La Commune de Paris : 150 ans

Affiche du gouvernement communal sur la conscription, 29 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

Le 18 mars 1871, au terme d'une guerre contre la Prusse dont les retentissements politiques résonnent jusqu'à la fin du XXe siècle et après 4 mois d'un siège éprouvant et meurtrier, les Parisien.ne.s se soulèvent, entrainant ce qui sera la dernière grande révolution d'un XIXe siècle qui en a compté plusieurs. La Commune de Paris est, en dépit de sa brièveté, un épisode crucial de l'histoire contemporaine, encore trop méconnu, mais qui enflamme cependant toujours ses commentateurs, entre détracteurs et partisans. 

À l'occasion des 150 ans de cette insurrection, les Archives de Paris s'associent aux commémorations et vous proposent de (re)découvrir les 72 jours de la Commune de Paris, à travers des dates clefs et grâce aux sources riches et diverses conservées dans ses fonds. Cette rubrique complète le dossier de documents pour la classe sur la Commune de Paris élaboré à destination des enseignants mais accessible à tous.tes.

Bonnes découvertes à vous !

 

12 avril 1871 : Gustave Courbet et la fédération des artistes

Affiche du décret du autorisant Gustave Courbet à rétablir les musées de la ville et à ouvrir les galeries au public, 12 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 528.

Le 12 avril 1871, des négociations s’engagent entre la Commune et le gouvernement de Versailles pour obtenir la libération d’Auguste Blanqui, contre celle de Monseigneur Darboy. L’évêque de Paris est en effet otage de la Commune, et depuis son arrestation le 4 avril, il est retenu dans la prison de Mazas. Face à l’inflexibilité d’Adolphe Thiers, les tentatives de pourparlers resteront vaines.

Le même jour, la Commune vote un décret autorisant le peintre Gustave Courbet à rétablir les musées de la ville de Paris et à ouvrir leurs galeries d’art au public, dans une volonté de démocratiser la culture. Le même décret prévoit la création d’une fédération des artistes et l’élection, dès le lendemain, de 46 délégués à qui elle confiera la gestion de l’administration des Beaux-Arts. Le 13 avril, ce sont plus de 400 artistes qui se réunissent à l’École de médecine. Ils élisent Gustave Courbet président de leur toute nouvelle fédération, dont les statuts sont publiés au Journal officiel du 15 avril. Ceux-ci appliquent au monde artistique le modèle de l’autogestion. Les artistes font en effet, dans leur ensemble, un accueil très favorable à la Commune.

De même, la vie culturelle de la capitale se poursuit pendant toute cette période. Le 15 avril, le musée du Louvre rouvre ses portes au public. De nombreux concerts patriotiques sont également organisés au profit des veuves et des orphelins des combattants communards, dont les Archives de Paris conservent quelques tracts et affiches dans le fonds de l’administration communale.

Gustave Courbet a joué un rôle prépondérant dans l’action politique culturelle dès la chute de Napoléon III : le 4 septembre 1870, il est nommé président de la Commission artistique préposée à la conservation des musées nationaux et objets d’art par le gouvernement de la Défense nationale. La Commune le reconduit dans ses fonctions. De surcroît, il est élu à la Commune lors d’élections complémentaires organisées le 16 avril, afin de pourvoir des sièges laissés vacants par les candidatures multiples, les démissions et les décès. Il paiera très cher sa participation au gouvernement communal.

Images : Affiche du décret du autorisant Gustave Courbet à rétablir les musées de la ville et à ouvrir les galeries au public, 12 avril 1871. Avis pour l’élection de la Commission fédérale des artistes, 14 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 524. Affiche pour un concert vocal et instrumental au profit des veuves, blessés et orphelin du 237e bataillon de la garde nationale, mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.  

Avis pour l’élection de la Commission fédérale des artistes, 14 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 528.

Affiche pour un concert vocal et instrumental au profit des veuves, blessés et orphelin du 237e bataillon de la garde nationale, mai 1871. Archives de Paris, VD3 14.

11 avril 1871 : l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins à donner aux blessés

Convocation de la troisième réunion publique du Comité central provisoire de l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins à donner aux blessés, 21 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 529.

Le 10 avril 1871, la Commune vote un décret pour l’indemnisation des gardes nationaux tués ou blessés au combat. En cas de décès d’un garde national, le texte prévoit le versement d’une pension de 600 francs à sa femme, qu’ils aient été mariés ou non, et d’une pension de 365 francs à ses enfants, reconnus ou non. Une aide supplémentaire pourra également être allouée aux ascendants ainsi qu’à la fratrie du défunt, dans le cas où ce dernier était soutien de famille. Une commission d’enquête doit déterminer, dans chaque arrondissement, du bon droit des bénéficiaires.

Il s’agit là d’une avancée sociale importante qui tient compte de la réalité sociologique des classes populaires parisiennes. Elle est rendue possible grâce à l’implication des femmes dans la politique de la Commune.

La Commune de Paris constitue en effet un jalon dans l’histoire de la lutte pour l’égalité entre hommes et femmes en France. Les femmes participent aux premières manifestations contre le gouvernement de la Défense nationale et jouent un rôle prépondérant dans la journée du 18 mars 1871. Aux côtés des plus célèbres comme Louise Michel, André Léo ou Marie Laverdure, un grand nombre d’anonymes s’engagent. Principalement issues de la classe ouvrière, les Communardes sont de toutes origines, conditions et âges. Elles revendiquent l’égalité des droits, et plus particulièrement civiques, l’égalité des traitements et des salaires, une instruction laïque et gratuite pour les filles comme pour les garçons, une participation pleine et entière à la chose politique et aux combats pour la défense de la Commune, l’autorisation du divorce, la fermeture des maisons de tolérances… Elles fréquentent les clubs politiques où se débattent les réformes. Leur action est particulièrement significative en matière d’éducation et de culture. Au sein d’une Commune encore largement sous l’influence des théories sexistes de Proudhon, les Communardes ouvrent une brèche.

Le 11 avril 1871, Élisabeth Dimitrieff et Nathalie Le Mel, membres de l’Association internationale des travailleurs, fondent l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins à donner aux blessés. Ses statuts sont publiés dans l’édition du soir du 20 avril du journal « La Sociale ». L’union des femmes est organisée en comités de onze membres qui siègent en permanence et tiennent séance chaque jour. Un comité central, composé de déléguées des comités d’arrondissement, sert d’intermédiaire avec les commissions gouvernementales. Après la décision de réquisitionner les ateliers parisiens abandonnés, l’Union des femmes est notamment chargée de la réorganisation des ateliers coopératifs et du travail des ouvrières. Mais l’une de ses principales revendications est la participation pleine et entière aux combats, « soit aux ambulances ou aux fourneaux, soit aux barricades ». Nombreuses sont celles qui combattent jusqu’aux dernières heures de la Semaine sanglante et sont prises les armes à la main, exécutées sur place ou condamnées à la réclusion ou à la déportation.

Dans une lettre conservée aux Archives de Paris dans le fonds de l’administration communale, les membres du comité de l’Union des travailleuses du 13e arrondissement s’adressent à Léo Frankel, délégué au travail, à l’industrie et à l’échange, pour lui demander son arbitrage dans un différend qui les oppose à la mairie du 13e. Elles réclament une plus grande participation dans la gestion des affaires de l’arrondissement, ce qui leur est refusé. Le ton de cette pétition reflète parfaitement la fermeté des convictions des Communardes ainsi que leur détermination à participer à part égale à la révolution communale.

Images : Convocation de la troisième réunion publique du Comité central provisoire de l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins à donner aux blessés, 21 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 529. Lettre des membres du comité de l’Union des travailleuses du 13e arrondissement à Léo Frankel, s.d. [après le 24 avril 1871]. Archives de Paris, VD3 9. 

Lettre des membres du comité de l’Union des travailleuses du 13e arrondissement à Léo Frankel, s.d. [après le 24 avril 1871]. Archives de Paris, VD3 9.

10 avril 1871 : Au travailleur des campagnes

« Au travailleur des campagnes », par André Léo, 10 avril 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166.

Si certaines grandes villes de province, acquises aux idées républicaines, se montrent favorables à l’insurrection parisienne (plusieurs d’entre elles ont proclamé leur propre commune dans les jours suivant le 18 mars, comme Marseille, Lyon, Narbonne, Toulouse, Saint-Etienne ou Le Creusot), les campagnes lui sont, en revanche, largement hostiles et demeurent bonapartistes. Chaque camp est nourri de sa propre propagande et campe sur ses positions. Pour tenter une réconciliation, la Commune fait éditer des pamphlets qui sont envoyés par ballon à travers le pays. Le premier, qui s’intitule « Au travailleur des campagnes », daté du 10 avril 1871, est signé André Léo et le second, « Caractère de la révolution du 18 mars », en date du 23 avril, est de Charles Delescluze.

Les Archives de Paris conservent dans les fonds des archives privées un exemplaire de chacun de ces fascicules. Une autre version du texte d’André Léo est également conservée dans le fond de l’administration communale, dans la sous-série VD3 ; elle est adjointe d’un appel de la Commune aux départements, signé de la commission exécutive. Ces textes illustrent la tentative des Communards de contrer l’influence versaillaise en soulignant les similitudes entre travailleurs urbains et ruraux et en exprimant leur vérité, par l’emploi d’un ton didactique et fraternel. Pour autant, les campagnes restent très largement acquises à la cause versaillaise et soutiennent son action répressive.

Images : « Au travailleur des campagnes », par André Léo, 10 avril 1871. « Caractère de la révolution du 18 mars. Au peuple des campagnes », par Charles Delescluze, 23 avril 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166. « Au travailleur des campagnes », par André Léo ; « Aux départements », par la Commission exécutive, avril 1871. Archives de Paris, VD3 9.

« Au travailleur des campagnes », par André Léo, 10 avril 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166, recto.

« Au travailleur des campagnes », par André Léo, 10 avril 1871. Archives de Paris, 1AZ 18, dossier 166, verso.

« Au travailleur des campagnes », par André Léo ; « Aux départements », par la Commission exécutive, avril 1871. Archives de Paris, VD3 9.

« Au travailleur des campagnes », par André Léo ; « Aux départements », par la Commission exécutive, avril 1871. Archives de Paris, VD3 9.

6 avril 1871 : Jaroslaw Dombrowski nommé commandant de la place de Paris

Lettre de Jaroslaw Dombrowski au chef de la 4e légion de la garde nationale de Paris, 9 avril 1871. Archives de Paris, 4AZ 16, dossier 776.

Le 7 avril 1871 et les jours qui suivent, plusieurs journaux parisiens livrent le récit d’un événement qui s’est déroulé sur la place Voltaire, dans le 11e arrondissement : on y a, le 6 avril, brûlé la guillotine. Si  l’on sait que la Commune n’est pas à l’initiative de cette démonstration spontanée, il n’existe en revanche aucune certitude sur l’identité de ses initiateurs.trices. Il semble toutefois qu’un bataillon de la garde nationale en soit à l’origine.

Le 6 avril, toujours, à Versailles, le gouvernement place le maréchal de Mac Mahon à la tête de son armée, tandis que la Commune nomme Dombrowski commandant de la place de Paris.

Né dans l’Empire russe en 1836, issu de la noblesse polonaise, Jarosław Dąbrowski (francisé en Dombrowski) est militaire de carrière. Sa participation à la révolution polonaise de 1863 lui vaut d’être condamné à la déportation, mais il s’évade d’une prison moscovite lors de son transfert vers la Sibérie. En 1865, il choisit la France pour son exil. Internationaliste, il se rallie à la Commune de Paris dès le 18 mars 1871. Il mène avec succès, les jours suivant sa nomination, plusieurs contre-attaques sur les positions versaillaises en banlieue, qui permettent de ralentir la progression des troupes commandées par Mac Mahon. Blessé au combat le 19 avril, il est nommé commandant en chef de l’armée de la Commune le 5 mai. Il est tué sur une barricade de la rue Myrha, dans le 18e arrondissement, le 23 mai 1871, pendant les combats de la Semaine Sanglante.

Face à une armée régulière expérimentée et très bien organisée, Dombrowski est l’un des seuls cadres de la Commune à avoir reçu une formation militaire. Celle-ci est perceptible dans une lettre qu’il adresse aux chefs de légions de la garde nationale peu après sa prise de fonction, le 9 avril, et dans laquelle il demande un état complet des bataillons, à lui remettre dans les 24 heures. Les Archives de Paris conservent, dans les fonds des archives privées, l’une de ces missives : il s’agit de celle envoyée au chef de la 4e légion de la garde nationale de Paris, par le général Dombrowski lui-même.

 « Paris le 9 avril 1871
Au Citoyen chef de la 4e Légion,
Citoyen,
Veuillez envoyer dans les 24 heures l’état de tous les bataillons de votre arrondissement :
1° Bataillons de Guerre
2° B° Sédentaires
en me donnant l’effectif, l’armement, l’état d’habillement, de campement, enfin tous les détails nécessaires pour nous faire connaître l’état exact de vos bataillons.
Si votre Légion comprend des corps spéciaux, artillerie, cavalerie, génie, etc, veuillez également me donner des renseignements exacts sur ces corps.
Salut et fraternité,
Le Commandant de Paris,
Dombrowski. »

Images : Lettre de Jaroslaw Dombrowski au chef de la 4e légion de la garde nationale de Paris, 9 avril 1871. Archives de Paris, 4AZ 16, dossier 776.

6 avril 1871 : le décret des otages

Journal officiel n°99 du 9 avril 1871, Archives de Paris, ATLAS 144.

Après la mort de Gustave Flourens, et en réaction à la défaite sanglante infligée par une armée versaillaise qui se livre à des exécutions sommaires, la Commune adopte, le 5 avril 1871, le décret dit des otages. Celui-ci stipule que toute personne présumée complice du gouvernement de Versailles sera immédiatement incarcérée et jugée au plus tard dans les 48h par un jury d’accusation. Les accusés reconnus coupables « seront les otages du peuple de Paris ». L’article 5 pose l’équation suivante : pour chaque prisonnier de guerre ou partisan de la Commune exécuté par Versailles, trois otages, tirés au sort, seront exécutés en représailles.

Ce décret, et en particulier l’article 5, est loin de faire l’unanimité parmi les membres du gouvernement de la Commune, certains allant jusqu’à démissionner pour protester contre sa promulgation.

Le Journal Officiel de la Commune daté du 9 avril 1871 comporte un entrefilet qui témoigne de l’effervescence des débats à ce sujet. La Commune y justifie a posteriori le décret des otages par l’existence d’une loi dont est à l’origine Jules Dufaure, ministre de la Justice et vice-président du Conseil des ministres sous l’autorité d’Adolphe Thiers, votée plus tôt par l’Assemblée de Versailles. Ce texte a pour but d’accélérer le passage des prisonniers de guerre communards devant les tribunaux militaires versaillais, ces derniers étant désormais en capacité de juger et de condamner à mort les gardes nationaux jugés coupables dans un délai de 24h. Tout comme le décret des otages communard, cette loi versaillaise semble être décriée dans son propre camp, comme le rapporte le Journal Officiel en citant un article de La Cloche, journal républicain modéré de Louis Ulbach.

Dans le camp adverse, un bref paragraphe en page 2 du Journal Officiel de la République Française publié par Versailles le 5 avril 1871 relate que « Quelques hommes reconnus pour appartenir à l’armée et saisis les armes à la main, ont été passés par les armes, suivant la rigueur de la loi militaire qui frappe les soldats combattant leur drapeau » (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2093208s/f1.vertical). On évoque également les démissions de la Commune. Le numéro daté du 4 avril relate quant à lui la défaite communarde des 3 et 4 avril, ainsi que la mort de Flourens (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2093207c/f0.vertical).

La Commune applique finalement peu l’article 5 de son décret des otages, inefficace face à l’intransigeance versaillaise, mais elle exécute pendant la Semaine Sanglante son otage le plus célèbre, l’évêque de Paris, Monseigneur Darboy, qu’elle avait espéré échanger contre Auguste Blanqui. Sa mort entache durablement l’image de la Commune. Le camp versaillais fait quant à lui un usage extensif de sa loi sur les tribunaux militaires.

Images : Journal officiel de la Commune n°99 du 9 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 144.

Journal officiel n°99 du 9 avril 1871, Archives de Paris, ATLAS 144.

Journal officiel n°99 du 9 avril 1871, Archives de Paris, ATLAS 144.

Journal officiel n°99 du 9 avril 1871, Archives de Paris, ATLAS 144.

3 avril 1871 : mort de Gustave Flourens

Garde nationale de la Seine : états nominatifs gardes nationaux de la légion de Belleville, 25 septembre 1870. Archives de Paris, D2R4 14.

Immédiatement après l’attaque versaillaise sur les positions communardes de Courbevoie, la Commune ordonne une controffensive en direction de Versailles. Élisée Reclus (1830-1905), géographe de renom, théoricien anarchiste et Communard arrêté le 5 avril 1871, livrera en 1897 dans La Revue Blanche un témoignage sans fard des opérations militaires de cette journée, marquées par l’impréparation et la désorganisation de la garde nationale parisienne (in Enquête sur la Commune, La Revue Blanche, tome 12, 1897).

Gustave Flourens (voir notre post du 31 octobre dernier) participe à cette sortie désastreuse. Élu à la Commune lors du scrutin du 26 mars par les 19e et 20e arrondissements, il est nommé le 29 mars à la tête de la 20e légion et confirmé dans ses fonctions le 2 avril, au grade de général. Le 3 avril, il conduit l’offensive aux côtés de deux autres corps d’armée menés par Émile Duval (1840-1871) et Émile Eudes (1843-1888). L’armée versaillaise bombarde les troupes communardes depuis le Mont-Valérien ; ces dernières tentent de poursuivre leur progression avant d’amorcer une retraite dans la confusion la plus totale. Parmi les nombreux prisonniers se trouve Émile Duval, qui sera fusillé par les Versaillais le 4 avril. Gustave Flourens est quant à lui tué le jour-même d’un coup de crosse sur le crâne par le capitaine de gendarmerie Desmarest, alors qu’il est désarmé.

L’engagement de Gustave Flourens dans la garde nationale parisienne est partiellement documentée aux Archives de Paris, grâce aux fonds consacrés à celle-ci, conservés sous les cotes D1R4 1-141, D2R4 1-283 et D3R3 1-312. En septembre 1870, résidant dans le 20e arrondissement au n°397 de la rue de Puebla (actuelle rue des Pyrénées), il est élu chef du 63e bataillon, quartier de Belleville. À ce titre, il apparait dans les états nominatifs des gardes nationaux de la légion de Belleville daté du 25 septembre 1870 (à noter le titre « major général des remparts », qui semble lui être propre) ainsi que dans l’état nominatif des officiers supérieurs et subalternes du 63e bataillon daté du 30 septembre 1870 (D2R4 14). Auparavant, le 21 septembre 1870, il contresigne le compte-rendu de la réunion pour la nomination du dénommé Fays au grade de capitaine adjudant major du 63e bataillon (D2R4 196). Gustave Flourens est révoqué de la garde nationale pour sa participation à la manifestation du 8 octobre 1870. Son implication dans la prise de l’Hôtel de Ville lors de l’insurrection du 31 octobre lui vaut d’être arrêté et incarcéré à Mazas le 7 décembre 1870. Il en est libéré par des gardes nationaux parisiens commandés par son ami Amilcare Cipriani dans la nuit du 21 au 22 janvier 1871.

Images : Garde nationale de la Seine : états nominatifs gardes nationaux de la légion de Belleville, 25 septembre 1870 ; état nominatif des officiers supérieurs et subalternes du 63e bataillon, du 30 septembre 1870. Archives de Paris, D2R4 14. Compte-rendu de réunion pour la nomination d’officiers, 21 septembre 1870. Archives de Paris, D2R4 196. 

Garde nationale de la Seine : états nominatifs gardes nationaux de la légion de Belleville, 25 septembre 1870. Archives de Paris, D2R4 14.

Garde nationale de la Seine : état nominatif des officiers supérieurs et subalternes du 63e bataillon, du 30 septembre 1870. Archives de Paris, D2R4 14.

Garde nationale de la Seine : compte-rendu de réunion pour la nomination d’officiers, 21 septembre 1870. Archives de Paris, D2R4 196.

2 avril 1871 : séparation de l'Église et de l'État

Affiche du décret de séparation de l’Église et de l’État, 3 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 528.

Après les premiers décrets passés dès le lendemain de son installation à l’Hôtel de Ville, le gouvernement de la Commune poursuit son œuvre réformatrice en décidant, le 2 avril 1871, de plafonner le traitement des fonctionnaires à 6000 francs annuels et en décrétant la séparation de l’Église et de l’État, garantissant ainsi la liberté de conscience et supprimant le budget des cultes. Le terme laïcisation et son champ lexical sont absents du texte officiel, qui par ailleurs semble concerner principalement l’église catholique, qui s’était ralliée à Napoléon III dès son coup d’état en décembre 1851. Cette mesure présentée par Félix Pyat préfigure pourtant bien les grandes réformes de la société française menées par les républicains à la fin du XIXe siècle, initiées par la laïcisation de l’enseignement en 1882 et culminant avec la loi de 1905. Plus remarquable encore, par ce décret à portée nationale, la Commune dépasse son statut de gouvernement municipal.

Pendant que la Commune débat puis adopte à l’unanimité ce décret, l’armée de Versaillais attaque des troupes communardes à Courbevoie, les contraignant à se replier sur Neuilly. La lutte armée entre Communards et Versaillais a commencé.

Image : Affiche du décret de séparation de l’Église et de l’État, 3 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 528.

29 mars 1871 : premières mesures de la Commune

Décret de la Commune sur les loyers, 29 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

Malgré sa brièveté et les débats qui le divisent, le gouvernement de la Commune met en place plusieurs mesures qui visent à faire de Paris une république sociale. La mise en œuvre de sa politique est restreinte par les opérations militaires menées contre l’armée de Versailles et la gestion des pénuries (pain, viande, combustibles) engendrées par ce second siège. Toutefois, l’application de ces réformes, bien que provisoire, crée un précédent. Ainsi la IIIe République reprend-elle à son compte, des décennies plus tard, quelques-unes des mesures phares : réforme de l’instruction publique, séparation des Église et de l’État et, plus timidement, amélioration des conditions de travail pour les ouvrières et ouvriers.

Dès le 29 mars 1871, la Commune suspend la vente des objets déposés au Mont-de-Piété. Elle annule la dette sur les trois loyers dûs suite au moratoire du 13 août 1870 (soit les mois d’octobre 1870, de janvier et d’avril 1871). Enfin, elle abolit la conscription et décrète que seule la garde nationale peut entrer dans Paris et que tous les citoyens valides font partie de cette garde nationale.

Image : Décret de la Commune sur les loyers, 29 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527. 

28 mars 1871 : Proclamation de la Commune de Paris

Décret de la Commune sur l'obéissance des fonctionnaires, 29 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

Le 28 mars 1871, l’assemblée issue du scrutin parisien du 26 mars s’installe à l’Hôtel de Ville, tandis que sur le parvis une grande fête populaire célèbre la proclamation de la Commune de Paris.

La Commune se met immédiatement à pied d’œuvre mais doit faire face au départ de certains employés municipaux. Les hauts fonctionnaires quittent Paris à la suite du gouvernement qui appelle à désobéir à la nouvelle administration, en restant chez soi ou en rejoignant Versailles. Les responsables sont alors remplacés par des Communards et des membres de l’Internationale. La Commune riposte d’ailleurs immédiatement à l’appel de Versailles en promulguant le 29 mars un décret qui menace de révocation quiconque continuerait à suivre et appliquer les directives versaillaises.

De fait, un nombre important d’agents municipaux continueront à travailler sous la Commune, par crainte de ne plus percevoir leur salaire ou d’être enrôlés de force dans la garde nationale. Il faut rappeler qu’après 4 mois de siège, la situation de certains ménages parisiens est plus que précaire.

Image : Décret de la Commune sur l'obéissance des fonctionnaires, 29 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527. 

26 mars 1871 : élections communales

Mairie du 18e arrondissement. Tableau numérique du résultat des opérations électorales des sections pour les élections communales de Paris, 26-27 mars 1871. Archives de Paris, VD6 2452, dossier 3.

Versailles clôt avant même qu’elles ne commencent les négociations portant sur la mise en place d’élections municipales. Devant cette fin de non-recevoir, les maires d’arrondissement, chargés de la médiation, consentent finalement à l’organisation du scrutin.

Les élections ont lieu le 26 mars 1871. On y observe la même participation que pour celles de novembre 1870 avec donc un fort taux d’abstention : celui-ci est plus particulièrement prononcé dans les quartiers aisés de la capitale, tandis que les électeurs se sont déplacés en nombre dans les quartiers populaires. Environ 190 000 des 227 303 votants accordent leur suffrage à des candidats communalistes, tandis que 40 000 renouvellent leur confiance aux maires élus en novembre 1870. Pour les premiers, cette journée électorale est un jour de fête, qui referme symboliquement et définitivement le chapitre du régime impérial. La portée de ces élections est pour d’autres confuse : élit-on une municipalité ou une assemblée communale ?

Les résultats du scrutin paraissent au Journal Officiel du 31 mars. Quatre-vingt-onze sièges en tout sont pourvus, mais certaines personnalités sont élues dans plusieurs arrondissements en même temps, d’autres sont absentes de Paris (comme Auguste Blanqui, qui a été appréhendé à Figeac le 17 mars, dans le plus grand secret, sur ordre d’Adolphe Thiers), d’autres encore démissionnent dans les jours suivants l’élection pour protester contre la majorité communaliste. L’assemblée municipale ainsi constituée est majoritairement composée de travailleurs : 33 ouvriers, 5 patrons, 14 employés, 12 journalistes, 12 professions libérales. Le doyen, Charles Beslay, élu dans le 6e arrondissement, est âgé de 75 ans et a participé aux Trois Glorieuses en 1830. Le cadet, Théophile Ferré, élu dans le 18e arrondissement, a quant à lui seulement 25 ans.

Les Archives de Paris conservent dans le fonds des mairies d’arrondissement quelques procès-verbaux relatifs aux élections municipales du 26 mars 1871. Les 20 arrondissements étaient divisés en plusieurs sections de vote. Chacune de ces sections procédait au dépouillement des résultats du scrutin et établissait un procès-verbal. Ces derniers étaient ensuite rassemblés par le bureau central dans un procès-verbal unique de l’arrondissement, auquel était adjoint un tableau numérique des résultats par section. Le tableau présenté est celui du 18e arrondissement. Auguste Blanqui arrive en tête du scrutin avec 14 953 voix alors qu’il est absent de Paris, suivi d’Albert Theisz (qui est également élu dans le 12e arrondissement). On constate aussi que Georges Clemenceau, maire sortant, n’arrive qu’en 14e position. Enfin, il convient de noter l’intitulé du document lui-même, qui parle d’« élections communales » et non d’élections municipales.

Image : Administration communale : mairie du 18e arrondissement. Tableau numérique du résultat des opérations électorales des sections pour les élections communales de Paris, annexé au procès-verbal des opérations du Bureau central, 26-27 mars 1871. Archives de Paris, VD6 2452, dossier 3. 

Mairie du 18e arrondissement. Tableau numérique du résultat des opérations électorales des sections pour les élections communales de Paris, 26-27 mars 1871. Archives de Paris, VD6 2452, dossier 3.

Mairie du 18e arrondissement. Tableau numérique du résultat des opérations électorales des sections pour les élections communales de Paris, 26-27 mars 1871. Archives de Paris, VD6 2452, dossier 3.

Mairie du 18e arrondissement. Tableau numérique du résultat des opérations électorales des sections pour les élections communales de Paris, 26-27 mars 1871. Archives de Paris, VD6 2452, dossier 3.

Mairie du 18e arrondissement. Tableau numérique du résultat des opérations électorales des sections pour les élections communales de Paris, 26-27 mars 1871. Archives de Paris, VD6 2452, dossier 3.

22 mars 1871 : manifestations des Amis de l'Ordre

Pétition des commandants et officiers de la garde nationale du 7e arrondissement affirmant leur dévouement aux institutions de la République et aux pouvoirs publics, 21 mars 1871. Archives de Paris, VD6 1536, dossier 2.

Dès le 20 mars, les maires et députés républicains de Paris vont porter devant l’Assemblée nationale à Versailles les revendications de Comité central de la Garde nationale. Ils sont reçus sous les huées de l’Assemblée. Cette dernière, qui semble un temps favorable au dialogue, finit par le rejeter totalement, préférant une réponse militaire à ce qui est considéré comme les désordres de la capitale. L’armée versaillaise prend possession du Mont-Valérien dès le 21 mars.

Tous.tes les Parisien.ne.s ne sont par ailleurs pas favorables à la Commune. Les plus hostiles d’entre eux.elles se regroupent sous la dénomination les Amis de l’Ordre et organisent, dès le 21 mars, une manifestation entre la Bourse et la Porte Saint-Denis. Le 22 mars, une nouvelle manifestation des Amis de l’Ordre place Vendôme dégénère en affrontement. Une fusillade fait plusieurs morts et blessés dans les deux camps. Une partie de la population de l’Ouest parisien choisit alors de quitter la ville, tandis que certains gradés de la garde nationale déclarent leur allégeance au parti de l’ordre.

Les Archives de Paris conservent des témoignages sans équivoque du clivage idéologique et social qui conduit inexorablement Paris vers la guerre civile. On trouve dans le fonds de la mairie du 7e arrondissement deux pétitions datées du 21 mars 1871, dans lesquelles les officiers et commandants de la garde nationale de l’arrondissement expriment leur « dévouement au service de leurs magistrats municipaux » et se disent prêts à « défendre la République et […] maintenir l’ordre dans la cité ». Dans une autre lettre datée du 30 mars 1871, ce sont deux employés auxiliaires de la municipalité qui réitèrent leur loyauté au maire du 7e arrondissement élu en novembre 1870, François Arnaud de L’Ariège, ainsi que leur refus de « prêter appui à ces anarchistes ».

Images : Pétitions des commandants et officiers de la garde nationale du 7e arrondissement affirmant leur dévouement aux institutions de la République et aux pouvoirs publics, 21 mars 1871. Lettre de deux employés auxiliaires de la mairie du 7e arrondissement proposant leurs services au maire Frédéric Arnaud, 30 mars 1871. Archives de Paris, VD6 1536, dossier 2. 

Pétition des commandants et officiers de la garde nationale du 7e arrondissement affirmant leur dévouement aux institutions de la République et aux pouvoirs publics, 21 mars 1871. Archives de Paris, VD6 1536, dossier 2.

Lettre de deux employés auxiliaires de la mairie du 7e arrondissement proposant leurs services au maire Frédéric Arnaud, 30 mars 1871. Archives de Paris, VD6 1536, dossier 2.

19 mars 1871 : le Comité central de la garde national investit les locaux du Journal officiel de la République française

Journal officiel n°79 du 20 mars 1871, Archives de Paris, ATLAS 144.

Les évènements du 18 mars 1871 ne constituent pas la première tentative de soulèvement populaire à Paris depuis le début du Siège en septembre 1870. Mais c’est la première fois que les autorités quittent la capitale, abandonnant les lieux du pouvoir aux insurgés. Les membres du gouvernement présents à Paris ont fui pour Versailles, pressentant peut-être que la tension avait atteint son point de rupture. L’Hôtel de Ville, déserté par Jules Ferry, est investi par le Comité central de la garde nationale.

Au lendemain des affrontements sur la butte Montmartre, les deux camps se regroupent et s’organisent. L’affrontement se déplace sur le terrain de la communication. L’enjeu pour chacun est d’affirmer sa légitimité auprès de la population parisienne mais aussi et surtout des gardes nationaux, qui disposent toujours de leurs armes.

En ce sens, le Comité central annonce le 19 mars par voie d’affichage des élections pour désigner un Conseil de la Commune. Le texte de l’affiche dénonce en creux le bien-fondé du suffrage universel et la représentativité de l’Assemblée nationale élue en février. À Versailles, le gouvernement délègue son autorité aux maires et députés parisiens justement issus de ces élections. La veille, plusieurs affiches ont été placardées sur les murs de la ville pour jeter le discrédit sur l’action des insurgés, en minimisant leur nombre et leur importance au sein de la garde nationale et de la population parisienne dans son ensemble.

Le 19 mars toujours, le Comité central prend possession des locaux du Journal Officiel de la République française. Fondé en 1868, le Journal Officiel est une publication quotidienne et nationale qui diffuse les textes législatifs et réglementaires de la République française tels que les lois, décrets, arrêtés et autres déclarations officielles. À partir du 20 mars et jusqu’au 24 mai 1871, ce sont les journalistes nommés par le Comité central qui publient le Journal officiel, à raison de deux éditions par jour, une le matin et une le soir datée du lendemain, jusqu’au 18 mai. En parallèle, Versailles publie sa propre édition.

Les Archives de Paris conservent une collection des numéros du Journal officiel publié par la Commune entre le 20 mars et le 24 mai 1871, reliés en atlas et cotés ATLAS 144. Cette source précieuse permet une comparaison entre les deux parutions, communarde et versaillaise, qui illustrent à elles seules l’âpre bataille que se livrent les deux camps pour assoir et affirmer leur légitimité. Elle permet aussi de mieux appréhender la confusion qui se dégage parfois des aspirations de la Commune, entre portée locale et nationale.

Images : Journal officiel n°79 du 20 mars 1871, Archives de Paris, ATLAS 144. Affiche du Comité central de la garde nationale aux gardes nationaux, 19 mars 1871 ; affiche du gouvernement aux gardes nationaux et affiche du ministre de l’Intérieur, Ernest Picard, à la garde nationale de la Seine, 18 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527. 

Journal officiel n°79 du 20 mars 1871, Archives de Paris, ATLAS 144.

Affiche du Comité central de la garde nationale aux gardes nationaux, 19 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

Affiche du ministre de l’Intérieur, Ernest Picard, à la garde nationale de la Seine, 18 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

Affiche du gouvernement aux gardes nationaux, 18 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

18 mars 1871 : La Commune de Paris

Photomontage de l'exécution des généraux Lecomte et Clément-Thomas à Montmartre, 1871. Archives de Paris, D1J 10 dossier 219.

Dans la nuit du 17 au 18 mars 1871, 4000 militaires sont envoyés à Montmartre et 6000 à Belleville pour récupérer les canons de la garde nationale. Sur la butte Montmartre, au point du jour, l’opération débute dans le calme, mais les hommes sont retardés par l’attente des chevaux nécessaires au transport des canons. Ce contretemps permet à la foule, femmes et gardes nationaux du Comité central en tête, de donner l’alerte et d’encercler les soldats, dont certains, appartenant aux 46e et 88e de ligne, fraternisent avec les manifestants. Dans la confusion qui s’ensuit, des coups de fusils sont tirés ; le général Lecomte, qui dirige les opérations, puis le général Clément-Thomas, ancien commandant de la garde nationale, sont faits prisonniers par les insurgés. Ils seront tous deux exécutés dans l’après-midi, tandis qu’au centre de Paris, Adolphe Thiers s’enfuit pour Versailles. La capitale se hérisse de barricades. Les lieux du pouvoir municipal parisien sont investis par les insurgés : le Comité central de la garde nationale s’installe à l’Hôtel de Ville, Émile Duval et Raoul Rigault à la préfecture de Police. La Commune de Paris vient de commencer.

Les Archives de Paris conservent un photomontage de l’exécution des généraux Lecomte et Clément-Thomas. Pour en savoir plus sur ce procédé technique et son usage pendant et après la guerre civile, nous vous invitons à consulter les notices qui y sont consacrées dans notre dossier en ligne sur la Commune : « Photomontage de l'exécution des généraux Lecomte et Clément-Thomas à Montmartre » et « Photomontage du massacre de la rue Haxo ».

Image : Photomontage de l'exécution des généraux Lecomte et Clément-Thomas à Montmartre, 1871. Archives de Paris, D1J 10 dossier 219.

17 mars 1871 : Adolphe Thiers à Paris pour y ramener l'ordre

Affiche d'Adolphe Thiers s’adressant aux Parisien.ne.s en amont de la reprise des canons de la garde nationale, 17 mars 1871.Archives de paris, ATLAS 527.

Le 16 mars 1871, le chef du gouvernement Adolphe Thiers regagne Paris pour y ramener l’ordre. Il nomme à la tête de la préfecture de Police le général Louis Ernest Valentin. Placer un militaire, membre de l’état-major, à la tête de l’une des deux instances administrant la ville constitue un choix évidemment symbolique et éminemment significatif.

Au-delà des émeutes et des tentatives d’insurrection pendant le siège (les 8 et le 31 octobre 1870, le 22 janvier 1871), la lutte a déjà commencé, sur les murs de la capitale, entre les futur.e.s insurgé.e.s et le parti de l’ordre. Depuis que l’affiche rouge appelant à la Commune a été placardée sur les murs de la capitale dans la nuit du 5 au 6 janvier 1871, c’est une guerre des mots que se livrent les deux camps pour tenter de rallier l’opinion à leur cause.

Cette affiche de Thiers en date du 17 mars 1871 est une réponse directe à celle du 4 mars (publiée ici le 15 mars) et au vote des statuts du comité central de la Fédération le 15 mars. Jetant le discrédit sur les motivations des bataillons séditieux, Thiers évoque les canons « dérobés à l’État » et braqués sur Paris et ses habitant.e.s. Il s’agit en réalité des canons achetés par souscription des Parisien.ne.s pour la défense de leur ville pendant le siège. Entreposés dans les zones destinées à être occupées par les Prussiens selon l’accord d’armistice, ils ont été transportés, sur ordre de l’état-major, sur les collines de Belleville et de Montmartre, afin qu’ils ne tombent pas aux mains de l’ennemi prussien. En appelant les « hommes de bonne foi [à] se séparer des hommes de mauvaise foi », Thiers pose donc un ultimatum clair aux Parisien.ne.s à la veille de l’opération militaire pour reprendre ces 271 canons aux gardes nationaux insurgés. Un appel au calme et à renoncer à toute résistance, sous la menace d’une riposte armée : « cet avertissement donné, vous nous approuvez à recourir à la force ». Menace qui ne suffit cependant pas à fléchir la détermination des insurgé.e.s...

Image : Affiche d'Adolphe Thiers s’adressant aux Parisien.ne.s en amont de la reprise des canons de la garde nationale, 17 mars 1871.Archives de paris, ATLAS 527.

15 mars 1871 : vote des statuts du comité central de la Fédération de la garde nationale

Affiche du Comité central de la garde nationale, 4 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

Le 15 mars 1871, la fédération de la Garde nationale vote les statuts de son comité central.

Nous avons beaucoup évoqué le rôle et le fonctionnement de la garde nationale parisienne, héritière de la milice bourgeoise de la Révolution française (voir les publications du 19 juillet 2020 et du 17 octobre 2020 notamment). À Paris, où elle constitue, pendant le siège, la principale force aux côtés de l’armée régulière et de la garde mobile, la garde nationale parisienne représente 250 000 hommes en armes, issus de toutes classes et milieux sociaux, parfois sans aucune expérience militaire. Ils ont été recrutés par arrondissement et organisés en bataillons. En novembre 1870, ces bataillons ont élu leurs chefs, conformément au fonctionnement de la garde nationale, ce qui constitue, pour un grand nombre de leurs membres, la toute première expérience démocratique et citoyenne.

En réaction à l’élection d’une Assemblée majoritairement favorable à une Restauration le 8 février 1870, les déléguées des bataillons parisiens de la garde nationale se réunissent les 15 et 24 février au Tivoli-Vauxhall, une salle de spectacle du 19e arrondissement. Ces réunions donnent lieu à la création de la Fédération républicaine de la garde nationale. La Fédération se compose de l’assemblée générale des délégués, du cercle de bataillon, du conseil de légion et du comité central. Ses statuts sont détaillés dans le numéro du Cri du Peuple daté du 9 mars 1871 et ont pour préambule la déclaration suivante :

« La République est le seul gouvernement possible ; elle ne peut être mise en discussion.

La garde nationale a le droit absolu de nommer tous ses chefs et de les révoquer dès qu’ils ont perdu la confiance de ceux qui les ont élus, toutefois après enquête préalable destinée à sauvegarder les droits sacrés de la justice. »

Les membres de la Fédération (les « Fédérés ») s’engagent ainsi à protéger la République à tout prix. S’il n’est pas encore question de l’instauration d’une Commune dans les statuts de la Fédération, c’est pourtant bien son instance exécutive, le comité central, dont le rôle est défini par le vote du 15 mars 1871, qui dirigera Paris pendant la deuxième Commune de son histoire.

Image : Affiche du Comité central de la garde nationale, 4 mars 1871. Archives de Paris, ATLAS 527.

11 mars 1871 : le général Vinoy fait interdire 6 journaux républicains

Une du « Père Duchêne » n°60, 15 mai 1871. Archives de Paris, DE1 BESSIER 1.

Dans la capitale, la colère déclenchée par les récentes mesures prise par l’Assemblée nationale est très vive. Pour tenter d’endiguer un nouveau soulèvement, le général Vinoy, gouverneur militaire de Paris, fait interdire le 11 mars six journaux républicains, dont Le Cri du Peuple et Le Père Duchêne. Le même jour, Gustave Flourens et Auguste Blanqui sont condamnés à mort par contumace pour leur participation à l’insurrection du 31 octobre 1870. Il semble désormais impossible de désamorcer la situation.

Le Père Duchesne est un journal publié pour la première fois pendant la Révolution française. Il paraît de manière sporadique, au gré des épisodes révolutionnaires que connaît la capitale au XIXe siècle. Depuis le 7 mars 1871, ce sont Eugène Vermersch, Maxime Vuillaume et Alphonse Humbert qui qui font revivre le quotidien, modernisant son orthographe en « Père Duchêne ». Personnage fictif toujours en révolte, le Père Duchêne dénonce les injustices subies par le petit peuple parisien qu’il incarne, dans un langage populaire et coloré, voire outrancier.

Les Archives de Paris conservent dans les fonds privés quelques numéros de cette publication datant de 1871. Pour en apprendre plus sur ce titre, nous vous invitons à consulter la notice qui lui est consacrée dans notre dossier de documents pour la classe dédié à la Commune de Paris, en ligne sur ce site dans la rubrique Offre éducative > Documents pour la classe > La Commune de Paris : http://archives.paris.fr/a/876/.

Image : Une du Père Duchêne n°60, 15 mai 1871. Archives de Paris, DE1 BESSIER 1. 

10 mars 1871 : l'Assemblée nationale s'installe à Versailles

Lettre de demande de secours adressée au maire du 17e arrondissement par un garde national, 21 janvier 1871. Archives de Paris, VD3 15.

Le 10 mars 1871, l’Assemblée nationale décide de quitter Bordeaux pour s’installer à Versailles. Lieu hautement symbolique autrefois siège de l’absolutisme, Versailles est également l’endroit où, moins de deux mois auparavant, Guillaume II, commandant les armées ennemies de la France, a été proclamé empereur d’Allemagne par ses pairs.

L’Assemblée vote également la fin du moratoire des dettes, effets de commerce et des loyers qui avait été mis en place à Paris pendant la guerre. Enfin, elle supprime la solde des gardes nationaux.

Une large majorité de la population parisienne cruellement paupérisée par le siège et ses conséquences, directes ou indirectes, est frappée de plein fouet par ces mesures qu’elle anticipait pourtant dans la crainte depuis déjà quelques semaines.

Les Archives de Paris conservent dans leurs fonds plusieurs lettres de demande de secours adressées aux édiles locaux par des gardes nationaux aux abois. À cette détresse financière et sociale s’ajoute désormais le camouflet infligé par l’Assemblée nationale.

« Paris le 21 janvier 1871
A Monsieur le Maire du 17e arrondissement,
Monsieur le Maire,
Je vous prie de vouloir bien prendre en considération la demande du certificat de mon Capitaine et celui de M. le Docteur pour les allocations qui sont dues aux gardes nationales.
Ma femme est depuis 3 semaines au lit perclue des 4 membres de douleurs attrappées à la suite des queues faites à la porte des boucheries : de plus, elle nourrit son enfant qui n’a que 7 mois. L’enfant est inscrit à votre mairie. La mère est née à Paris, nous sommes mariés à Paris : je suis natif de Bauvais (Oise) je suis à Paris depuis 1835.
J’ai toujours vécu largement de mon art : comme artiste-décorateur : je suis réduit par la guerre à faire appel à votre bonté M. le Maire et vous demander des secours pour ma femme malade et mon enfant.
Recevez, M. le Maire à l’avance mes remerciements et mes salutations empressées.
A. Daboncourt »

 « Paris 28 janvier 1871
Monsieur le Maire,
Faisant parti du 90em Bataillon 4em de Marche ancienne 8em Cie et étant chez moi malade de la variole, j’ai reçu jusqu’à la fin du mois présent ma paye de Gde Nationale sauf quelques erreurs ; j’ai oui dire que c’était le dernier paiement pour tous ; ne pouvant dans la position ou je suis, rester sans secours ; je viens par la présente vous prier de vouloir bien m’indiquer la marche à suivre pour obtenir un subside si toute fois la Gde Nationale n’est plus payé.
Veuillez je vous prie Monsieur le Maire faire réponse à un de vos serviteur.
Votre dévoué Ene Michel. »

Images : 2 lettres de demande de secours adressées au maire du 17e arrondissement par des gardes nationaux, 21 et 28 janvier 1871, VD3 15. 

Lettre de demande de secours adressée au maire du 17e arrondissement par un garde national, 21 janvier 1871. Archives de Paris, VD3 15.

Lettre de demande de secours adressée au maire du 17e arrondissement par un garde national, 28 janvier 1871. Archives de Paris, VD3 15.