les insurgés frappent et nous ordonnent de laisser la grande porte ouverte d’y mettre une lanterne afin disent-ils de pouvoir se réfugier chez nous si les versaillais arrivent, ils en font autant dans tout le quartier, juge de notre angoisse… ».

Ce témoignage reflète probablement l’expérience terrifiante vécue par une grande partie des Parisien.nes qui, ni Communard.es, ni partisans de l’ordre, tentent de survivre dans un Paris transformé en zone de guerre.

Images : Administration de la Commune : tract pour des cours publics et gratuits pour jeunes filles, avril 1871. Archives de Paris, VD3 15. Extrait de la lettre écrite par Madame Chevallat à sa fille après l’insurrection de la Commune de Paris, 30 mai 1871. D1J 63, dossier 1017

Extrait de la lettre écrite par Madame Chevallat à sa fille après l’insurrection de la Commune de Paris, 30 mai 1871. D1J 63, dossier 1017.

19 mai 1871 : arrestation des moines dominicains du couvent d'Arcueil

Mairie du 17e arrondissement : « Liste des réfractaires et lâches passés à l’ennemi », 1871. Archives de Paris, VD6 2346.

Le 19 mai 1871, les moines dominicains du couvent d’Arcueil, soupçonnés d’apporter leur aide aux troupes régulières, sont arrêtés par les fédérés. À Paris, les dissensions entre partisans de l’ordre et Communard.es ne font que croître depuis le 18 mars. La lutte armée aux portes de la capitale se double d’une guerre idéologique entre ses murs. L’atmosphère de défiance générale et la crainte des espion.nes, qui empoisonnaient les relations entre Parisien.nes pendant le premier siège, ont atteint leur paroxysme.

La Commune fait interdire à plusieurs reprises la publication de journaux dont la ligne éditoriale est plus ou moins ouvertement favorable à Versailles. Elle décrète le 18 mai l’obligation de signer les articles. La Délégation de l’intérieur et de la sûreté générale de la Commune produit par ailleurs des rapports quotidiens sur les parutions de la presse parisienne. Des affiches versaillaises continuent malgré tout d’être placardées sur les murs de Paris et des pamphlets hostiles à la Commune circulent dans une clandestinité relative.

Les Archives de Paris conservent dans les fonds de l’administration communale de nombreuses lettres de dénonciation qui témoignent de cette ambiance délétère. Elles signalent aux autorités communales les espions versaillais, les suspects imaginaires ou les réfractaires au service dans la garde nationale et trouveront un écho funeste dans celles qui s’emploieront, après la répression, à dénoncer d’anciens fédérés, là encore avérés ou supposés, auprès des représentants de l’ordre. 

Images : administration communale : mairie du 17e arrondissement : « Liste des réfractaires et lâches passés à l’ennemi », 1871. Archives de Paris, VD6 2346. Mairie du 7e arrondissement : lettre du secrétariat de la Commune sur la suspicion d’un mouvement insurrectionnel coordonné avec une attaque versaillaise, 13 mai 1871. Archives de Paris, VD6 1503. Administration de la Commune : lettre de dénonciation d’un fédéré, 18 septembre 1871. Archives de Paris, VD3 13. Rapport de la Délégation de l’intérieur et de la sûreté générale sur la presse parisienne du samedi 20 mai 1871. Archives de Paris, VD3 9.

Mairie du 17e arrondissement : « Liste des réfractaires et lâches passés à l’ennemi », 1871. Archives de Paris, VD6 2346.

Mairie du 7e arrondissement : lettre du secrétariat de la Commune sur la suspicion d’un mouvement insurrectionnel coordonné avec une attaque versaillaise, 13 mai 1871. Archives de Paris, VD6 1503.

Administration de la Commune : lettre de dénonciation d’un fédéré, 18 septembre 1871. Archives de Paris, VD3 13.

Rapport de la Délégation de l’intérieur et de la sûreté générale sur la presse parisienne du samedi 20 mai 1871. Archives de Paris, VD3 9.

17 mai 1871 : explosion de la cartoucherie de l'avenue Rapp

Mairie du 7e arrondissement : bon pour 16 kg de pain pour venir en aide aux victimes de l’explosion de la cartoucherie de l’avenue Rapp, 18 mai 1871. Archives de Paris, VD6 1566.

Le 17 mai 1871, le conseil de la Commune vote un décret qui réaffirme l’égalité de droits entre enfants légitimes et naturels ainsi qu’entre épouses et compagnes pour la perception des pensions. Alors que les élus débattent à propos de la scission causée par la création du Comité de salut public, une déflagration se fait ressentir : la cartoucherie de l’avenue Rapp, dans le 7e arrondissement, vient d’exploser.

L’amplitude de la détonation soulève le quartier tout entier. On raconte qu’elle a été perçue jusqu’à Belleville. Une fois la colonne de débris retombée, les secours sur place ne peuvent que constater la destruction totale du bâtiment. Aucun des employés de la cartoucherie n’a survécu à l’explosion qui a fait plusieurs victimes et de nombreux blessés dans le périmètre.

Au-delà des terribles pertes humaines, ce sont quelques 10 000 kilos de poudre et 400 000 cartouches qui partent en fumée, alors que l’armée Versaillaise prépare déjà son entrée dans Paris en pilonnant depuis plusieurs jours les fortifications et le sud-ouest de la ville depuis les forts d’Issy et de Vanves.

Les autorités communales évoquent immédiatement un sabotage versaillais et quatre personnes sont arrêtées, mais aucune preuve tangible ne vient étayer la théorie d’un attentat. Il ressort en outre de l’enquête subséquente que la cartoucherie abritait plusieurs autres activités, dont un atelier de soudure, peu compatible avec l’entreposage de munitions.

Dès le lendemain, les élus communaux du 7e arrondissement mettent en place une assistance aux victimes touchées par l’explosion, comme en témoigne ce bon pour 16 kg de pain conservé aux Archives de Paris dans le fonds des mairies d’arrondissement.

Il est possible de se faire une idée du paysage lunaire après l’explosion de la cartoucherie grâce à trois photographies issues des collections du Musée Carnavalet – Histoire de Paris, accessibles en ligne sur la plateforme Paris Musées.

Quel qu’ait été l’identité du ou des coupable(s), cet événement porte indubitablement un nouveau coup dur aux Fédérés, à la veille d’une attaque de l’armée régulière que toutes et tous pressentent.

Image : administration communale : mairie du 7e arrondissement : bon pour 16 kg de pain pour venir en aide aux victimes de l’explosion de la cartoucherie de l’avenue Rapp, 18 mai 1871. Archives de Paris, VD6 1566. 

 

16 mai 1871 : démolition de la colonne Vendôme

Mairie du 8e arrondissement : rapport sur la démolition de la colonne Vendôme, 26 mai 1871. Archives de Paris, VD6 1586.

Le 8 mai 1871, Adolphe Thiers s’adresse aux Parisien.nes par voie d’affichage, leur demandant leur aide pour mettre fin à la Commune, faute de quoi l’armée régulière entrera en armes dans la ville pour y combattre les troupes communales. En réponse à cet ultimatum, le Comité de salut public décrète la saisie des biens meubles de Thiers ainsi que le dérasement de sa maison située place Saint-Georges, dans le 9e arrondissement. 

Autre symbole fort, la colonne Vendôme est abattue au cours d’une grande fête populaire le 16 mai 1871, sous la direction de l’ingénieur Isaac Abadie et avec le concours de l’ingénieur Jules Iribe. Le secrétaire d’Isaac Abadie, un dénommé Fouque, rédige par la suite un rapport sur la démolition conservé aux Archives de Paris dans les fonds de l’administration communale.

Construite en 1810 par Napoléon 1er pour commémorer la victoire d’Austerlitz, surmontée en 1863, sous le Second Empire, d’une statue de l’empereur en César, sa démolition est décrétée le 13 avril 1871 sur proposition de Félix Pyat. Les matériaux qui la composent sont mis en vente par lot dès le 19 avril.

C’est Gustave Courbet qui, le 14 septembre 1870, suggère au gouvernement de la Défense nationale de remplacer la colonne Vendôme par un monument dédié aux États unis d’Europe et issu de la fonte des canons français et prussiens. S’il n’est pas à l’origine du décret du 13 avril, c’est pourtant lui qui sera jugé responsable de cette démolition et condamné, après la chute de le Commune, à en payer la restauration. Contraint à l’exil, il meurt en Suisse, dans la solitude et le dénuement, le 31 décembre 1877.

Images : administration communale, mairie du 8e arrondissement : rapport sur la démolition de la colonne Vendôme, 26 mai 1871. Archives de Paris, VD6 1586. 

Mairie du 8e arrondissement : rapport sur la démolition de la colonne Vendôme, 26 mai 1871. Archives de Paris, VD6 1586 (page 1).

Mairie du 8e arrondissement : rapport sur la démolition de la colonne Vendôme, 26 mai 1871. Archives de Paris, VD6 1586 (pages 2 et 3).

10 mai 1871 : traité de Francfort

État des pertes territoriales de la France après les traités du 26 février et du 10 mai 1871 établi par la direction des archives et chancellerie du ministère des Affaires étrangères, décembre 1871. Archives de Paris, DR6 13.

Le 9 mai, les Versaillais se rendent maîtres du fort d’Issy en ruines après deux semaines d’âpres combats. Louis Rossel, qui avait succédé à Gustave Cluseret comme délégué à la Guerre le 30 avril, démissionne. Il est remplacé par Charles Delescluze.

Le 10 mai, à Francfort, la signature du traité de paix entre la France et l’Allemagne ampute le territoire français de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine. La France doit de surcroît verser à l’Allemagne une indemnité de 5 milliards de francs. Conséquence directe des termes de ce traité, les habitant.es des provinces annexées doivent choisir entre conserver leur nationalité française ou devenir allemand.es. Plus de 160 000 d’entre eux décident alors de rejoindre le territoire français.

Ces déplacements massifs rendent nécessaire une gestion à l’échelle nationale, qui donne notamment lieu à une comptabilité précise des communes perdues et de ce qu’elles représentent en termes de superficie et de population. Ce bilan chiffré fait l’objet d’un mémorandum du ministère des Affaires étrangères dont une copie est adressée aux préfets. En effet, les personnes originaires de ces provinces mais résidant dans d’autres département doivent également opter pour l’une ou l’autre nationalité.

Les Archives de Paris conservent de ce fait des listes d’Alsaciens-Lorrains du département de la Seine ayant choisi de conserver leur nationalité française entre 1872 et 1873 (surnommés « optants »). Ces listes font partie de la sous-série D3M9, dont l’instrument de recherche est accessible en ligne depuis la rubrique Inventaires en ligne de notre site. 

Images : dommages de guerre : état des pertes territoriales de la France après les traités du 26 février et du 10 mai 1871 établi par la direction des archives et chancellerie du ministère des Affaires étrangères, décembre 1871. Archives de Paris, DR6 13. Préfecture de la Seine, affaires communales : option pour la nationalité française, Paris 19e arrondissement, mai 1872. Archives de Paris, D3M9 7. 

Note du directeur de l'administration départementale et communale du ministère de l'Intérieur au préfet de la Seine, 22 juin 1872. Archives de Paris, DR613.

État des pertes territoriales de la France après les traités du 26 février et du 10 mai 1871, décembre 1871. Archives de Paris, DR6 13 (pages 3-5)

État des pertes territoriales de la France après les traités du 26 février et du 10 mai 1871, décembre 1871. Archives de Paris, DR6 13 (pages 6-8).

Préfecture de la Seine, affaires communales : option pour la nationalité française, Paris 19e arrondissement, mai 1872. Archives de Paris, D3M9 7.

6 mai 1871 : dégagement gratuits des objets d'une valeur inférieure à 20 francs engagés au Mont-de-Piété

Certificat de nantissement d’une montre en cuivre pour une valeur de 4 francs, 28 février 1871. Archives de Paris, 6AZ 29, dossier 1777.

Au cœur de la bataille qui fait rage depuis le 25 avril 1871 entre Communards et Versaillais pour la possession du fort d’Issy, la Ligue d’union républicaine des droits de Paris tente, le 6 mai, de rencontrer Adolphe Thiers à la faveur d’un bref cessez-le-feu. Ce sont des élus et hommes politiques républicains, majoritairement gambettistes, qui sont à l’origine de cette Ligue d’union républicaine, formée début avril. On trouve parmi eux Georges Clémenceau, Jules Mottu ou encore Jacques Bonvalet. Si elle se montre hostile à la révolution et à la guerre civile, la Ligue n’en reconnaît pas moins le bienfondé des revendications communalistes et se propose d’offrir sa médiation afin de concilier les deux camps. Ses délégués sont reçus plusieurs fois par le gouvernement de Thiers, mais les progrès militaires des Versaillais confortent celui-ci dans son intransigeance et il leur oppose une fin de non-recevoir.

Dans le même temps, le gouvernement communal poursuit son œuvre sociale en décrétant, le 6 mai, le dégagement gratuit des objets d’une valeur inférieure à 20 francs engagés au Mont-de-Piété. La décision est motivée par l’extrême misère qui s’est abattue sur une grande partie de la population parisienne, éprouvée par un hiver rude et deux sièges consécutifs. Beaucoup ont mis en gage, au-delà du superflu, des objets de première nécessité qu’ils sont dans l’incapacité de racheter. À la suite de ce décret, l’affluence des Parisien.ne.s venu.e.s récupérer leurs gages est telle que le Mont-de-Piété est contraint de mettre en place un dispositif de tirage au sort. Le Comité de salut public se voit quant à lui obligé de préciser que la mesure ne concerne que les habitant.e.s de Paris, à l’exclusion de celles et ceux des communes limitrophes, dans un courrier en date du 15 mai 1871 conservé aux Archives de Paris dans le fonds coté 1ETP 1-664 du Mont-de-Piété de Paris, puis crédit Municipal de Paris.

Cette mesure, bien que nécessaire comme en attestent ces documents, prend cependant fin après la répression de la Commune.

Image : certificat de nantissement d’une montre en cuivre pour une valeur de 4 francs, 28 février 1871. Archives de Paris, 6AZ 29, dossier 1777. Communication du Comité de salut de public adressée au Mont-de-Piété de Paris, 15 mai 1871. Archives de Paris, 1ETP 605.

Communication du Comité de salut de public adressée au Mont-de-Piété de Paris, 15 mai 1871. Archives de Paris, 1ETP 605.

4 mai 1871 : prise de la redoute du Moulin de Saquet par les Versaillais

État des sommes à payer pour appointements du personnel des ambulances de l’avenue Saint-Ouen et de la rue Brochant, dans le 17e arrondissement, mai 1871. Archives de Paris, VD3 15.

Depuis le 25 avril, Communards et Versaillais s’affrontent pour la possession du fort d’Issy. Dans la nuit du 3 au 4 mai 1871, l’armée de Versailles marque une avancée en se rendant maîtresse de la redoute du Moulin de Saquet, près de Vitry, à l’issue de violents combats qui font plusieurs centaines de morts dans le camp des fédérés.

Cette redoute est l’un des ouvrages fortifiés qui complètent le dispositif de défense de Paris, constitué principalement des fortifications qui ceignent la capitale et des 16 forts détachés de banlieue. Ces derniers ont été investis par les combattants de la Commune dès le retrait du gouvernement à Versailles mais sont repris un à un par les troupes versaillaises depuis le début des hostilités le 2 avril. Depuis le début des hostilités, très rapidement, des voix de femmes s’élèvent pour demander leur implication active et directe dans les affaires militaires. Certaines veulent se battre en armes et uniformes, d’autres proposent leur aide dans les « ambulances », structures semblables à des hôpitaux de campagne implantés dans tous les arrondissements parisiens. Dès le 11 avril, elles créent l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins à donner aux blessés (voir notre post du 11 avril dernier).

On assiste début mai à une nouvelle vague d’engagements féminins parmi les Communardes. Bien qu’elles se heurtent souvent à l’hostilité d’un état-major peu d’enthousiaste face à leur engagement, on trouve dans les fonds des Archives de Paris de nombreuses preuves de la participation des femmes à la défense de la Commune, notamment au sein des ambulances où elles sont infirmières, lingères ou cuisinières. Là encore, les pièces comptables sont les plus courantes, comme cet état des sommes à payer pour appointements du personnel des ambulances de l’avenue Saint-Ouen et de la rue Brochant, dans le 17e arrondissement.

Image : administration communale : état des sommes à payer pour appointements du personnel des ambulances de l’avenue Saint-Ouen et de la rue Brochant, dans le 17e arrondissement, mai 1871. Archives de Paris, VD3 15.

 

État des sommes à payer pour appointements du personnel des ambulances de l’avenue Saint-Ouen et de la rue Brochant, dans le 17e arrondissement, mai 1871. Archives de Paris, VD3 15.

1er mai 1871 : Comité de salut public

Notification aux citoyens délégués du 13e arrondissement de l’organisation d’un Comité de salut public, 3 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

À la fin du mois d’avril 1871, alors que la Commune s’enlise dans les échecs militaires face à l’armée de Versailles, le débat s’ouvre sur la nécessité d’instaurer un Comité de salut public. Or, celui-ci divise. Tout d’abord, si sa symbolique véhicule la notion de défense de la République, il renvoie principalement à un épisode controversé de la Révolution française. Surtout, son existence constitue un renoncement à l’idéal communaliste d’un gouvernement populaire, pour lui substituer une administration autoritaire. La Commune se divise alors entre une majorité d’élus favorables à sa création et une minorité, essentiellement composée d’internationalistes, qui s’y oppose catégoriquement.

Le Comité de salut public est toutefois formé à l’issu de la séance du 1er mai 1871. Ses cinq premiers membres, élus par la Commune au scrutin individuel, sont Antoine Arnaud, Gabriel Ranvier, Léo Meilliet, Félix Pyat et Charles Gérardin. Les attributions précises de cet organe supérieur, dont le rôle principal est de réorganiser la lutte armée contre Versailles, ne sont pas précisées, mais il est doté des pleins pouvoirs. Rapidement, ses opposants demandent sa dissolution, arguant de son inefficacité. Un second comité sera formé le 9 mai. Les dissensions qui ont émergé au sein de la Commune ne feront que s’accentuer par la suite. Alors que l’armée versaillaise se rapproche inéluctablement de Paris, la Commune est plus désunie que jamais.

Image : administration communale : notification aux citoyens délégués du 13e arrondissement de l’organisation d’un Comité de salut public, 3 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

29 avril 1871 : les aérostiers de la Commune

Plan de mitrailleuse aérienne, J.P.M. Bernis, inventeur, avril 1871. Archives de Paris, VD3 9.

L’utilisation de ballons pour communiquer avec la province prend fin lorsque les Prussiens lèvent le siège de Paris en février 1871. Pour autant, il apparaît rapidement nécessaire d’assurer la continuité d’un service aérostatique lorsque commence, moins de deux mois plus tard, le second blocus autour de la capitale. En outre, le matériel existe et des ballons ont même été ramenés de province pour être entreposés dans les locaux de l’administration des Postes en mars 1871.

Sur les conseils du photographe et sympathisant de la Commune Nadar, lui-même aéronaute, la Commission exécutive décrète, le 20 avril 1871, la création d’une compagnie d’aérostiers civils et militaires, destinée à assurer des missions de communication et d’observation militaire. Toujours sur les recommandations de Nadar, son ami Claude-Jules Dufour, dit Dufuor, aérostier de foire avant la guerre, est nommé capitaine des aérostiers civils et militaires de la Commune de Paris. Paru au Journal officiel de la Commune du 21 avril, ce décret encourage les aspirants aérostiers à adresser leurs candidatures « au capitaine Durnof [sic] ».

Les Archives de Paris conservent dans les « papiers du citoyen Duruof » quelques-unes de ces candidatures, dont certaines complétées de croquis d’inventions. Elles témoignent en tout premier lieu d’une volonté de défendre les idéaux communalistes allant bien au-delà du seul monde ouvrier et prolétaire, à travers les lettres d’ingénieurs de toutes origines sociales. Elles donnent aussi à voir les prémices de l’aéronautique militaire et l’émergence du concept de surveillance aérienne.

Images : lettres de candidature pour faire partie de la compagnie des aérostiers civils et militaires de la Commune de Paris ou proposant de mettre des inventions aérostatiques au service de la Commune, avril-mai 1871. Archives de Paris, VD3 9. Extrait du Journal officiel de la Commune n°111 du 21 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 144.

Lettre de candidature pour faire partie de la compagnie des aérostiers civils et militaires de la Commune de Paris, 21 avril 1871. Archives de Paris, VD3 9.

Lettre proposant de mettre au service de la Commune une machine aérienne, 2 mai 1871. Archives de Paris, VD3 9.

Lettre proposant de mettre au service de la Commune un "appareil pour s'élever dans l'air et se diriger contre le vent", 1er mai 1871. Archives de Paris, VD3 9.

"Appareil pour s'élever dans l'air et se diriger contre le vent", 1er mai 1871. Archives de Paris, VD3 9.

Extrait du Journal officiel de la Commune n°111 du 21 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 144.

27 avril 1871 : fin des retenues sur salaire et amendes

Notification aux délégués communaux du 13e arrondissement du décret sur l’interdiction des amendes et retenues sur salaires, 2 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Le 27 avril 1871, la Commune met fin par décret aux amendes et retenues sur salaires. Cette pratique était alors utilisée par les patrons comme moyen de pression sur leurs employé.e.s et ouvrier.e.s. La commission exécutive estime que cet usage s’exerce hors de tout cadre légal, notant que l’employé.e concerné.e ne dispose d’aucune voie pour se défendre ou en contester l’application. Le même décret prévoit en outre le remboursement des retenues et amendes perçues depuis le 18 mars, date du soulèvement communal, soit 10 jours avant la proclamation officielle de la Commune.

Cette mesure, qui ne sera pas maintenue après la répression de la Commune, constitue une nouvelle avancée pour les droits sociaux qui devance d’un siècle le droit du travail, puisqu’en France il faut attendre les années 1970 pour que cette pratique soit définitivement interdite.

Image : Administration communale : notification aux délégués communaux du 13e arrondissement du décret sur l’interdiction des amendes et retenues sur salaires, 2 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14. 

Notification aux délégués communaux du 13e arrondissement du décret sur l’interdiction des amendes et retenues sur salaires, 2 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

26 avril 1871 : l'enseignement sous la Commune

Affiche de la mairie du 8e arrondissement sur la scolarisation, 26 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 529.

La réforme de l’éducation est un autre axe important de la politique de la Commune, qui devance d’une décennie les lois scolaires emblématiques de la IIIe République promulguées par Jules Ferry au début des années 1880. Les Communard.e.s conçoivent en effet l’école comme laïque et ouverte à toutes et tous, tous niveaux sociaux confondus, les femmes s’impliquant particulièrement dans l’élaboration de ces réformes pédagogiques. La Commission de l’enseignement est confiée à Édouard Vaillant, qui coordonne les mesures mises en place au niveau des arrondissements et contrôle, en dernier ressort, les nominations dans les établissements. Les enseignant.e.s congrégationistes sont remplacés par des institutrices et instituteurs laïc.ques, ce qui constitue une véritable révolution puisqu’à l’époque les 2/3 des enfants scolarisés le sont dans les établissements tenus par des religieux. Les programmes scolaires sont amendés en conséquence. Une attention particulière est portée à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Des écoles professionnelles et d’apprentissage sont créées. Enfin, l’enseignement se veut obligatoire pour tous les enfants, filles et garçons, jusqu’à 12 ans.

Ces expérimentations pédagogiques prennent fin avec la Commune mais marquent cependant une étape significative dans l’évolution de l’éducation en France.

Images : Administration communale : 3 notes de la commission de l’Enseignement aux délégués communaux du 13e arrondissement, 26 et 28 avril et 2 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14. Mairie du 7e arrondissement : instruction pour l’adresse aux élèves dans les écoles, s.d. Archives de Paris, VD6 1579. Affiche de la mairie du 8e arrondissement sur la scolarisation, 26 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 529. 

 

Note de la commission de l’Enseignement aux délégués communaux du 13e arrondissement, 26 avril 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Note de la commission de l’Enseignement aux délégués communaux du 13e arrondissement, 28 avril 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Note de la commission de l'Enseignement aux délégués communaux du 13e arrondissement, 12 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Mairie du 7e arrondissement : instruction pour l’adresse aux élèves dans les écoles, s.d. Archives de Paris, VD6 1579.

25 avril 1871 : réquisition des logements vides

 Dommages de guerre : billet de logement, 5 mai 1871. Archives de Paris, DR6 61.

Les bombardements prussiens puis versaillais qui frappent la capitale provoquent d’importants dégâts matériels. La destruction d’immeubles d’habitation engendre des déplacements de populations. Afin de reloger ces réfugiés, le gouvernement communal décide, le 25 avril 1871, la réquisition des logements laissés vacants par les Parisien.ne.s qui ont fui Paris pendant la guerre ou après la proclamation de la Commune. Cette mesure avait déjà été ponctuellement mise en œuvre lors du premier siège. Les mairies d’arrondissement prennent en charge les loyers, qui sont reversés aux propriétaires sur présentation de billets de logement. Nombre de ces billets ont donc été conservés dans les fonds des mairies d’arrondissement des Archives de Paris.

On trouve également dans le fonds de l’administration un projet de décret, non daté, illustrant la volonté de la Commune d’aller plus loin dans sa politique de réquisition immobilière. Ce texte projette en effet le placement sous séquestre des immeubles abandonnés. L’évaluation des biens séquestrés, capitalisée à 3%, doit permettre le dégagement d’obligations de 100 francs chacune. Celles-ci devront être réparties, le 30 mai, entre les gardes nationaux sous les armes à cette date, en fonction de la composition de leurs foyers (conjoints, enfants et parents). Le texte prévoit enfin l’attribution de 5 obligations aux gardes nationaux blessés lors de combats contre les Versaillais et de 10 aux gardes nationaux amputés.

Le décret ne sera jamais voté, les opérations militaires contre Versailles prenant progressivement le pas sur la gestion des affaires communales.

Images : Administration communale : notification aux délégués communaux du 13e arrondissement du décret sur la réquisition des logements, 1er mai 1871. Archives de Paris, VD3 14. Liste de maisons à réquisitionner ; projet de décret pour la mise sous séquestre d’immeubles délaissés par leurs propriétaires, s.d. Archives de Paris, VD3 13. Dommages de guerre : billet de logement, 5 mai 1871. Archives de Paris, DR6 61.

Notification aux délégués communaux du 13e arrondissement du décret sur la réquisition des logements, 1er mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Liste de maisons à réquisitionner, s.d. Archives de Paris, VD3 13.

Projet de décret pour la mise sous séquestre d’immeubles délaissés par leurs propriétaires, s.d. Archives de Paris, VD3 13.

Dommages de guerre : billet de logement, 5 mai 1871. Archives de Paris, DR6 61.

21 avril 1871 : le second siège de Paris

Mairie du 7e arrondissement, bons de pain, mai 1871. Archives de Paris, VD6 1566.

La gestion de la pénurie est, de fait, l’une des grandes préoccupations du gouvernement de la Commune. À partir du 21 avril 1871, Adolphe Thiers impose à Paris un blocus ferroviaire qui replonge la capitale dans les affres de la faim et du manque. On parle d’un second siège de Paris. Les Communards réactivent la plupart des dispositifs mis en œuvre pendant le premier siège, comme l’ouverture de boucheries communales, la vente publique de pommes de terres ou encore la distribution de bons de pain.

On trouve aux Archives de Paris une documentation abondante en la matière, conservée bien après la répression de la Commune. Elle devait en effet servir au dédommagement par la municipalité des sommes avancées pour la fourniture de certaines denrées aux plus pauvres. C’est le cas par exemple des boulangeries : le gouvernement communal leur demande de distribuer gratuitement du pain aux nécessiteux.ses sur présentation de bons. La farine utilisée pour ces pains leur est ensuite remboursée par les mairies d’arrondissement.

Les documents qui illustrent les conséquences de ce second siège ressemblent à s’y méprendre à ceux de l’hiver 1870-1871 : lettre d’un fournisseur de charbon dans l’incapacité d’honorer une vente, avis d’interruption de l’éclairage faute d’approvisionnement en houille, mesures pour lutter contre la spéculation sur le prix des denrées ou encore demande de bons de pains… autant de témoignages des difficultés éprouvées au quotidien par les Parisien.ne.s depuis près de neuf mois.

Images : mairie du 7e arrondissement, bons de pain, mai 1871. Archives de Paris, VD6 1566. Mairie du 6e arrondissement, bon de pain, s.d. Archives de Paris, VD6 1567. Administration communale : lettre du commissaire de Police du quartier Bonne Nouvelle au délégué à la mairie du 2e arrondissement demandant des bons de pain pour les nécessiteux, 21 avril 1871. Archives de Paris, VD3 13. Lettre du colonel commandant de la 5e légion de la garde nationale au délégué municipal du 11e arrondissement sur la pénurie de munitions, 23 avril 1871. Lettre du membre de la Commune délégué au ministère de l’Agriculture et du Commerce concernant la spéculation sur le prix des denrées, 24 avril 1871. Lettre du membre de la Commune délégué au ministère de l’Agriculture et du Commerce concernant la mise à disposition de pommes de terre pour les arrondissements, 2 mai 1871. Lettre de Léon Robin, fournisseur de charbons et cokes, 18 mai 1871. Note de l’ingénieur chef du service de l’éclairage et des concessions sur les coupures d’éclairage à prévoir en raison de la pénurie de houille, 20 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Mairie du 6e arrondissement, bon de pain, s.d. Archives de Paris, VD6 1567.

Lettre du commissaire de Police du quartier Bonne Nouvelle, 21 avril 1871. Archives de Paris, VD3 13. Lettre du colonel commandant de la 5e légion de la garde nationale, 23 avril 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Lettres du membre de la Commune délégué au ministère de l'Agriculture et du Commerce, 24 avril et 2 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Lettre de Léon Robin, 18 mai 1871. Note de l'ingénieur chef du service de l'éclairage et des concessions, 20 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

20 avril 1871 : interdiction du travail de nuit des boulangers

Notification aux mairies d'arrondissement du décret sur la suppression du travail de nuit des boulangers, 2 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

De même que l’accès au travail est au centre des préoccupations de la Commune, la justice sociale pour les travailleuses et travailleurs est un des grands axes de sa politique réformatrice. C’est dans ce but que le 20 avril 1871, la Commission du travail supprime les bureaux de placement ouvriers et interdit le travail de nuit des boulangers. Propice à la fraude car mal éclairé, le travail de nuit fait régulièrement l’objet d’interdictions depuis le Moyen Âge. Il est cependant autorisé à Paris pour les professions qui touchent à l’approvisionnement de la capitale. Mais il est surtout incompatible avec l’accès à l’éducation, droit primordial dans la politique communarde. Son interdiction soulève de vives protestations de la part des patrons de boulangeries. Finalement, la Commune fixe la fin de la nuit à 5h, de sorte que les boulangers puissent produire du pain frais pour 9h du matin. Le décret n’est appliqué qu’à partir du 3 mai.

Il est intéressant de noter que les boulangers et boulangères, longtemps interdits de grève, devront attendre 2014 pour ne plus avoir à déclarer leurs congés en préfecture.

Image : Notification aux mairies d'arrondissement du décret sur la suppression du travail de nuit des boulangers, 2 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14. 

 

Notification aux mairies d'arrondissement du décret sur la suppression du travail de nuit des boulangers, 2 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

19 avril 1871 : programme de la Commune de Paris

Commune de Paris, programme, 19 avril 1871. Archives de Paris, VD3 9.

L’action politique des Communards est très rapidement freinée par la guerre contre le gouvernement installé à Versailles. La Commune poursuit ses tentatives de communication didactique à destination de la province en publiant son programme, le 19 avril 1871.
Le texte cherche avant tout à clarifier la confusion autour des motivations du gouvernement communard : ce dernier n’entend pas imposer le modèle parisien à la France, mais en appelle à son soutien. Il ne concède toutefois rien de la légitimité qu’il revendique, affichant sur son en-tête la mention très officielle « République française. Liberté – égalité – fraternité ».
Le premier point consiste en « la reconnaissance et la consolidation de la République ». La Commune propose un système de démocratie directe et populaire, basé sur un gouvernement citoyen et local. Sa légitimité repose sur les élections, l’obligation pour ses membres élus de rendre compte de leur action et l’ingérence des citoyens dans les affaires de la commune. Elle est ainsi en mesure de garantir « la liberté individuelle et […] la liberté de conscience ».
Elle s’appuie enfin sur une fédération consentie de communes françaises autonomes, s’opposant à « l’Unité, telle qu’elle nous a été imposée jusqu’à ce jour par l’empire, la monarchie et le parlementarisme, [qui] n’est que la centralisation despotique, initelligente, arbitraire ou onéreuse.
L’Unité politique, telle que la veut Paris, c’est l’association volontaire de toutes les initiatives locales, le concours spontané et libre de toutes les énergies individuelles en vue d’un but commun, le bien-être, la liberté et la sécurité de tous. »
Les derniers paragraphes appellent le pays tout entier à intercéder en faveur de la Commune, suggérant un sacrifice quasi-christique de Paris, engagé dans une lutte armée à mort contre le gouvernement de Versailles, pour la défense d’idéaux au bénéfice de tous.

Parallèlement à son œuvre politique, la Commune de Paris se dote rapidement de nouveaux emblèmes. Les Archives de Paris recensent de nombreux témoignages de ces derniers à travers les timbres, bons, papiers à en-tête ou autres formulaires conservés dans les fonds de l’administration communale. Elle adopte également le drapeau rouge, associé à partir des années 1830 au mouvement révolutionnaire et au prolétariat. Présent sur les barricades en 1848, il flotte pendant de mars à mai 1871 sur les lieux publics, les mairies d’arrondissement et sur l’Hôtel de ville de Paris. Il survit à la Commune et transcende les frontières, devenant l’emblème du socialisme et de l’internationalisme.

Images : Commune de Paris, programme, 19 avril 1871. Archives de Paris, VD3 9. Deux avis de réception de drapeau rouge, pour le 192e bataillon et le 219e bataillon, 25 avril et 2 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Commune de Paris, programme, 19 avril 1871. Archives de Paris, VD3 9.

Deux avis de réception de drapeau rouge, pour le 192e bataillon et le 219e bataillon, 25 avril et 2 mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

16 avril 1871 : affranchissement de la misère par le travail

Note de la Commission du travail de la Commune de Paris aux municipalités parisiennes, 5 avril 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Dans la politique sociale de la Commune, le travail occupe une place centrale : conçu comme un devoir et comme un droit universel, le travail est, dans la pensée communaliste, un facteur de paix sociale, de richesse collective et de progrès individuel. On peut citer l’exemple des cantines nouvelles instaurées par Jules Allix dans le 8e arrondissement, dont il est maire (à découvrir dans la notice qui leur est consacrée dans notre dossier thématique sur la Commune de Paris à destination des enseignants sur ce site).

Dès le début du mois d’avril, soit quelques jours à peine après sa proclamation, le gouvernement de la Commune instaure une Commission du travail. Cette dernière met en place un système de bourse de l’emploi, dont le fonctionnement est décrit dans la note en date du 5 avril 1871 : la tenue de deux registres sur lesquels sont consignés respectivement les besoins et compétences des travailleurs et les offres d’emploi doit permettre la reprise des activités perturbées par la guerre franco-prussienne et le siège et faciliter la résorption du chômage. La note du 26 avril 1871 concernant les ouvriers boulangers insiste sur cette organisation et sur sa dynamique volontariste.

Le 16 avril 1871, la Commune va plus loin et décrète la réquisition des ateliers abandonnés par leurs propriétaires, les confiant à des coopératives ouvrières. Le décret prévoit toutefois une indemnisation des patrons.

Il faut enfin noter, le 16 avril toujours, les élections complémentaires à la Commune, organisées pour pourvoir les sièges laissés vacants par les morts d’Émile Duval et d’Émile Flourens (voir notre billet 3 avril 1871 : mort de Gustave Flourens), les démissions et les élections multiples. Les résultats de ce scrutin souffrent d’une très mauvaise participation : l’abstention monte jusqu’à 85%, dans les arrondissements bourgeois comme dans les arrondissements populaires. Outre les départs de la capitale et le découragement de certains électeurs (imputable en partie à la promulgation du décret des otages), la date du scrutin a été plusieurs fois repoussée, créant une certaine confusion. Parmi les personnalités élues se trouvent Gustave Courbet pour le 6e arrondissement, Gustave Cluseret pour le 18e, ou encore Auguste Viard pour le 20e arrondissement.

Images : Notes de la Commission du travail de la Commune de Paris aux municipalités parisiennes, 5 et 26 avril 1871. Faire-part relatif au décès d’Émile Duval et à la tenue d’élections complémentaires, 9 avril 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Note de la Commission du travail de la Commune de Paris aux municipalités parisiennes, 5 avril 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Note de la Commission du travail de la Commune de Paris aux municipalités parisiennes, 26 avril 1871. Archives de Paris, VD3 14.

Faire-part relatif au décès d’Émile Duval et à la tenue d’élections complémentaires, 9 avril 1871. Archives de Paris, VD3 14.

14 avril 1871 : interdiction des arrestations arbitraires

Journal officiel de la Commune n°105 du 15 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 144.

Le 14 avril 1871, l’Assemblée nationale réunie à Versailles vote une loi municipale qui referme la parenthèse « électorale » ouverte par la IIIe République le 7 novembre 1870. Le texte prévoit la nomination par le gouvernement des maires et des adjoints dans les communes de plus de 20 000 habitants. Il maintient pour Paris l’autorité conjointe de la préfecture de Police et de la préfecture de la Seine, qui choisit les maires d’arrondissement.

Dans le même temps, la Commune de Paris décrète la mise en place d’une procédure visant à encadrer les arrestations de « conspirateurs et [de] traîtres » à la République en affirmant l’interdiction de « tout acte arbitraire ou attentatoire à la liberté individuelle ». Le décret paraît dans l’édition du matin du Journal officiel de la République n°105 du 15 avril 1871.

Ce même jour enfin, les troupes versaillaises commencent le bombardement des positions communardes au Fort d’Asnières. Les bombardements durent 3 jours et font de nombreux blessés. Les Archives de Paris conservent dans le fonds de l’administration communale une demande de secours qu’un garde national blessé au cours de la bataille adresse aux élus de la Commune du 17e arrondissement, en mai 1871. Cette lettre renvoie à la mise en place, le 10 avril précédent, d’une pension au bénéfice des gardes nationaux parisiens blessés au combat.

Images : Journal officiel de la Commune n°105 du 15 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 144. Administration communale : lettre de demande de secours d’un garde national du 207e bataillon, ma 1871. Archives de Paris, VD3 18.

Journal officiel de la Commune n°105 du 15 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 144.

Lettre de demande de secours d’un garde national du 207e bataillon, ma 1871. Archives de Paris, VD3 18.

12 avril 1871 : Gustave Courbet et la fédération des artistes

Affiche du décret du autorisant Gustave Courbet à rétablir les musées de la ville et à ouvrir les galeries au public, 12 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 528.

Le 12 avril 1871, des négociations s’engagent entre la Commune et le gouvernement de Versailles pour obtenir la libération d’Auguste Blanqui, contre celle de Monseigneur Darboy. L’évêque de Paris est en effet otage de la Commune, et depuis son arrestation le 4 avril, il est retenu dans la prison de Mazas. Face à l’inflexibilité d’Adolphe Thiers, les tentatives de pourparlers resteront vaines.

Le même jour, la Commune vote un décret autorisant le peintre Gustave Courbet à rétablir les musées de la ville de Paris et à ouvrir leurs galeries d’art au public, dans une volonté de démocratiser la culture. Le même décret prévoit la création d’une fédération des artistes et l’élection, dès le lendemain, de 46 délégués à qui elle confiera la gestion de l’administration des Beaux-Arts. Le 13 avril, ce sont plus de 400 artistes qui se réunissent à l’École de médecine. Ils élisent Gustave Courbet président de leur toute nouvelle fédération, dont les statuts sont publiés au Journal officiel du 15 avril. Ceux-ci appliquent au monde artistique le modèle de l’autogestion. Les artistes font en effet, dans leur ensemble, un accueil très favorable à la Commune.

De même, la vie culturelle de la capitale se poursuit pendant toute cette période. Le 15 avril, le musée du Louvre rouvre ses portes au public. De nombreux concerts patriotiques sont également organisés au profit des veuves et des orphelins des combattants communards, dont les Archives de Paris conservent quelques tracts et affiches dans le fonds de l’administration communale.

Gustave Courbet a joué un rôle prépondérant dans l’action politique culturelle dès la chute de Napoléon III : le 4 septembre 1870, il est nommé président de la Commission artistique préposée à la conservation des musées nationaux et objets d’art par le gouvernement de la Défense nationale. La Commune le reconduit dans ses fonctions. De surcroît, il est élu à la Commune lors d’élections complémentaires organisées le 16 avril, afin de pourvoir des sièges laissés vacants par les candidatures multiples, les démissions et les décès. Il paiera très cher sa participation au gouvernement communal.

Images : Affiche du décret du autorisant Gustave Courbet à rétablir les musées de la ville et à ouvrir les galeries au public, 12 avril 1871. Avis pour l’élection de la Commission fédérale des artistes, 14 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 528. Affiche pour un concert vocal et instrumental au profit des veuves, blessés et orphelin du 237e bataillon de la garde nationale, mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.  

Avis pour l’élection de la Commission fédérale des artistes, 14 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 528.

Affiche pour un concert vocal et instrumental au profit des veuves, blessés et orphelin du 237e bataillon de la garde nationale, mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

11 avril 1871 : l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins à donner aux blessés

Convocation de la troisième réunion publique du Comité central provisoire de l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins à donner aux blessés, 21 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 529.

Le 10 avril 1871, la Commune vote un décret pour l’indemnisation des gardes nationaux tués ou blessés au combat. En cas de décès d’un garde national, le texte prévoit le versement d’une pension de 600 francs à sa femme, qu’ils aient été mariés ou non, et d’une pension de 365 francs à ses enfants, reconnus ou non. Une aide supplémentaire pourra également être allouée aux ascendants ainsi qu’à la fratrie du défunt, dans le cas où ce dernier était soutien de famille. Une commission d’enquête doit déterminer, dans chaque arrondissement, du bon droit des bénéficiaires.

Dans un état nominatif des secourus pour le mois d'avril 1871, conservé aux Archives de Paris dans le fonds de l'administration communale, le numéro d'ordre 22 mentionne l'allocation de 50 francs à une dénommée Léonie Dubois, femme (non mariée) d'Alexandre Hinder, garde nationale blessé à Asnières le 20 avril et mort à l'ambulance de la prison de Clichy le même jour. Une pension annuelle et viagère est allouée à leur fils naturel, Alexandre Léon Dubois, âgé de deux mois. 

Il s’agit là d’une avancée sociale importante qui tient compte de la réalité sociologique des classes populaires parisiennes. Elle est rendue possible grâce à l’implication des femmes dans la politique de la Commune.

La Commune de Paris constitue en effet un jalon dans l’histoire de la lutte pour l’égalité entre hommes et femmes en France. Les femmes participent aux premières manifestations contre le gouvernement de la Défense nationale et jouent un rôle prépondérant dans la journée du 18 mars 1871. Aux côtés des plus célèbres comme Louise Michel, André Léo ou Marie Laverdure, un grand nombre d’anonymes s’engagent. Principalement issues de la classe ouvrière, les Communardes sont de toutes origines, conditions et âges. Elles revendiquent l’égalité des droits, et plus particulièrement civiques, l’égalité des traitements et des salaires, une instruction laïque et gratuite pour les filles comme pour les garçons, une participation pleine et entière à la chose politique et aux combats pour la défense de la Commune, l’autorisation du divorce, la fermeture des maisons de tolérances… Elles fréquentent les clubs politiques où se débattent les réformes. Leur action est particulièrement significative en matière d’éducation et de culture. Au sein d’une Commune encore largement sous l’influence des théories sexistes de Proudhon, les Communardes ouvrent une brèche.

Le 11 avril 1871, Élisabeth Dimitrieff et Nathalie Le Mel, membres de l’Association internationale des travailleurs, fondent l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins à donner aux blessés. Ses statuts sont publiés dans l’édition du soir du 20 avril du journal « La Sociale ». L’union des femmes est organisée en comités de onze membres qui siègent en permanence et tiennent séance chaque jour. Un comité central, composé de déléguées des comités d’arrondissement, sert d’intermédiaire avec les commissions gouvernementales. Après la décision de réquisitionner les ateliers parisiens abandonnés, l’Union des femmes est notamment chargée de la réorganisation des ateliers coopératifs et du travail des ouvrières. Mais l’une de ses principales revendications est la participation pleine et entière aux combats, « soit aux ambulances ou aux fourneaux, soit aux barricades ». Nombreuses sont celles qui combattent jusqu’aux dernières heures de la Semaine sanglante et sont prises les armes à la main, exécutées sur place ou condamnées à la réclusion ou à la déportation.

Dans une lettre conservée aux Archives de Paris dans le fonds de l’administration communale, les membres du comité de l’Union des travailleuses du 13e arrondissement s’adressent à Léo Frankel, délégué au travail, à l’industrie et à l’échange, pour lui demander son arbitrage dans un différend qui les oppose à la mairie du 13e. Elles réclament une plus grande participation dans la gestion des affaires de l’arrondissement, ce qui leur est refusé. Le ton de cette pétition reflète parfaitement la fermeté des convictions des Communardes ainsi que leur détermination à participer à part égale à la révolution communale.

Images : Convocation de la troisième réunion publique du Comité central provisoire de l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins à donner aux blessés, 21 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 529. Lettre des membres du comité de l’Union des travailleuses du 13e arrondissement à Léo Frankel, s.d. [après le 24 avril 1871]. Archives de Paris, VD3 9. État nominatif des personnes à secourir avec mention de la situation familiale, avril 1871. Archives de Paris, VD3 16.

Lettre des membres du comité de l’Union des travailleuses du 13e arrondissement à Léo Frankel, s.d. [après le 24 avril 1871]. Archives de Paris, VD3 9.

État nominatif des personnes à secourir avec mention de la situation familiale, avril 1871. Archives de Paris, VD3 16.

10 avril 1871 : Au travailleur des campagnes

« Au travailleur des campagnes », par André Léo, 10 avril 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166.

Si certaines grandes villes de province, acquises aux idées républicaines, se montrent favorables à l’insurrection parisienne (plusieurs d’entre elles ont proclamé leur propre commune dans les jours suivant le 18 mars, comme Marseille, Lyon, Narbonne, Toulouse, Saint-Etienne ou Le Creusot), les campagnes lui sont, en revanche, largement hostiles et demeurent bonapartistes. Chaque camp est nourri de sa propre propagande et campe sur ses positions. Pour tenter une réconciliation, la Commune fait éditer des pamphlets qui sont envoyés par ballon à travers le pays. Le premier, qui s’intitule « Au travailleur des campagnes », daté du 10 avril 1871, est signé André Léo et le second, « Caractère de la révolution du 18 mars », en date du 23 avril, est de Charles Delescluze.

Les Archives de Paris conservent dans les fonds des archives privées un exemplaire de chacun de ces fascicules. Une autre version du texte d’André Léo est également conservée dans le fond de l’administration communale, dans la sous-série VD3 ; elle est adjointe d’un appel de la Commune aux départements, signé de la commission exécutive. Ces textes illustrent la tentative des Communards de contrer l’influence versaillaise en soulignant les similitudes entre travailleurs urbains et ruraux et en exprimant leur vérité, par l’emploi d’un ton didactique et fraternel. Pour autant, les campagnes restent très largement acquises à la cause versaillaise et soutiennent son action répressive.

Images : « Au travailleur des campagnes », par André Léo, 10 avril 1871. « Caractère de la révolution du 18 mars. Au peuple des campagnes », par Charles Delescluze, 23 avril 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166. « Au travailleur des campagnes », par André Léo ; « Aux départements », par la Commission exécutive, avril 1871. Archives de Paris, VD3 9.

« Au travailleur des campagnes », par André Léo, 10 avril 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166, recto.

« Au travailleur des campagnes », par André Léo, 10 avril 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166, verso.

« Au travailleur des campagnes », par André Léo ; « Aux départements », par la Commission exécutive, avril 1871. Archives de Paris, VD3 9.

« Au travailleur des campagnes », par André Léo ; « Aux départements », par la Commission exécutive, avril 1871. Archives de Paris, VD3 9.

6 avril 1871 : Jaroslaw Dombrowski nommé commandant de la place de Paris

Lettre de Jaroslaw Dombrowski au chef de la 4e légion de la garde nationale de Paris, 9 avril 1871. Archives de Paris, 4AZ 16, dossier 776.

Le 7 avril 1871 et les jours qui suivent, plusieurs journaux parisiens livrent le récit d’un événement qui s’est déroulé sur la place Voltaire, dans le 11e arrondissement : on y a, le 6 avril, brûlé la guillotine. Si  l’on sait que la Commune n’est pas à l’initiative de cette démonstration spontanée, il n’existe en revanche aucune certitude sur l’identité de ses initiateurs.trices. Il semble toutefois qu’un bataillon de la garde nationale en soit à l’origine.

Le 6 avril, toujours, à Versailles, le gouvernement place le maréchal de Mac Mahon à la tête de son armée, tandis que la Commune nomme Dombrowski commandant de la place de Paris.

Né dans l’Empire russe en 1836, issu de la noblesse polonaise, Jarosław Dąbrowski (francisé en Dombrowski) est militaire de carrière. Sa participation à la révolution polonaise de 1863 lui vaut d’être condamné à la déportation, mais il s’évade d’une prison moscovite lors de son transfert vers la Sibérie. En 1865, il choisit la France pour son exil. Internationaliste, il se rallie à la Commune de Paris dès le 18 mars 1871. Il mène avec succès, les jours suivant sa nomination, plusieurs contre-attaques sur les positions versaillaises en banlieue, qui permettent de ralentir la progression des troupes commandées par Mac Mahon. Blessé au combat le 19 avril, il est nommé commandant en chef de l’armée de la Commune le 5 mai. Il est tué sur une barricade de la rue Myrha, dans le 18e arrondissement, le 23 mai 1871, pendant les combats de la Semaine Sanglante.

Face à une armée régulière expérimentée et très bien organisée, Dombrowski est l’un des seuls cadres de la Commune à avoir reçu une formation militaire. Celle-ci est perceptible dans une lettre qu’il adresse aux chefs de légions de la garde nationale peu après sa prise de fonction, le 9 avril, et dans laquelle il demande un état complet des bataillons, à lui remettre dans les 24 heures. Les Archives de Paris conservent, dans les fonds des archives privées, l’une de ces missives : il s’agit de celle envoyée au chef de la 4e légion de la garde nationale de Paris, par le général Dombrowski lui-même.

 « Paris le 9 avril 1871
Au Citoyen chef de la 4e Légion,
Citoyen,
Veuillez envoyer dans les 24 heures l’état de tous les bataillons de votre arrondissement :
1° Bataillons de Guerre
2° B° Sédentaires
en me donnant l’effectif, l’armement, l’état d’habillement, de campement, enfin tous les détails nécessaires pour nous faire connaître l’état exact de vos bataillons.
Si votre Légion comprend des corps spéciaux, artillerie, cavalerie, génie, etc, veuillez également me donner des renseignements exacts sur ces corps.
Salut et fraternité,
Le Commandant de Paris,
Dombrowski. »

Images : Lettre de Jaroslaw Dombrowski au chef de la 4e légion de la garde nationale de Paris, 9 avril 1871. Archives de Paris, 4AZ 16, dossier 776.

6 avril 1871 : le décret des otages

Journal officiel n°99 du 9 avril 1871, Archives de Paris, ATLAS 144.

Après la mort de Gustave Flourens, et en réaction à la défaite sanglante infligée par une armée versaillaise qui se livre à des exécutions sommaires, la Commune adopte, le 5 avril 1871, le décret dit des otages. Celui-ci stipule que toute personne présumée complice du gouvernement de Versailles sera immédiatement incarcérée et jugée au plus tard dans les 48h par un jury d’accusation. Les accusés reconnus coupables « seront les otages du peuple de Paris ». L’article 5 pose l’équation suivante : pour chaque prisonnier de guerre ou partisan de la Commune exécuté par Versailles, trois otages, tirés au sort, seront exécutés en représailles.

Ce décret, et en particulier l’article 5, est loin de faire l’unanimité parmi les membres du gouvernement de la Commune, certains allant jusqu’à démissionner pour protester contre sa promulgation.

Le Journal Officiel de la Commune daté du 9 avril 1871 comporte un entrefilet qui témoigne de l’effervescence des débats à ce sujet. La Commune y justifie a posteriori le décret des otages par l’existence d’une loi dont est à l’origine Jules Dufaure, ministre de la Justice et vice-président du Conseil des ministres sous l’autorité d’Adolphe Thiers, votée plus tôt par l’Assemblée de Versailles. Ce texte a pour but d’accélérer le passage des prisonniers de guerre communards devant les tribunaux militaires versaillais, ces derniers étant désormais en capacité de juger et de condamner à mort les gardes nationaux jugés coupables dans un délai de 24h. Tout comme le décret des otages communard, cette loi versaillaise semble être décriée dans son propre camp, comme le rapporte le Journal Officiel en citant un article de La Cloche, journal républicain modéré de Louis Ulbach.

Dans le camp adverse, un bref paragraphe en page 2 du Journal Officiel de la République Française publié par Versailles le 5 avril 1871 relate que « Quelques hommes reconnus pour appartenir à l’armée et saisis les armes à la main, ont été passés par les armes, suivant la rigueur de la loi militaire qui frappe les soldats combattant leur drapeau » (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2093208s/f1.vertical). On évoque également les démissions de la Commune. Le numéro daté du 4 avril relate quant à lui la défaite communarde des 3 et 4 avril, ainsi que la mort de Flourens (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2093207c/f0.vertical).

La Commune applique finalement peu l’article 5 de son décret des otages, inefficace face à l’intransigeance versaillaise, mais elle exécute pendant la Semaine Sanglante son otage le plus célèbre, l’évêque de Paris, Monseigneur Darboy, qu’elle avait espéré échanger contre Auguste Blanqui. Sa mort entache durablement l’image de la Commune. Le camp versaillais fait quant à lui un usage extensif de sa loi sur les tribunaux militaires.

Images : Journal officiel de la Commune n°99 du 9 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 144.

Journal officiel n°99 du 9 avril 1871, Archives de Paris, ATLAS 144.

Journal officiel n°99 du 9 avril 1871, Archives de Paris, ATLAS 144.

Journal officiel n°99 du 9 avril 1871, Archives de Paris, ATLAS 144.

3 avril 1871 : mort de Gustave Flourens

Garde nationale de la Seine : états nominatifs gardes nationaux de la légion de Belleville, 25 septembre 1870. Archives de Paris, D2R4 14.

Immédiatement après l’attaque versaillaise sur les positions communardes de Courbevoie, la Commune ordonne une controffensive en direction de Versailles. Élisée Reclus (1830-1905), géographe de renom, théoricien anarchiste et Communard arrêté le 5 avril 1871, livrera en 1897 dans La Revue Blanche un témoignage sans fard des opérations militaires de cette journée, marquées par l’impréparation et la désorganisation de la garde nationale parisienne (in Enquête sur la Commune, La Revue Blanche, tome 12, 1897).

Gustave Flourens participe à cette sortie désastreuse. Élu à la Commune lors du scrutin du 26 mars par les 19e et 20e arrondissements, il est nommé le 29 mars à la tête de la 20e légion et confirmé dans ses fonctions le 2 avril, au grade de général. Le 3 avril, il conduit l’offensive aux côtés de deux autres corps d’armée menés par Émile Duval (1840-1871) et Émile Eudes (1843-1888). L’armée versaillaise bombarde les troupes communardes depuis le Mont-Valérien ; ces dernières tentent de poursuivre leur progression avant d’amorcer une retraite dans la confusion la plus totale. Parmi les nombreux prisonniers se trouve Émile Duval, qui sera fusillé par les Versaillais le 4 avril. Gustave Flourens est quant à lui tué le jour-même d’un coup de crosse sur le crâne par le capitaine de gendarmerie Desmarest, alors qu’il est désarmé.

L’engagement de Gustave Flourens dans la garde nationale parisienne est partiellement documentée aux Archives de Paris, grâce aux fonds consacrés à celle-ci, conservés sous les cotes D1R4 1-141, D2R4 1-283 et D3R3 1-312. En septembre 1870, résidant dans le 20e arrondissement au n°397 de la rue de Puebla (actuelle rue des Pyrénées), il est élu chef du 63e bataillon, quartier de Belleville. À ce titre, il apparait dans les états nominatifs des gardes nationaux de la légion de Belleville daté du 25 septembre 1870 (à noter le titre « major général des remparts », qui semble lui être propre) ainsi que dans l’état nominatif des officiers supérieurs et subalternes du 63e bataillon daté du 30 septembre 1870 (D2R4 14). Auparavant, le 21 septembre 1870, il contresigne le compte-rendu de la réunion pour la nomination du dénommé Fays au grade de capitaine adjudant major du 63e bataillon (D2R4 196). Gustave Flourens est révoqué de la garde nationale pour sa participation à la manifestation du 8 octobre 1870. Son implication dans la prise de l’Hôtel de Ville lors de l’insurrection du 31 octobre lui vaut d’être arrêté et incarcéré à Mazas le 7 décembre 1870. Il en est libéré par des gardes nationaux parisiens commandés par son ami Amilcare Cipriani dans la nuit du 21 au 22 janvier 1871.

Images : Garde nationale de la Seine : états nominatifs gardes nationaux de la légion de Belleville, 25 septembre 1870 ; état nominatif des officiers supérieurs et subalternes du 63e bataillon, du 30 septembre 1870. Archives de Paris, D2R4 14. Compte-rendu de réunion pour la nomination d’officiers, 21 septembre 1870. Archives de Paris, D2R4 196. 

Garde nationale de la Seine : états nominatifs gardes nationaux de la légion de Belleville, 25 septembre 1870. Archives de Paris, D2R4 14.

Garde nationale de la Seine : état nominatif des officiers supérieurs et subalternes du 63e bataillon, du 30 septembre 1870. Archives de Paris, D2R4 14.

Garde nationale de la Seine : compte-rendu de réunion pour la nomination d’officiers, 21 septembre 1870. Archives de Paris, D2R4 196.

2 avril 1871 : séparation de l'Église et de l'État

Affiche du décret de séparation de l’Église et de l’État, 3 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 528.

Après les premiers décrets passés dès le lendemain de son installation à l’Hôtel de Ville, le gouvernement de la Commune poursuit son œuvre réformatrice en décidant, le 2 avril 1871, de plafonner le traitement des fonctionnaires à 6000 francs annuels et en décrétant la séparation de l’Église et de l’État, garantissant ainsi la liberté de conscience et supprimant le budget des cultes. Le terme laïcisation et son champ lexical sont absents du texte officiel, qui par ailleurs semble concerner principalement l’église catholique, qui s’était ralliée à Napoléon III dès son coup d’état en décembre 1851. Cette mesure présentée par Félix Pyat préfigure pourtant bien les grandes réformes de la société française menées par les républicains à la fin du XIXe siècle, initiées par la laïcisation de l’enseignement en 1882 et culminant avec la loi de 1905. Plus remarquable encore, par ce décret à portée nationale, la Commune dépasse son statut de gouvernement municipal.

Pendant que la Commune débat puis adopte à l’unanimité ce décret, l’armée de Versailles attaque des troupes communardes à Courbevoie, les contraignant à se replier sur Neuilly. La lutte armée entre Communards et Versaillais a commencé.

Image : Affiche du décret de séparation de l’Église et de l’État, 3 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 528.

29 mars 1871 : premières mesures de la Commune

Décret de la Commune sur les loyers, 29 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

Malgré sa brièveté et les débats qui le divisent, le gouvernement de la Commune met en place plusieurs mesures qui visent à faire de Paris une république sociale. La mise en œuvre de sa politique est restreinte par les opérations militaires menées contre l’armée de Versailles et la gestion des pénuries (pain, viande, combustibles) engendrées par ce second siège. Toutefois, l’application de ces réformes, bien que provisoire, crée un précédent. Ainsi la IIIe République reprend-elle à son compte, des décennies plus tard, quelques-unes des mesures phares : réforme de l’instruction publique, séparation des Église et de l’État et, plus timidement, amélioration des conditions de travail pour les ouvrières et ouvriers.

Dès le 29 mars 1871, la Commune suspend la vente des objets déposés au Mont-de-Piété. Elle annule la dette sur les trois loyers dûs suite au moratoire du 13 août 1870 (soit les mois d’octobre 1870, de janvier et d’avril 1871). Enfin, elle abolit la conscription et décrète que seule la garde nationale peut entrer dans Paris et que tous les citoyens valides font partie de cette garde nationale.

Image : Décret de la Commune sur les loyers, 29 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527. 

28 mars 1871 : Proclamation de la Commune de Paris

Décret de la Commune sur l'obéissance des fonctionnaires, 29 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

Le 28 mars 1871, l’assemblée issue du scrutin parisien du 26 mars s’installe à l’Hôtel de Ville, tandis que sur le parvis une grande fête populaire célèbre la proclamation de la Commune de Paris.

La Commune se met immédiatement à pied d’œuvre mais doit faire face au départ de certains employés municipaux. Les hauts fonctionnaires quittent Paris à la suite du gouvernement qui appelle à désobéir à la nouvelle administration, en restant chez soi ou en rejoignant Versailles. Les responsables sont alors remplacés par des Communards et des membres de l’Internationale. La Commune riposte d’ailleurs immédiatement à l’appel de Versailles en promulguant le 29 mars un décret qui menace de révocation quiconque continuerait à suivre et appliquer les directives versaillaises.

De fait, un nombre important d’agents municipaux continueront à travailler sous la Commune, par crainte de ne plus percevoir leur salaire ou d’être enrôlés de force dans la garde nationale. Il faut rappeler qu’après 4 mois de siège, la situation de certains ménages parisiens est plus que précaire.

Image : Décret de la Commune sur l'obéissance des fonctionnaires, 29 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527. 

26 mars 1871 : élections communales

Mairie du 18e arrondissement. Tableau numérique du résultat des opérations électorales des sections pour les élections communales de Paris, 26-27 mars 1871. Archives de Paris, VD6 2452, dossier 3.

Versailles clôt avant même qu’elles ne commencent les négociations portant sur la mise en place d’élections municipales. Devant cette fin de non-recevoir, les maires d’arrondissement, chargés de la médiation, consentent finalement à l’organisation du scrutin.

Les élections ont lieu le 26 mars 1871. On y observe la même participation que pour celles de novembre 1870 avec donc un fort taux d’abstention : celui-ci est plus particulièrement prononcé dans les quartiers aisés de la capitale, tandis que les électeurs se sont déplacés en nombre dans les quartiers populaires. Environ 190 000 des 227 303 votants accordent leur suffrage à des candidats communalistes, tandis que 40 000 renouvellent leur confiance aux maires élus en novembre 1870. Pour les premiers, cette journée électorale est un jour de fête, qui referme symboliquement et définitivement le chapitre du régime impérial. La portée de ces élections est pour d’autres confuse : élit-on une municipalité ou une assemblée communale ?

Les résultats du scrutin paraissent au Journal Officiel du 31 mars. Quatre-vingt-onze sièges en tout sont pourvus, mais certaines personnalités sont élues dans plusieurs arrondissements en même temps, d’autres sont absentes de Paris (comme Auguste Blanqui, qui a été appréhendé à Figeac le 17 mars, dans le plus grand secret, sur ordre d’Adolphe Thiers), d’autres encore démissionnent dans les jours suivants l’élection pour protester contre la majorité communaliste. L’assemblée municipale ainsi constituée est majoritairement composée de travailleurs : 33 ouvriers, 5 patrons, 14 employés, 12 journalistes, 12 professions libérales. Le doyen, Charles Beslay, élu dans le 6e arrondissement, est âgé de 75 ans et a participé aux Trois Glorieuses en 1830. Le cadet, Théophile Ferré, élu dans le 18e arrondissement, a quant à lui seulement 25 ans.

Les Archives de Paris conservent dans le fonds des mairies d’arrondissement quelques procès-verbaux relatifs aux élections municipales du 26 mars 1871. Les 20 arrondissements étaient divisés en plusieurs sections de vote. Chacune de ces sections procédait au dépouillement des résultats du scrutin et établissait un procès-verbal. Ces derniers étaient ensuite rassemblés par le bureau central dans un procès-verbal unique de l’arrondissement, auquel était adjoint un tableau numérique des résultats par section. Le tableau présenté est celui du 18e arrondissement. Auguste Blanqui arrive en tête du scrutin avec 14 953 voix alors qu’il est absent de Paris, suivi d’Albert Theisz (qui est également élu dans le 12e arrondissement). On constate aussi que Georges Clemenceau, maire sortant, n’arrive qu’en 14e position. Enfin, il convient de noter l’intitulé du document lui-même, qui parle d’« élections communales » et non d’élections municipales.

Image : Administration communale : mairie du 18e arrondissement. Tableau numérique du résultat des opérations électorales des sections pour les élections communales de Paris, annexé au procès-verbal des opérations du Bureau central, 26-27 mars 1871. Archives de Paris, VD6 2452, dossier 3. 

Mairie du 18e arrondissement. Tableau numérique du résultat des opérations électorales des sections pour les élections communales de Paris, 26-27 mars 1871. Archives de Paris, VD6 2452, dossier 3.

Mairie du 18e arrondissement. Tableau numérique du résultat des opérations électorales des sections pour les élections communales de Paris, 26-27 mars 1871. Archives de Paris, VD6 2452, dossier 3.

Mairie du 18e arrondissement. Tableau numérique du résultat des opérations électorales des sections pour les élections communales de Paris, 26-27 mars 1871. Archives de Paris, VD6 2452, dossier 3.

Mairie du 18e arrondissement. Tableau numérique du résultat des opérations électorales des sections pour les élections communales de Paris, 26-27 mars 1871. Archives de Paris, VD6 2452, dossier 3.

22 mars 1871 : manifestations des Amis de l'Ordre

Pétition des commandants et officiers de la garde nationale du 7e arrondissement affirmant leur dévouement aux institutions de la République et aux pouvoirs publics, 21 mars 1871. Archives de Paris, VD6 1536, dossier 2.

Dès le 20 mars, les maires et députés républicains de Paris vont porter devant l’Assemblée nationale à Versailles les revendications de Comité central de la Garde nationale. Ils sont reçus sous les huées de l’Assemblée. Cette dernière, qui semble un temps favorable au dialogue, finit par le rejeter totalement, préférant une réponse militaire à ce qui est considéré comme les désordres de la capitale. L’armée versaillaise prend possession du Mont-Valérien dès le 21 mars.

Tous.tes les Parisien.ne.s ne sont par ailleurs pas favorables à la Commune. Les plus hostiles d’entre eux.elles se regroupent sous la dénomination les Amis de l’Ordre et organisent, dès le 21 mars, une manifestation entre la Bourse et la Porte Saint-Denis. Le 22 mars, une nouvelle manifestation des Amis de l’Ordre place Vendôme dégénère en affrontement. Une fusillade fait plusieurs morts et blessés dans les deux camps. Une partie de la population de l’Ouest parisien choisit alors de quitter la ville, tandis que certains gradés de la garde nationale déclarent leur allégeance au parti de l’ordre.

Les Archives de Paris conservent des témoignages sans équivoque du clivage idéologique et social qui conduit inexorablement Paris vers la guerre civile. On trouve dans le fonds de la mairie du 7e arrondissement deux pétitions datées du 21 mars 1871, dans lesquelles les officiers et commandants de la garde nationale de l’arrondissement expriment leur « dévouement au service de leurs magistrats municipaux » et se disent prêts à « défendre la République et […] maintenir l’ordre dans la cité ». Dans une autre lettre datée du 30 mars 1871, ce sont deux employés auxiliaires de la municipalité qui réitèrent leur loyauté au maire du 7e arrondissement élu en novembre 1870, François Arnaud de L’Ariège, ainsi que leur refus de « prêter appui à ces anarchistes ».

Images : Pétitions des commandants et officiers de la garde nationale du 7e arrondissement affirmant leur dévouement aux institutions de la République et aux pouvoirs publics, 21 mars 1871. Lettre de deux employés auxiliaires de la mairie du 7e arrondissement proposant leurs services au maire Frédéric Arnaud, 30 mars 1871. Archives de Paris, VD6 1536, dossier 2. 

Pétition des commandants et officiers de la garde nationale du 7e arrondissement affirmant leur dévouement aux institutions de la République et aux pouvoirs publics, 21 mars 1871. Archives de Paris, VD6 1536, dossier 2.

Lettre de deux employés auxiliaires de la mairie du 7e arrondissement proposant leurs services au maire Frédéric Arnaud, 30 mars 1871. Archives de Paris, VD6 1536, dossier 2.

19 mars 1871 : le Comité central de la garde national investit les locaux du Journal officiel de la République française

Journal officiel n°79 du 20 mars 1871, Archives de Paris, ATLAS 144.

Les évènements du 18 mars 1871 ne constituent pas la première tentative de soulèvement populaire à Paris depuis le début du Siège en septembre 1870. Mais c’est la première fois que les autorités quittent la capitale, abandonnant les lieux du pouvoir aux insurgés. Les membres du gouvernement présents à Paris ont fui pour Versailles, pressentant peut-être que la tension avait atteint son point de rupture. L’Hôtel de Ville, déserté par Jules Ferry, est investi par le Comité central de la garde nationale.

Au lendemain des affrontements sur la butte Montmartre, les deux camps se regroupent et s’organisent. L’affrontement se déplace sur le terrain de la communication. L’enjeu pour chacun est d’affirmer sa légitimité auprès de la population parisienne mais aussi et surtout des gardes nationaux, qui disposent toujours de leurs armes.

En ce sens, le Comité central annonce le 19 mars par voie d’affichage des élections pour désigner un Conseil de la Commune. Le texte de l’affiche dénonce en creux le bien-fondé du suffrage universel et la représentativité de l’Assemblée nationale élue en février. À Versailles, le gouvernement délègue son autorité aux maires et députés parisiens justement issus de ces élections. La veille, plusieurs affiches ont été placardées sur les murs de la ville pour jeter le discrédit sur l’action des insurgés, en minimisant leur nombre et leur importance au sein de la garde nationale et de la population parisienne dans son ensemble.

Le 19 mars toujours, le Comité central prend possession des locaux du Journal Officiel de la République française. Fondé en 1868, le Journal Officiel est une publication quotidienne et nationale qui diffuse les textes législatifs et réglementaires de la République française tels que les lois, décrets, arrêtés et autres déclarations officielles. À partir du 20 mars et jusqu’au 24 mai 1871, ce sont les journalistes nommés par le Comité central qui publient le Journal officiel, à raison de deux éditions par jour, une le matin et une le soir datée du lendemain, jusqu’au 18 mai. En parallèle, Versailles publie sa propre édition.

Les Archives de Paris conservent une collection des numéros du Journal officiel publié par la Commune entre le 20 mars et le 24 mai 1871, reliés en atlas et cotés ATLAS 144. Cette source précieuse permet une comparaison entre les deux parutions, communarde et versaillaise, qui illustrent à elles seules l’âpre bataille que se livrent les deux camps pour assoir et affirmer leur légitimité. Elle permet aussi de mieux appréhender la confusion qui se dégage parfois des aspirations de la Commune, entre portée locale et nationale.

Images : Journal officiel n°79 du 20 mars 1871, Archives de Paris, ATLAS 144. Affiche du Comité central de la garde nationale aux gardes nationaux, 19 mars 1871 ; affiche du gouvernement aux gardes nationaux et affiche du ministre de l’Intérieur, Ernest Picard, à la garde nationale de la Seine, 18 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527. 

Journal officiel n°79 du 20 mars 1871, Archives de Paris, ATLAS 144.

Affiche du Comité central de la garde nationale aux gardes nationaux, 19 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

Affiche du ministre de l’Intérieur, Ernest Picard, à la garde nationale de la Seine, 18 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

Affiche du gouvernement aux gardes nationaux, 18 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

18 mars 1871 : La Commune de Paris

Photomontage de l'exécution des généraux Lecomte et Clément-Thomas à Montmartre, 1871. Archives de Paris, D1J 10 dossier 219.

Dans la nuit du 17 au 18 mars 1871, 4000 militaires sont envoyés à Montmartre et 6000 à Belleville pour récupérer les canons de la garde nationale. Sur la butte Montmartre, au point du jour, l’opération débute dans le calme, mais les hommes sont retardés par l’attente des chevaux nécessaires au transport des canons. Ce contretemps permet à la foule, femmes et gardes nationaux du Comité central en tête, de donner l’alerte et d’encercler les soldats, dont certains, appartenant aux 46e et 88e de ligne, fraternisent avec les manifestants. Dans la confusion qui s’ensuit, des coups de fusils sont tirés ; le général Lecomte, qui dirige les opérations, puis le général Clément-Thomas, ancien commandant de la garde nationale, sont faits prisonniers par les insurgés. Ils seront tous deux exécutés dans l’après-midi, tandis qu’au centre de Paris, Adolphe Thiers s’enfuit pour Versailles. La capitale se hérisse de barricades. Les lieux du pouvoir municipal parisien sont investis par les insurgés : le Comité central de la garde nationale s’installe à l’Hôtel de Ville, Émile Duval et Raoul Rigault à la préfecture de Police. La Commune de Paris vient de commencer.

Les Archives de Paris conservent un photomontage de l’exécution des généraux Lecomte et Clément-Thomas. Pour en savoir plus sur ce procédé technique et son usage pendant et après la guerre civile, nous vous invitons à consulter les notices qui y sont consacrées dans notre dossier en ligne sur la Commune : « Photomontage de l'exécution des généraux Lecomte et Clément-Thomas à Montmartre » et « Photomontage du massacre de la rue Haxo ».

Image : Photomontage de l'exécution des généraux Lecomte et Clément-Thomas à Montmartre, 1871. Archives de Paris, D1J 10 dossier 219.

17 mars 1871 : Adolphe Thiers à Paris pour y ramener l'ordre

Affiche d'Adolphe Thiers s’adressant aux Parisien.ne.s en amont de la reprise des canons de la garde nationale, 17 mars 1871.Archives de paris, ATLAS 527.

Le 16 mars 1871, le chef du gouvernement Adolphe Thiers regagne Paris pour y ramener l’ordre. Il nomme à la tête de la préfecture de Police le général Louis Ernest Valentin. Placer un militaire, membre de l’état-major, à la tête de l’une des deux instances administrant la ville constitue un choix évidemment symbolique et éminemment significatif.

Au-delà des émeutes et des tentatives d’insurrection pendant le siège (les 8 et le 31 octobre 1870, le 22 janvier 1871), la lutte a déjà commencé, sur les murs de la capitale, entre les futur.e.s insurgé.e.s et le parti de l’ordre. Depuis que l’affiche rouge appelant à la Commune a été placardée sur les murs de la capitale dans la nuit du 5 au 6 janvier 1871, c’est une guerre des mots que se livrent les deux camps pour tenter de rallier l’opinion à leur cause.

Cette affiche de Thiers en date du 17 mars 1871 est une réponse directe à celle du 4 mars (publiée ici le 15 mars) et au vote des statuts du comité central de la Fédération le 15 mars. Jetant le discrédit sur les motivations des bataillons séditieux, Thiers évoque les canons « dérobés à l’État » et braqués sur Paris et ses habitant.e.s. Il s’agit en réalité des canons achetés par souscription des Parisien.ne.s pour la défense de leur ville pendant le siège. Entreposés dans les zones destinées à être occupées par les Prussiens selon l’accord d’armistice, ils ont été transportés, sur ordre de l’état-major, sur les collines de Belleville et de Montmartre, afin qu’ils ne tombent pas aux mains de l’ennemi prussien. En appelant les « hommes de bonne foi [à] se séparer des hommes de mauvaise foi », Thiers pose donc un ultimatum clair aux Parisien.ne.s à la veille de l’opération militaire pour reprendre ces 271 canons aux gardes nationaux insurgés. Un appel au calme et à renoncer à toute résistance, sous la menace d’une riposte armée : « cet avertissement donné, vous nous approuvez à recourir à la force ». Menace qui ne suffit cependant pas à fléchir la détermination des insurgé.e.s...

Image : Affiche d'Adolphe Thiers s’adressant aux Parisien.ne.s en amont de la reprise des canons de la garde nationale, 17 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

15 mars 1871 : vote des statuts du comité central de la Fédération de la garde nationale

Affiche du Comité central de la garde nationale, 4 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

Le 15 mars 1871, la fédération de la Garde nationale vote les statuts de son comité central.

Nous avons beaucoup évoqué le rôle et le fonctionnement de la garde nationale parisienne, héritière de la milice bourgeoise de la Révolution française (voir les publications du 19 juillet 2020 et du 17 octobre 2020 notamment). À Paris, où elle constitue, pendant le siège, la principale force aux côtés de l’armée régulière et de la garde mobile, la garde nationale parisienne représente 250 000 hommes en armes, issus de toutes classes et milieux sociaux, parfois sans aucune expérience militaire. Ils ont été recrutés par arrondissement et organisés en bataillons. En novembre 1870, ces bataillons ont élu leurs chefs, conformément au fonctionnement de la garde nationale, ce qui constitue, pour un grand nombre de leurs membres, la toute première expérience démocratique et citoyenne.

En réaction à l’élection d’une Assemblée majoritairement favorable à une Restauration le 8 février 1870, les déléguées des bataillons parisiens de la garde nationale se réunissent les 15 et 24 février au Tivoli-Vauxhall, une salle de spectacle du 19e arrondissement. Ces réunions donnent lieu à la création de la Fédération républicaine de la garde nationale. La Fédération se compose de l’assemblée générale des délégués, du cercle de bataillon, du conseil de légion et du comité central. Ses statuts sont détaillés dans le numéro du Cri du Peuple daté du 9 mars 1871 et ont pour préambule la déclaration suivante :

« La République est le seul gouvernement possible ; elle ne peut être mise en discussion.

La garde nationale a le droit absolu de nommer tous ses chefs et de les révoquer dès qu’ils ont perdu la confiance de ceux qui les ont élus, toutefois après enquête préalable destinée à sauvegarder les droits sacrés de la justice. »

Les membres de la Fédération (les « Fédérés ») s’engagent ainsi à protéger la République à tout prix. S’il n’est pas encore question de l’instauration d’une Commune dans les statuts de la Fédération, c’est pourtant bien son instance exécutive, le comité central, dont le rôle est défini par le vote du 15 mars 1871, qui dirigera Paris pendant la deuxième Commune de son histoire.

Image : Affiche du Comité central de la garde nationale, 4 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

11 mars 1871 : le général Vinoy fait interdire 6 journaux républicains

Une du « Père Duchêne » n°60, 15 mai 1871. Archives de Paris, DE1 BESSIER 1.

Dans la capitale, la colère déclenchée par les récentes mesures prise par l’Assemblée nationale est très vive. Pour tenter d’endiguer un nouveau soulèvement, le général Vinoy, gouverneur militaire de Paris, fait interdire le 11 mars six journaux républicains, dont Le Cri du Peuple et Le Père Duchêne. Le même jour, Gustave Flourens et Auguste Blanqui sont condamnés à mort par contumace pour leur participation à l’insurrection du 31 octobre 1870. Il semble désormais impossible de désamorcer la situation.

Le Père Duchesne est un journal publié pour la première fois pendant la Révolution française. Il paraît de manière sporadique, au gré des épisodes révolutionnaires que connaît la capitale au XIXe siècle. Depuis le 7 mars 1871, ce sont Eugène Vermersch, Maxime Vuillaume et Alphonse Humbert qui qui font revivre le quotidien, modernisant son orthographe en « Père Duchêne ». Personnage fictif toujours en révolte, le Père Duchêne dénonce les injustices subies par le petit peuple parisien qu’il incarne, dans un langage populaire et coloré, voire outrancier.

Les Archives de Paris conservent dans les fonds privés quelques numéros de cette publication datant de 1871. Pour en apprendre plus sur ce titre, nous vous invitons à consulter la notice qui lui est consacrée dans notre dossier de documents pour la classe dédié à la Commune de Paris, en ligne sur ce site dans la rubrique Offre éducative > Documents pour la classe > La Commune de Paris : http://archives.paris.fr/a/876/.

Image : Une du Père Duchêne n°60, 15 mai 1871. Archives de Paris, DE1 BESSIER 1. 

10 mars 1871 : l'Assemblée nationale s'installe à Versailles

Lettre de demande de secours adressée au maire du 17e arrondissement par un garde national, 21 janvier 1871. Archives de Paris, VD3 15.

Le 10 mars 1871, l’Assemblée nationale décide de quitter Bordeaux pour s’installer à Versailles. Lieu hautement symbolique autrefois siège de l’absolutisme, Versailles est également l’endroit où, moins de deux mois auparavant, Guillaume II, commandant les armées ennemies de la France, a été proclamé empereur d’Allemagne par ses pairs.

L’Assemblée vote également la fin du moratoire des dettes, effets de commerce et des loyers qui avait été mis en place à Paris pendant la guerre. Enfin, elle supprime la solde des gardes nationaux.

Une large majorité de la population parisienne cruellement paupérisée par le siège et ses conséquences, directes ou indirectes, est frappée de plein fouet par ces mesures qu’elle anticipait pourtant dans la crainte depuis déjà quelques semaines.

Les Archives de Paris conservent dans leurs fonds plusieurs lettres de demande de secours adressées aux édiles locaux par des gardes nationaux aux abois. À cette détresse financière et sociale s’ajoute désormais le camouflet infligé par l’Assemblée nationale.

« Paris le 21 janvier 1871
A Monsieur le Maire du 17e arrondissement,
Monsieur le Maire,
Je vous prie de vouloir bien prendre en considération la demande du certificat de mon Capitaine et celui de M. le Docteur pour les allocations qui sont dues aux gardes nationales.
Ma femme est depuis 3 semaines au lit perclue des 4 membres de douleurs attrappées à la suite des queues faites à la porte des boucheries : de plus, elle nourrit son enfant qui n’a que 7 mois. L’enfant est inscrit à votre mairie. La mère est née à Paris, nous sommes mariés à Paris : je suis natif de Bauvais (Oise) je suis à Paris depuis 1835.
J’ai toujours vécu largement de mon art : comme artiste-décorateur : je suis réduit par la guerre à faire appel à votre bonté M. le Maire et vous demander des secours pour ma femme malade et mon enfant.
Recevez, M. le Maire à l’avance mes remerciements et mes salutations empressées.
A. Daboncourt »

 « Paris 28 janvier 1871
Monsieur le Maire,
Faisant parti du 90em Bataillon 4em de Marche ancienne 8em Cie et étant chez moi malade de la variole, j’ai reçu jusqu’à la fin du mois présent ma paye de Gde Nationale sauf quelques erreurs ; j’ai oui dire que c’était le dernier paiement pour tous ; ne pouvant dans la position ou je suis, rester sans secours ; je viens par la présente vous prier de vouloir bien m’indiquer la marche à suivre pour obtenir un subside si toute fois la Gde Nationale n’est plus payé.
Veuillez je vous prie Monsieur le Maire faire réponse à un de vos serviteur.
Votre dévoué Ene Michel. »

Images : 2 lettres de demande de secours adressées au maire du 17e arrondissement par des gardes nationaux, 21 et 28 janvier 1871, VD3 15. 

Lettre de demande de secours adressée au maire du 17e arrondissement par un garde national, 21 janvier 1871. Archives de Paris, VD3 15.

Lettre de demande de secours adressée au maire du 17e arrondissement par un garde national, 28 janvier 1871. Archives de Paris, VD3 15.