Guerre franco-prussienne de 1870-1871 : 150 ans

Laissez-passer délivré à M. Heurtier pour qu'il puisse concourir aux travaux de défense de Paris  et pour circuler librement sur les fortifications. Archives de Paris, 6AZ 2, dossier 102, pièce 1.

Le 19 juillet 1870, la France entame contre la Prusse une guerre qui aura des répercussions durables sur le pays, l’Europe et le monde. Nous commémorons cette année les 150 ans de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, un conflit parfois méconnu, pourtant fondateur, suivi bien sûr des commémorations des 150 ans de la Commune de Paris en 2021.

Tout au long de cette année, nous vous ferons découvrir les nombreuses et diverses ressources relatives à cette période conservées aux Archives de Paris, à travers des dates clefs ou des documents insolites. Inventaire non exhaustif mais illustré, retrouvez chaque semaine ces documents dans cette rubrique.

Bonnes découvertes à vous !

19 janvier 1871 : deuxième bataille de Buzenval, dernier espoir militaire français

Lettre par ballon monté donnant les détails de la bataille de Buzenval lors du siège de Paris, 21 janvier 1871. Archives de Paris, 10AZ 513.

Le 18 janvier 1871, le roi de Prusse Guillaume Ier est couronné empereur d’Allemagne dans la galerie des glaces du palais de Versailles. Le lendemain, le général Trochu prend l’initiative d’une seconde sortie en direction de Versailles, sur les communes de Rueil-Malmaison et Garches. Trochu espère ainsi calmer la frange la plus belliciste de la population parisienne, dans un contexte politique déjà très tendu. Cette seconde bataille de Buzenval se solde par une nouvelle défaite, cinglante et sanglante, aux conséquences politiques lourdes : elle exacerbe les dissensions entre les partisans de la paix et ceux de la résistance à outrance, que l’on retrouve majoritairement dans les rangs de la Garde nationale. Deux jours plus tard, le 21 janvier, le général Trochu, qui conserve la présidence du gouvernement de la Défense nationale, quitte ses fonctions de gouverneur militaire de Paris. Ces dernières échoient au général Joseph Vinoy.

La bataille de Buzenval est la dernière tentative du gouvernement pour mettre fin au siège de Paris par les armes. Le même jour dans la capitale, le pain commence à être rationné.

Les Archives de Paris conservent dans les fonds privés la lettre émouvante d’un jeune soldat engagé dans cette bataille à sa sœur Amélie, réfugiée à Spa en Belgique. Elle peut sembler de prime abord difficilement lisible. Cela est dû à la finesse du papier sur laquelle elle est rédigée : cette lettre a en effet été envoyée par ballon, et répond à des contraintes de poids. Pour autant, elle mérite que l’on s’y attarde : le jeune Gaston y narre avec sobriété sa participation « au feu ». En marge de ce récit, il rend compte, entre espoir et désillusion, des conditions de vie rendues difficiles par les nombreuses pénuries, mais aussi de l’entraide qui s’organise pour la survie du groupe. Le ton placide sur lequel il annonce enfin à sa sœur le décès d’une connaissance commune trahit à quel point la mort fait désormais partie du quotidien des Parisien.ne.s assiégé.e.s.

 

Paris 21 janvier (n°28). Ma chère Amélie, je n’ai pas couru de bien grands dangers à la journée d’avant-hier, qui doit faire époque dans l’histoire du siège de Paris. Sans chercher à me distinguer pour mon premier feu, j’espère avoir agi aussi bien que beaucoup d’autres, et pour la fatigue d’avoir porté mon sac dans les vignes et les champs d’asperges en arrière du Mont Valérien, mes pauvres épaules me rendent témoignage. Tu verras sur une carte détaillée l’endroit où nous avons donné dès 8 heures du matin, jeudi, si tu aperçois le Château de Buzanval [sic], entre Rueil et Garches. Nous ignorions absolument ce qui avait lieu du côté de Montretout (à notre gauche) et du côté de la Bergerie (à notre droite). Mais sans être un grand stratégiste, il était aisé de deviner que notre rôle était secondaire. Une artillerie imperceptible (en dehors du Mont Valérien) nous soutenait, et on n’a jamais songé à dépasser de beaucoup le mur du Château de Buzanval. Au-delà, ce sont des pentes boisées où l’ennemi se cache avec l’astuce qu’on sait. Dès 3 heures, notre rôle était fini. La mobile du Loiret et un peu de ligne ont fait le coup de feu comme à la parade, et, à la nuit je rentrais avec mon capitaine, avec M. Berryer, et cinquante autres, à Neuilly, où nous avions eu un gîte de courte durée l’autre nuit. Hier, à onze heures du matin, on a repris le chemin de Paris, mais que ces défilés de troupes sont longs et fatigants. Il était 5h ½ quand j’ai sonné au logis. J’y ai trouvé nombreuse société, Charles ayant accepté mon offre pour tous les siens : Joseph et Titon sont venus, un peu émus l’un et l’autre. Chacun apporte son pain à dîner. Charles même a apporté du bois, et va courageusement passer plusieurs heures à Plaisance chaque jour, malgré les obus. Les nouvelles de l’armée de Chanzy et le rationnement du pain étaient les conversations du jour, autant que la journée de jeudi. On a vraiment le vertige quand on rédige les bulletins militaires. Il semble que la plus humble surnuméraire s’y emploierait mieux. Espérons encore que la Providence ne nous a pas condamnés à voir le Prussien à Paris et que l’effort surhumain comme dit Mgr Darboy, ne nous sera pas refusé.

La veuve de M. Delapalme est décédée ces jours-ci.

Le papier est si fin que je craindrais de rendre la suscription illisible si je ne m’arrêtais ; embrassant Papa de tout cour [sic]. Ton frère affectionné, Gaston.

Cam. de Baulny sort d’ici. Il monte la garde (comme Jules) au point du jour, poste fort dangereux.

 

Images : Lettre par ballon monté donnant les détails de la bataille de Buzenval lors du siège de Paris, 21 janvier 1871. Archives de Paris, 10AZ 513.

Lettre par ballon monté donnant les détails de la bataille de Buzenval lors du siège de Paris, 21 janvier 1871. Archives de Paris, 10AZ 513.

Lettre par ballon monté donnant les détails de la bataille de Buzenval lors du siège de Paris, 21 janvier 1871. Archives de Paris, 10AZ 513.

Lettre par ballon monté donnant les détails de la bataille de Buzenval lors du siège de Paris, 21 janvier 1871. Archives de Paris, 10AZ 513.

13 janvier 1871 : dissensions politiques et administratives exposées dans la presse

Lettre autographe de Jules Ferry, maire de Paris, destinataires inconnu, 13 janvier 1871. Archives de Paris, 3AZ 6, dossier 161, pièce 8.

À la mi-janvier 1871, les bombes prussiennes continuent de s’abattre sur la capitale assiégée. Des mesures de secours sont progressivement mises en place par le gouvernement de la Défense nationale. Un décret paru au Journal officiel, le 12 janvier 1871, stipule par exemple que les victimes civiles du bombardement seront assimilées aux victimes militaires du conflit. D’autres mesures reposent sur le concours de la préfecture de Police, avec l’affectation de gardiens de la paix dans chaque arrondissement. Cette dernière est cependant rejetée par Louis Asseline, maire du 14e arrondissement, homme de lettre libre penseur et républicain radical. C’est ce que révèle cette lettre envoyée le 13 janvier 1871 par Jules Ferry, alors en charge de l’administration du département de la Seine et de la ville de Paris, écrite en réaction à un article paru le jour-même dans le journal L’Univers (consultable en ligne sur le site de la BnF Gallica.fr : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k698612j/f1.item.zoom, colonne de droite). L’article met en cause la décision d’Asseline de supprimer une prime destinée aux instituteurs.trices de son arrondissement, prime qui n’avait pas, par ailleurs, été versée avec beaucoup de régularité, si l’on en croit le journaliste. Il est toutefois établi que, dès sa réélection le 5 novembre 1870, Louis Asseline organise dans l’arrondissement dont il a la charge un service des secours et des subsistances par ailleurs largement documenté dans le fonds des mairies d’arrondissement conservé aux Archives de Paris. S’agit-il d’une dispute politique ou idéologique, d’une volonté d’indépendance, ou, comme le suggère Jules Ferry dans cette lettre en forme de démenti, d’un malentendu ? Ce dernier pourrait-il chercher à minimiser les désaccords entre la mairie centrale et certains maires d’arrondissements, dont pâtissent les administrés ?

Cette lettre autographe rend donc compte d’une situation tendue à plusieurs égards : les dissensions politiques et administratives se superposent à l’état d’urgence. Elle revêt également un caractère anecdotique lorsque Jules Ferry, futur ministre de l’Instruction publique à qui la IIIe République doit les grandes réformes de l’école, y exprime son intérêt pour « les enfants placés dans les écoles libres ».

 

Paris, le 13 janvier 1871

Mon cher monsieur,

Le ministre de l’Intérieur me fait savoir que le maire du 14e arrondissement a déclaré au Préfet de police qu’il ne recevrait pas deux gardiens de la paix, destinés à porter secours en cas d’accident causé par le bombardement. Le maire du 14e arrondissement est un esprit trop sage et trop exempt de préjugés pour repousser la coopération inoffensive, et, dans l’esprit, vraiment bienfaisante, de deux agents de la Préfecture. Le ministre est, comme moi, convaincu qu’il ne peut surgir, à ce propos de difficultés sérieuses.

Vous avez dû retrouver l’Univers, et vous comprenez ce qui m’a ému. Il faut que cette lettre soit fausse, ou bien faussement présentée : l’hôtel de Ville ne vous a jamais rien refusé, et ce n’est pas sur l’instruction primaire que se porterait sa parcimonie. La dépense des enfants placés dans les écoles libres, c’est chose sacrée, et vous n’avez même pas besoin d’une autorisation expresse pour la continuer.

Recevez toute mes amitiés,

Jules Ferry


Image : lettre autographe de Jules Ferry, maire de Paris, destinataires inconnu, 13 janvier 1871. Archives de Paris, 3AZ 6, dossier 161, pièce 8.

11 janvier 1871 : rationnement du bois et des combustibles

Bon pour du bois émanant de la mairie du 8e arrondissement, 1871. Archives de Paris, VD6 1591.

Au cours de cet hiver 1870-1871 particulièrement rigoureux, les Parisien.ne.s, qui souffrent déjà de la disette, commencent à subir une nouvelle répercussion du siège des armées prussiennes : la pénurie des combustibles. Particuliers, écoles, bureaux, métiers et industries divers (boulangeries, blanchisseries, maréchaux-ferrants), tous peinent à se chauffer ou rencontrent des difficultés grandissantes pour exercer leur activité. Pour faire face, le gouvernement de la Défense nationale échelonne les mesures de soutien, notamment en nommant une Commission de répartition des combustibles. La mise en place de son action très progressive, comme pour le rationnement des denrées, s’opère en réaction aux événements, trahissant une absence d’anticipation aux raisons multiples. À partir de décembre 1870, les professionnels sont très étroitement contrôlés sur les quantités et la qualité des combustibles employés. La houille et la coke sont réquisitionnées à partir du 11 décembre et dès la semaine suivante, le bois et le charbon viennent à manquer. Les difficultés s’accumulent pour une population déjà bien éprouvée, malgré sa détermination à résister. La fin de l’année 1870, enfin, voit la mise en place d’un système de rationnement du bois, au moyen de coupons permettant de retirer un certain quota de combustibles mis à disposition sur des chantiers dédiés.

Les Archives de Paris conservent, dans le fonds des dossiers des mairies d’arrondissement, certains de ces bons, ainsi que des lettres adressées aux autorités municipales par des particuliers, des commerçants, voire des fonctionnaires, qui sont autant de témoignages de détresse. Ainsi la note envoyée au maire du 7e arrondissement par le service télégraphique de l’École militaire, le 15 janvier 1871, décrit : « Pour arriver à chauffer notre bureau, qui a service de jour et service de nuit, nous avons fait tout ce qui était humainement possible de faire ; tout ce qui n’était pas utile a été brulé. Aujourd’hui, demain au plus tard, nous serons sans chauffage ».

Images : administration communale, mairies d’arrondissement : lettre de la Commission de répartition des combustibles aux maires d’arrondissement, janvier 1871 ; lettre du traiteur Legendre au maire du 7e arrondissement, 9 janvier 1871 ; lettre de l’administration des lignes télégraphiques de l’École militaire au maire du 7e arrondissement, 15 janvier 1871 ; Archives de Paris, VD6 1566. Deux bons pour du bois émanant de la mairie du 8e arrondissement, 1871. Archives de Paris, VD6 1591. 

Lettre de la Commission de répartition des combustibles aux maires d’arrondissement, janvier 1871. Archives de Paris, VD6 1566.

Lettre du traiteur Legendre au maire du 7e arrondissement, 9 janvier 1871. Archives de Paris, VD6 1566.

Lettre de l'administration des lignes télégraphiques de l'École militaire au maire du 7e arrondissement, 15 janvier 1871. Archives de Paris, VD6 1566.

Bon pour du bois émanant de la mairie du 8e arrondissement, 1871. Archives de Paris, VD6 1591.

5 janvier 1871 : début du bombardement de Paris

Dommages subis par la propriété de M. Le Rosey à Auteuil, dessin joint à sa demande d’indemnisation, 1er juillet 1871. Archives de Paris, PLANS 6005.

Les premiers jours de l’année 1871 voient l’étau se resserrer sur Paris et sur le gouvernement de la Défense nationale. Après plus de trois mois de siège, les armées prussiennes commencent à bombarder la capitale. Les premiers obus s’abattent le 5 janvier sur la rive gauche, dans le 5e arrondissement.

Les destructions provoquées par la guerre franco-prussienne puis par les affrontements entre fédérés et Versaillais pendant la Commune sont assez bien renseignés aux Archives de Paris. Après les événements, plusieurs mesures sont en effet mises en place par le gouvernement pour dédommager les victimes de dégradations immobilières et mobilières, les particuliers ou entreprises ayant eu à subir des pertes commerciales, notamment dues aux réquisitions, ou dans le cas de loyers impayés. L’abondante documentation résultant de ces démarches, et de celles, identiques, relatives à d’autres conflits, est conservée dans la série des dommages de guerre, cotée DR6, dont ce plan a été extrait pour être conditionné à plat.

On ignore s’il se rapporte à des destructions survenues pendant le premier ou le second siège de Paris ; il a toutefois le mérite de retranscrire visuellement les nombreuses descriptions que l’on retrouve dans ces dossiers de demande d’indemnisation. Il illustre ainsi de manière frappante les dégradations subies par les Parisien.ne.s et leurs conséquences sur leur quotidien et leurs conditions de vie.

Image : dommages subis par la propriété de M. Le Rosey à Auteuil, dessin joint à sa demande d’indemnisation, 1er juillet 1871. Archives de Paris, PLANS 6005.

28 décembre 1870 : " appel à l'esprit de solidarité de la population civile "

Lettre de Jules Ferry, membre délégué du gouvernement délégué à la mairie de Paris, au maire du 7e arrondissement, 28 décembre 1870. Archives de Paris, VD6 1566.

Au cœur de ce rude hiver 1870-1871, alors que la capitale est assiégée depuis plus de 3 mois et que les Parisien.ne.s font face à toujours plus de privations, un appel est lancé dans le Journal Officiel du 28 décembre 1870. Le gouvernement de la Défense nationale y enjoint les habitants de la capitale à faire don aux soldats français, souffrant du froid, de tous les vêtements chauds dont ils pourront se séparer. Dans cette lettre, Jules Ferry demande au maire du 7e arrondissement de relayer cet « appel à l’esprit de solidarité de la population  civile » par voie d’affichage, afin qu’il touche un plus grand nombre de personnes. Si certains foyers ont en effet les moyens de répondre à cet appel patriotique, on ne peut qu’imaginer la réaction des Parisien.ne.s les plus modestes qui connaissent précisément les mêmes difficultés que les soldats, faisant face à la faim et au froid, alors que les combustibles seront bientôt rationnés.  

Image : administration communale, mairies d’arrondissement : lettre de Jules Ferry, membre délégué du gouvernement délégué à la mairie de Paris, au maire du 7e arrondissement, 28 décembre 1870. Archives de Paris, VD6 1566.

Lettre de Jules Ferry, membre délégué du gouvernement délégué à la mairie de Paris, au maire du 7e arrondissement, 28 décembre 1870. Archives de Paris, VD6 1566.

21 décembre 1870 : deuxième bataille du Bourget

Lettre d’Augustin Caresme à sa mère, 30 janvier 1871. Archives de Paris, VD3 18.

Le 21 décembre 1870, la seconde tentative des armées françaises pour reprendre le petit village du Bourget se solde par une nouvelle défaite, lourde de conséquences pour le moral des Parisien.ne.s assiégé.e.s. Comme lors de la première bataille du Bourget les 28, 29 et 30 octobre 1870, on déplore de nombreux tués et blessés, ainsi que des prisonniers.

Les conditions de détention des soldats français en Prusse nous sont connues grâce aux documents conservés aux Archives de Paris. Le 30 octobre 1870, Augustin Caresme, de la garde mobile, est capturé par l’ennemi au Bourget. Son nom figure sur la liste des hommes tués, blessés ou prisonniers publiée ici dans l'article "28 octobre 1870 : la bataille du Bourget". En janvier 1871, il écrit à sa mère pour lui donner de ses nouvelles. Quelques mois plus tard, la lettre est jointe au dossier de son frère Eugène, décédé des suites de ses blessures en avril 1871, dans le cadre d’une commission  d’enquête  sur  les  citoyens  gardes  tués  blessés et disparus pour la défense de la Commune, sans doute pour étayer une demande de secours adressée par leur mère à ladite commission.  

« Erfurt le 30 janvier 1871

Ma mère,

Je técrit ces quelques mots pour te faire savoir ma position je suis prisonnier jai apris que lon pourais écrire à paris et je me suis mit a écrire pour te donner de mes nouvelles depuis trois mois que je suis la on nous fais travailler avec 24 degrés de froid et 4 pieds de neige nous couchons dans des baraque en planche et sur la paille et quand a la nouriture nous avons du riz et de lorge et lon touche un pain tous les quatre jours.

Je ne peux ten mettre d’avantage parce que lon lit les lettres et jespère bientôt revenir vers le mois de mars, Je fini ma lettre en tembrasant de tout cœur et embrasse bien M. Houel pour moi et souhaite le bonjour a toutes les personne que tu connais. »

Images : Commission d’enquête sur les citoyens gardes tués blessés et disparus pour la défense de la Commune, dossier individuel d’Eugène Carême : lettre d’Augustin Caresme à sa mère, 30 janvier 1871 ; note aux membres de la commission d’enquête du 17e arrondissement, circa avril-mai 1871. Archives de Paris, VD3 18.

Lettre d'Augustin Caresme à sa mère, 30 janvier 1871, recto. Archives de Paris, VD3 18.

Lettre d'Augustin Caresme à sa mère, 30 janvier 1871, verso. Archives de Paris, VD3 18.

Lettre d'Augustin Caresme à sa mère, 30 janvier 1871, enveloppe. Archives de Paris, VD3 18.

Commission d’enquête sur les citoyens gardes tués blessés et disparus pour la défense de la Commune, dossier individuel d’Eugène Carême : note aux membres de la commission d’enquête du 17e arrondissement, circa avril-mai 1871. Archives d

17 décembre 1870 : vol de denrées dans un entrepôt municipal

Lettre de Georges Clémenceau, maire du 18e arrondissement, à un commandant de la garde nationale, 17 décembre 1870. Archives de Paris, 5AZ 1, dossier 39.

La fin – ou la faim – justifie-t-elle les moyens ? En décembre 1870, Georges Clémenceau, fraîchement élu maire du 18earrondissement, est alerté sur un vol de denrées dans un entrepôt municipal, vraisemblablement perpétré par les hommes chargés d’en assurer la garde. Déterminé à ne pas laisser au seul profit de quelques-uns ce qui doit bénéficier au plus grand nombre, Clémenceau s’adresse au commandant du bataillon de la garde nationale auxquels les auteurs supposés du larcin appartiennent, afin que ces derniers soient poursuivis pour leur délit. Cette lettre autographe de celui qui n’est pas encore « le Tigre » nous renseigne sur un obstacle supplémentaire au bon approvisionnement des Parisien.ne.s.

Citoyen Commandant,

J’ai l’honneur de vous informer que les hommes de garde hier au poste municipal du Boulevard Ornano 94 ont volé 75 kilogr de pois secs qui se trouvaient à l’entrée du magasin municipal sis Boulevard Ornano 95.

Ce poste a été institué pour garder le magasin municipal où se trouvent des approvisionnements assez considérables. Quelques sacs de pois secs ont malheureusement été saisis à la porte du magasin hier soir. Les sacs ont été déchirés à coup de baïonnettes pendant la nuit et les pois n’ont pu être dérobés que par les hommes qui ont successivement monté la garde pendant la nuit à la porte du dit magasin.

Les hommes appartiennent à votre bataillon, mais j’ignore le numéro de la compagnie. Veuillez, je vous en prie, me la faire connaître au plus tôt.

J’écris à l’amiral, Commandant le 4e secteur pour lui demander si je dois poursuivre ces hommes correctionnellement ou s’ils sont passibles d’un conseil de guerre.

Je suis déterminé à pousser cette affaire.

J’espère, citoyen commandant, que vous voudrez bien m’honorer d’une prompte réponse.

Salut et fraternité.

Images : archives privées : lettre de Georges Clémenceau, maire du 18e arrondissement, à un commandant de la garde nationale, 17 décembre 1870. Archives de Paris, 5AZ 1, dossier 39.

Lettre de Georges Clémenceau, maire du 18e arrondissement, 17 décembre 1870. Archives de Paris, 5AZ 1, dossier 39. Page 1.

Lettre de Georges Clémenceau, maire du 18e arrondissement, 17 décembre 1870. Archives de Paris, 5AZ 1, dossier 39. Page 2.

Décembre 1870 : andouillette de cheval

Lettre du ministre de l’Agriculture et du commerce au maire du 4e arrondissement, 16 décembre 1870. Archives de Paris, VD6 1506.

Nous avons déjà évoqué les difficultés d’approvisionnement en viande que rencontrent les Parisien.ne.s assiégé.e.s pendant l’hiver 1870, alors qu’elle constitue à cette époque la base de l’alimentation. De nombreux documents conservés aux Archives de Paris illustrent les régimes alternatifs auxquels la population est contrainte, quand elle peut effectivement se permettre d’acheter de la viande.

L’un des exemples les plus parlants est celui du cheval, dont la viande était jusqu’alors dédaignée par la population. Cependant, l’animal est rapidement jugé assez digne pour prendre place sur les tables bourgeoises, faute de mieux. En témoigne cette lettre adressée le 16 décembre 1870 par le cabinet du ministre de l’Agriculture et du commerce au maire du 4e arrondissement, pour l’informer de la mise à sa disposition d’abat chevalins, destinés à la fabrication d’andouillette par les boucheries municipales. Ce document laisse imaginer la qualité des pièces qui reviennent aux ménages les plus humbles si « ces produits inférieurs, qui jusqu’à présent étaient sans valeur » font désormais l’objet d’une spéculation qu’il convient de surveiller.

Image : administration communale, mairies d’arrondissement : lettre du ministre de l’Agriculture et du commerce au maire du 4e arrondissement, 16 décembre 1870. Archives de Paris, VD6 1506.

Lettre du ministre de l’Agriculture et du commerce au maire du 4e arrondissement, 16 décembre 1870. Archives de Paris, VD6 1506.

Décembre 1870 : appel à la charité pour nourrir les écoliers

Lettre du maire du 17e arrondissement au ministre demandant des bons de denrées à prix réduit, 3 décembre 1870. Archives de Paris, VD6 2360.

Durant l’automne et l’hiver 1870, pour bien des familles accablées par les pénuries alimentaires et la pauvreté, les déjeuners fournis le midi par la cantine de l’école ou dans les salles constituent le seul moyen de nourrir les enfants. La survie repose alors sur l’entraide et la charité, que l’établissement soit communal ou religieux.

Certains documents conservés aux Archives de Paris témoignent de cette détresse. C’est le cas des demandes de secours adressées par le personnel des écoles aux mairies d’arrondissement, puis des maires eux-mêmes aux différents ministères, ou bien encore des tableaux chiffrés rendant compte de l’usage qui est fait des maigres sommes allouées aux dépenses de subsistance. On constate ainsi qu’entre la fin du mois de novembre et le début du mois de janvier, les instituteurs de l’école protestante pour garçons de Pentemont, située au 106 rue de Grenelle dans le 7e arrondissement, sont parvenus à nourrir les enfants pour la somme de 0,08 fr par élève et par jour, soit 0,16€ actuels.

Images : administration communale, mairies d’arrondissement : lettre du maire du 17e arrondissement au ministre pour demander des bons de denrées à prix réduit, 3 décembre 1870 ; lettre du maire du 17e arrondissement au ministre de l’Agriculture et du commerce pour réclamer des bons de denrées permanents à prix réduits, 13 décembre 1870. Lettre du maire du 17e arrondissement au directeur de l’école de la rue Leconte sur la mise à disposition de bons de pains et de fourneaux, 26 décembre 1870. Archives de Paris, VD6 2360. Compte-rendu des dépenses adressé par un instituteur de l’école de Pentemont au maire du 7e arrondissement, leur bienfaiteur, 2 janvier 1870. Archives de Paris, VD6 1566.

Lettre du maire du 17e arrondissement au ministre demandant des bons de denrées à prix réduit, 3 décembre 1870. Archives de Paris, VD6 2360.

Lettre du maire du 17e arrondissement au ministre de l’Agriculture et du commerce pour réclamer des bons de denrées permanents à prix réduits, 13 décembre 1870. Archives de Paris, VD6 2360.

Lettre du maire du 17e arrondissement au directeur de l’école de la rue Leconte sur la mise à disposition de bons de pains et de fourneaux, 26 décembre 1870. Archives de Paris, VD6 2360.

Compte-rendu des dépenses adressé par un instituteur de l’école de Pentemont au maire du 7e arrondissement, 2 janvier 1870. Archives de Paris, VD6 1566. Page 1.

Compte-rendu des dépenses adressé par un instituteur de l’école de Pentemont au maire du 7e arrondissement, 2 janvier 1870. Archives de Paris, VD6 1566. Page 2.

Décembre 1870 : grande boucherie canine et féline

« Grande boucherie canine et féline », 9 décembre 1870, collection Saffroy. Archives de Paris, D30Z 1.

En décembre 1870 s’installe sur la capitale un hiver particulièrement rigoureux. La viande, déjà rationnée depuis le mois d’octobre, manque désormais totalement. Cette pénurie ne touche bien sûr pas toutes les classes de la population. Les plus riches trouvent encore, même en janvier 1871, de quoi se fournir au marché noir, notamment grâce aux animaux du Jardin d’Acclimatation (et non du Jardin des Plantes comme l’on a pu le lire). Les Parisien.ne.s les moins fortuné.e.s, c’est-à-dire une vaste majorité de la population, se nourrissent de ce qu’ils peuvent trouver. C’est le temps du civet de rat et des boucheries canines et félines. Ces récits renvoient aujourd’hui à l’imaginaire de la disette pendant le siège. Pourtant, au-delà de leur caractère anecdotique, ils apportent un éclairage essentiel sur la colère des Parisien.ne.s à l’annonce de la capitulation française et sur la volonté de certain.e.s de ne pas baisser les armes ; cette capitulation qui invalide les privations et les souffrances des habitants les plus humbles de la capitale, les renvoyant à l’état de simples anecdotes de l’Histoire.

Les Archives de Paris conservent dans les fonds d’origine privée un document qui permet de saisir la montée des dissensions au sein de la population parisienne, cristallisée par les nouvelles contraintes alimentaires. Si les plus pauvres ne parviennent plus, depuis longtemps déjà, à mettre de la viande dans leur assiette, certains peuvent espérer manger du chien ou du chat. En ce début décembre 1870, les plus riches considèrent encore avec dédain la consommation de ces animaux de compagnie. Objet de raillerie dans les journaux à cause de la provenance de sa marchandise, le boucher Henri Carteret se défend et répond, avec fierté et audace. La teneur de son récit, que précède la mention « Résistance à outrance », et ses tournures ironiques, montrent une autre physionomie de la lutte des classes.

Images : « Grande boucherie canine et féline », réponse d’Henri Carteret à la Gazette des tribunaux. 9 décembre 1870, collection Saffroy. Archives de Paris, D30Z 1.

« Grande boucherie canine et féline », 9 décembre 1870, collection Saffroy. Archives de Paris, D30Z 1. Page 1.

« Grande boucherie canine et féline », 9 décembre 1870, collection Saffroy. Archives de Paris, D30Z 1. Page 2.

« Grande boucherie canine et féline », 9 décembre 1870, collection Saffroy. Archives de Paris, D30Z 1. Page 3.

12 novembre 1870 : les ballons du siège de Paris

Mairie du 2e arrondissement, communiqué du gouvernement de la défense nationale concernant le Daguerre, ayant quitté Paris le 12 novembre 1870, décembre 1870. Archives de Paris, VD6 971.

Coupés du monde extérieur pendant 5 mois, les Parisien.nes assiégé.es ont dû faire preuve d’ingéniosité pour maintenir les communications avec la province et l’étranger. À partir du 19 septembre, les voies terrestres et fluviales sont barrées par l’ennemi prussien, et les liaisons télégraphiques coupées. Nous évoquions déjà le recours aux pigeons, aux boules de Moulins et aux ballons. Inventés par les frères Montgolfier en 1783 et déjà employés pendant la Révolution, les ballons sont utilisés dès les premiers jours du siège : le 23 septembre, le Neptune s’envole depuis Montmartre, chargé de missives officielles et du courrier personnel des Parisien.nes. Le second décolle deux jours plus tard : il emporte à son bord 300 kg de dépêches et 3 pigeons de la société colombophile L’Espérance. Grâce au retour des pigeons, le directeur des postes et les membres du gouvernement de la défense nationale sont informés que le procédé fonctionne. Les ballons du siège de Paris sont gonflés avec le gaz d’éclairage. Ils ne sont bien sûr pas infaillibles. Tributaires des éléments et des conditions atmosphériques, certaines traversées se révèlent très dangereuses. D’autres n’aboutissent pas ou atterrissent sur les lignes ennemis.

Dans le même temps, le directeur des postes et les membres de L’Espérance collaborent pour développer l’envoi de courrier par pigeons messagers, mais ces derniers ne peuvent transporter plus d’un gramme attaché à leurs plumes, sous peine d’entraver leur vol. C’est la photographie qui procure la solution à ce problème de poids. Dans un premier temps, le chimiste Charles-Louis-Arthur Barreswil (1817-1870) a l’idée d’employer un procédé photographique pour réduire la taille d’écriture des dépêches. Celles-ci sont ensuite déchiffrées avec un microscope. Puis, le 12 novembre 1870, deux ballons quittent Paris, justement nommés le Daguerre et le Niepce, en hommage aux deux pionniers français de la photographie. Si le Daguerre atterrit en catastrophe sur les lignes prussiennes, à seulement 42 km de Paris, le Niepce, lui, parcourt 196 km avant de se poser à Coole, dans la Marne. À son bord, plus de 600 kg d’équipement de laboratoire et un certain René Dagron (1819-1900). Ce photographe et inventeur sarthois développe une technique de photographie microscopique pour l’impression de textes sur des feuilles de collodion, beaucoup plus minces que le papier ordinaire. Il est dès lors possible de concentrer sur un demi-gramme quelques 50 000 dépêches ! Utilisant sa méthode pour le courrier officiel comme pour les missives personnelles, Dagron va ainsi permettre l’envoi de quelques 115 000 lettres et dépêches. Pour autant, sur les 365 pigeons emmenés par ballon et renvoyés vers la capitale pendant la durée du siège, seuls 57 attendront leur but, arrivant parfois à destination après un important délai. Les dépêches sont à cet effet numérotées dans l’ordre chronologique de leur émission.

Tombés aux mains des Prussiens, les pigeons qui se trouvaient à bord du Daguerre vont servir à une tentative de désinformation de la part de l’ennemi. Deux d’entre eux reviennent en effet à Paris début décembre, annonçant des défaites françaises et l’acclamation des armées prussiennes par la population rurale. Mais ces billets ne trompent personne : ils sont rédigés dans un français aux accents germaniques et l’une d’elle, supposément en provenance de Rouen, porte la signature contrefaite d’André Lavertujon, alors même que celui-ci est en poste à Paris… Pour autant, cette opération infructueuse démontre l’importance des liaisons entre Paris et le reste du monde, que ce soit militairement ou pour maintenir le moral de la population et sa capacité à la résistance.

Les Archives de Paris conservent dans le fonds des mairies d’arrondissement les copies conformes de ces dépêches officielles contenant les rapports militaires. Après avoir été réceptionnées par les employés des postes et examinées par les services compétents du gouvernement, elles étaient en effet transmises aux maires d’arrondissement qui devaient à leur tour informer la population.

Images : mairies d’arrondissement : mairie du 2e arrondissement, communiqué du gouvernement de la défense nationale concernant le Daguerre, ayant quitté Paris le 12 novembre 1870, décembre 1870. Archives de Paris, VD6 971. « Le Ballon Poste, Journal du Siège de Paris, publié par les Départements et l’Étranger », n°13 du jeudi 15 décembre 1870. Archives de Paris, 8AZ 30, dossier 936.

Mairie du 2e arrondissement, communiqué du gouvernement de la défense nationale concernant le Daguerre, ayant quitté Paris le 12 novembre 1870, décembre 1870. Archives de Paris, VD6 971.

« Le Ballon Poste, Journal du Siège de Paris, publié par les Départements et l’Étranger », n°13 du jeudi 15 décembre 1870. Archives de Paris, 8AZ 30, dossier 936, recto.

« Le Ballon Poste, Journal du Siège de Paris, publié par les Départements et l’Étranger », n°13 du jeudi 15 décembre 1870. Archives de Paris, 8AZ 30, dossier 936, verso.

5 novembre 1870 : les Parisiens aux urnes

Mairie du 2e arrondissement, affiche pour l'élection municipale des 5 et 7 novembre, 4 novembre 1870. Archives de Paris, VD6 971.

Le 31 octobre 1870, quelques heures avant l’insurrection, les maires provisoires des 20 arrondissements, réunis à l’Hôtel de Ville, prennent la décision d’organiser des élections municipales, lesquelles doivent aboutir à l’élection démocratique d’un maire et de trois adjoints dans chaque arrondissement. Dans un premier temps, cette résolution n’est pas soutenue par Étienne Arago, maire de Paris, ni par le gouvernement de la défense nationale. Mais le soulèvement du 31 octobre, qui provoque la démission d’Arago, les rend nécessaires pour tempérer les poussées révolutionnaires d’une partie grandissante de la population parisienne.

Après le plébiscite qui a conforté le gouvernement dans son action, les Parisiens sont donc à nouveau appelés aux urnes, pour deux scrutins successifs : le 5 novembre, pour élire les maires d’arrondissement, et le 7, leurs trois adjoints.

Ces deux scrutins font l’objet de procès-verbaux semblables à ceux rédigés lors du plébiscite. Chaque arrondissement est divisé en sections, dont le nombre varie. Le suffrage est universel et masculin : les votants sont des hommes, âgés de plus de 21 ans et domiciliés depuis au moins 6 mois dans l’arrondissement. Si l’on observe ici encore les résultats rapportés par les procès-verbaux des 2e et 18e arrondissements, conservés dans le fonds des mairies d’arrondissement, le chiffre le plus frappant est celui de l’abstention : 40% pour le 18e, le chiffre monte jusqu’à 55% dans le 2e. Ce taux d’abstention élevé se retrouve sur l’ensemble du territoire parisien. Treize des 20 maires sont élus dès le premier tour, comme Pierre Tirard dans le 2e, Théodore Bonvalet dans le 3e, Anne-Charles Hérisson dans le 6e, Lazare Carnot dans le 8e, Jules Mottu dans le 11e ou encore Georges Clémenceau dans le 18e. Les arrondissements populaires de l’est parisien élisent quant à eux au deuxième tour deux personnalités importantes de l’insurrection du 31 octobre : Charles Delescluze dans le 19e et Gustave Flourens dans le 20e. L’élection de ce dernier, arrêté quelques jours plus tôt pour excitation à la guerre civile, est invalidée par le gouvernement.

Images : administration communale, mairies d’arrondissement : mairie du 2e arrondissement, affiche pour l’élection municipale des 5 et 7 novembre, 4 novembre 1870 ; procès-verbal du scrutin du 7 novembre 1870. Archives de Paris, VD6 971 et VD6 981. Mairie du 18e arrondissement, procès-verbal du scrutin du 5 novembre 1870. Archives de Paris, VD6 2452.

Mairie du 18e arrondissement, procès-verbal du scrutin du 5 novembre 1870. Archives de Paris, VD6 2452.

Mairie du 18e arrondissement, procès-verbal du scrutin du 5 novembre 1870. Archives de Paris, VD6 2452.

Mairie du 2e arrondissement, procès-verbal du scrutin du 7 novembre 1870. Archives de Paris, VD6 981.

Mairie du 2e arrondissement, procès-verbal du scrutin du 7 novembre 1870. Archives de Paris, VD6 981.

3 novembre 1870 : plébiscite pour le maintien du gouvernement de la Défense nationale

Mairie du 2e arrondissement, affiche du plébiscite du 3 novembre 1870. Archives de Paris, VD6 978.

Les conséquences du mouvement insurrectionnel du 31 octobre 1870 sont multiples. En premier lieu, l’événement provoque au sein du gouvernement des désaccords profonds qui engendrent des démissions, et un remaniement de facto. Les élections législatives, promises aux insurgés et nécessairement à l’échelle nationale, ne peuvent être organisées sans un armistice avec la Prusse. Adolphe Thiers voit son autorité renforcée à l’issue de cet épisode, mais se présente face à Bismarck en position de faiblesse, car ce dernier n’ignore pas la crise politique que traverse la France. L’impunité garantie aux insurgés par Edmond Adam, préfet de Police, est rejetée par plusieurs membres du gouvernement le 1er novembre et dès, plusieurs émeutiers sont arrêtés, dont Gustave Flourens. Enfin, la confiance du gouvernement dans la garde nationale est largement ébranlée et certains chefs de bataillon sont destitués, comme Jean-Baptiste Millière.

Mais dans l’immédiat, le gouvernement de la Défense nationale veut prévenir une nouvelle insurrection et s’assurer une certaine forme de légitimité, malgré l’impossibilité de tenir des élections législatives. On a donc recours au plébiscite, dont l’usage s’est répandu sous l’Empire. Le 3 novembre 1870, dans chacun des 20 arrondissements parisiens divisés en sections, les hommes se rendent dans leur bureau de vote afin de dire si oui ou non ils conservent leur confiance au gouvernement. Il est intéressant de noter, comme le permet le texte de cette affiche annonçant le plébiscite, que ce dernier s’adresse exclusivement aux Parisiens. C’est à eux seuls que l’on demande de statuer sur le sort d’un gouvernement qui dirige pourtant la nation entière. Certes, Paris est à cette heure une des villes souffrant le plus et le plus directement des conséquences de la guerre contre la Prusse. Mais c’est aussi une poudrière, et les craintes que le peuple de Paris inspire au gouvernement ont une influence directe sur ses décisions, en termes de politique intérieure et étrangère.

Les Archives de Paris conservent dans le fonds des mairies d’arrondissement les procès-verbaux du recensement des votes pour la plupart des arrondissements. Ils permettent de constater une certaine homogénéité des votes, même lorsque l’on compare des arrondissements très différents. Dans le 2e arrondissement, 89% des votants souhaitent le maintien du gouvernement. Dans le 18e arrondissement, le oui chute à 71%, mais reste toutefois majoritaire. Sur l’ensemble du territoire parisien, le oui l’emporte, avec 557 996 voix, contre 62 638 non. Ce résultat conforte les républicains dans leur volonté de punir la sédition.

Images : administration communale, mairies d’arrondissement : mairie du 2e arrondissement, affiche du plébiscite du 3 novembre et procès-verbal du vote, 1er et 3 novembre 1870. Archives de Paris, VD6 978. Mairie du 18e arrondissement, procès-verbal du vote, 3 novembre 1870. Archives de Paris, VD6 2452.

Mairie du 2e arrondissement, procès-verbal du vote, 3 novembre 1870. Archives de Paris, VD6 978.

Mairie du 2e arrondissement, procès-verbal du vote, 3 novembre 1870. Archives de Paris, VD6 978.

Mairie du 18e arrondissement, procès-verbal du vote, 3 novembre 1870. Archives de Paris, VD6 2452.

Mairie du 18e arrondissement, procès-verbal du vote, 3 novembre 1870. Archives de Paris, VD6 2452.

31 octobre 1870 : émeutes et insurrection à l'Hôtel de Ville

Dossiers de Ferdinand Hérold, concernant le gouvernement de la défense nationale : récit de l’insurrection du 31 octobre 1870. Archives de Paris, D1J 1, dossier 20.

La nouvelle de la défaite au Bourget arrive dans la capitale en même temps que celle de la capitulation, le 28 octobre, du maréchal Bazaine à Metz, où il était assiégé depuis le 20 août avec plus de 100 000 de ses hommes. Dans le même temps, Adolphe Thiers est envoyé à Versailles pour y mener des négociations avec Bismarck. Ce déplacement alimente la rumeur selon laquelle le gouvernement de la Défense nationale souhaite conclure un armistice, qui entrainerait une capitulation parisienne.

Dans la capitale en état de siège où une grande partie de la population est minée par les privations et s’impatiente devant l’inaction militaire du gouvernement, l’atmosphère explosive est palpable. Le lundi 31 octobre 1870, répondant à l’appel de Charles Delescluze, une large foule marche sur l’Hôtel de Ville pour manifester son opposition au général Trochu. Alerté, ce dernier convoque ses ministres à l’Hôtel de Ville, siège du gouvernement, pour un conseil exceptionnel ayant pour objet l’organisation rapide d’élections municipales à Paris. La quasi-totalité des ministres est donc réunie dans la salle du gouvernement lorsque la foule envahit l’Hôtel de Ville. Elle ne demande plus seulement des élections, elle exige la Commune. Pour autant, des discussions pacifiques s’engage ; plusieurs ministres s’adressent aux manifestants et le général Trochu les assure qu’il ne capitulera pas. Dans l’après-midi, aux alentours de 16h, les événements prennent une autre tournure lorsque Gustave Flourens, alors chef élu d’un bataillon de la garde nationale de Belleville, pénètre dans l’Hôtel de Ville : c’est l’insurrection. Rapidement rejoint par Auguste Blanqui, Jean-Baptiste Millière, Édouard Vaillant et Delescluze, Flourens proclame la chute du gouvernement et nomme les membres d’un comité de salut public mis en place jusqu’aux élections. Les ministres seront retenus prisonniers jusqu’à ce qu’ils consentent à présenter leur démission. Trochu et Ferry parviennent à s’échapper et organisent, depuis le Louvre, la marche conjointe sur l’Hôtel de Ville de plusieurs bataillons dits fidèles. Leur arrivée, en nombre, disperse la foule. Vers 3h du matin, après que Jules Favre ait promis des élections et Edmond Adam, préfet de Police, ait assuré aux insurgés qu’il n’y aurait pas de poursuites, le comité de salut public se disperse.

Bien que cette première sédition ne dure pas et se déroule sans violence, elle renverse cependant un équilibre déjà précaire. Si la Commune n’a, cette fois-ci, vécu que quelques heures, son idée, elle, perdure et ne cesse de grandir.

Les Archives de Paris conservent, dans le fonds des documents rentrés par voie extraordinaire, les papiers de Ferdinand Hérold. Né le 16 octobre 1828 dans ce qui est alors la commune de Neuilly-sur-Seine (annexée à Paris en 1860), ce brillant avocat est le fils du compositeur Louis-Joseph-Ferdinand Hérold (1791-1833). Fervent républicain, il se distingue sous l’Empire lors de grands procès politiques. Nommé secrétaire du gouvernement de la Défense nationale et secrétaire général du ministère de la Justice, il est présent à l’Hôtel de Ville lors de cette longue journée du 31 octobre 1870. Dans ses papiers, conservés sous la cote D1J 1, dossier 20, se trouve un récit sobre, factuel et plutôt optimiste de l’épisode insurrectionnel, vraisemblablement de sa plume. Ferdinand Hérold est nommé au Sénat, où il siège à gauche, en janvier 1876. Il meurt à Paris, le 1er janvier 1882.

Image : Dossiers de Ferdinand Hérold, concernant le gouvernement de la défense nationale : récit de l’insurrection du 31 octobre 1870. Archives de Paris, D1J 1, dossier 20.

Dossiers de Ferdinand Hérold, concernant le gouvernement de la défense nationale : récit de l’insurrection du 31 octobre 1870. Archives de Paris, D1J 1, dossier 20.

28 octobre 1870 : la bataille du Bourget

Garde nationale mobile, 14e bataillon, état nominatif des militaires tués, blessés ou faits prisonniers de guerre au Bourget pendant les journées des 28, 29 et 30 octobre 1870. Archives de Paris, VH4 2.

Le 28 octobre 1870, le général de Bellemare, commandant de Saint-Denis, envoie le commandant Rolland et 300 de ses hommes reprendre aux Prussiens Le Bourget. Le village n’est alors guère plus qu’une petite bourgade longeant la route de Flandre, et les bataillons ennemis, qui y sont postés en faible nombre, en sont rapidement chassés. Cependant, dès le 30 octobre, l’armée prussienne mène une contre-offensive de taille. Le gouvernement de la Défense nationale refuse une sortie massive. Rapidement encerclés à l’ouest, au nord, et au sud, les soldats français sont contraints battre en retraite. L’opération se solde par une lourde défaite. Dans les rangs français, beaucoup d’hommes sont fait prisonniers, quand ils ne sont pas blessés ou tués.

Si la guerre franco-prussienne est largement perçue comme un conflit du XIXe siècle à l’imagerie presque désuète, sa réalité est cependant bien plus sombre et moderne. En premier lieu, les deux forces en présence ne mènent pas la même guerre : les Allemands sont certes attaqués, mais ils ne se battent pas sur leur territoire, quand les populations civiles françaises sont, elles, directement touchées. Un ensemble de faits, associés dans l’imaginaire collectif aux grands conflits mondiaux du XXe siècle, apparaissent dès 1870 : chacun des protagonistes reproche à l’autre sa barbarie ; les exactions sont relayées par la presse et l’opinion publique internationale qui s’en émeuvent. Les populations civiles sont bombardées, à Strasbourg, Belfort ou Paris, et l’on se réfugie dans les caves. Enfin, les prisonniers français, dont le nombre dépasse tout ce que l’état-major prussien aurait pu anticiper, posent la question de leurs conditions de détention.

Les Archives de Paris conservent dans le fonds des «  Faits de guerre » de l’administration communale, coté VH4, un état nominatif des militaires appartenant au 14e bataillon de la garde nationale mobile, tués, blessés ou faits prisonniers de guerre au Bourget pendant les journées des 28, 29 et 30 octobre 1870. Cette liste, qui ne comprend pas moins de 7 feuillets, permet de saisir l’ampleur numéraire du phénomène.

Image : Administration communale, faits de guerre : garde nationale mobile, 14e bataillon, état nominatif des militaires tués, blessés ou faits prisonniers de guerre au Bourget pendant les journées des 28, 29 et 30 octobre 1870. Archives de Paris, VH4 2.

Garde nationale mobile, 14e bataillon, état nominatif des militaires tués, blessés ou faits prisonniers de guerre au Bourget pendant les journées des 28, 29 et 30 octobre 1870. Archives de Paris, VH4 2.

Garde nationale mobile, 14e bataillon, état nominatif des militaires tués, blessés ou faits prisonniers de guerre au Bourget pendant les journées des 28, 29 et 30 octobre 1870. Archives de Paris, VH4 2.

Garde nationale mobile, 14e bataillon, état nominatif des militaires tués, blessés ou faits prisonniers de guerre au Bourget pendant les journées des 28, 29 et 30 octobre 1870. Archives de Paris, VH4 2.

Garde nationale mobile, 14e bataillon, état nominatif des militaires tués, blessés ou faits prisonniers de guerre au Bourget pendant les journées des 28, 29 et 30 octobre 1870. Archives de Paris, VH4 2.

26 octobre 1870 : rationnement du gaz pour l'éclairage public et privé

Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine puis de Paris, 1870, n°10. Archives de Paris, D1K3 28.

La journée ordinaire d’un.e Parisien.ne pendant le siège est rythmée par la présence militaire et le son du tambour, mais elle s’articule principalement autour d’une préoccupation : trouver de quoi se nourrir. À 7h le matin a lieu dans les postes de garde la cérémonie des couleurs. On abaisse les pont-levis et on ouvre les portes. Une heure plus tard, le tambour bat de nouveau dans chaque arrondissement : les gardes nationaux prennent leur faction sur les remparts. Les commerces alimentaires ouvrent et pendant que les femmes piétinent dans des files d’attente interminables, les hommes vont aux nouvelles. Ces dernières arrivent de province et de l’étranger par ballon. L’après-midi vers 15h30 retentit à nouveau l’appel pour l’exercice de l’après-midi. À 17h, on hisse les pont-levis. Après la parution des dernières éditions des journaux vers 19h, chacun se hâte de rentrer chez soi. Nous l’avons évoqué ici, nombreuses sont les restrictions de tous ordres, mais les pénuries alimentaires sont celles qui affectent le plus le moral des assiégés, dans un premier temps du moins. On consomme rapidement de la viande de cheval, jusque-là dédaignée, mais bientôt aussi du chat (sous l’appellation de lapin), du chien, voire du rat. Le fromage a disparu des tables, le lait et le beurre sont des denrées de luxe. Les plus riches peuvent encore manger au restaurant ou se fournir au marché noir, moyennant des prix exorbitants. Cet approvisionnement parallèle occasionne de nombreuses dénonciations, qui nourrissent un climat de méfiance déjà largement alimenté par la crainte des espions.

À partir du 26 octobre 1870, le gaz fait également l’objet de règles de rationnement : dans les rues, un bec sur deux seulement (plus tard un sur quatre) est allumé et on décrète l’extinction des feux à partir de 22h30, heure à laquelle les bars et cafés ont ordre de fermer. On demande enfin aux particuliers de réduire de moitié le nombre des becs allumés ainsi que la hauteur de la flamme dans leurs habitations.

La bibliothèque patrimoniale des Archives de Paris conserve dans sa collection de publications officielles locales le « Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine puis de Paris » (RAA), coté D1K3. Tout comme le Bulletin officiel de la Ville de Paris (BOVP), autre grande référence parisienne en matière de publication officielle locale, il contient des textes à caractère réglementaire, qui couvrent tous les domaines : personnel administratif, voirie, alignements, état civil, recrutement, listes électorales, impôts, pompes funèbres, instruction publique, halles et marchés, garde nationale... Mais surtout, le RAA est publié depuis 1844, quand le BOVP ne paraît « que » depuis 1882. Le RAA constitue donc une typologie documentaire essentielle pour appréhender les dispositions prises par la préfecture et la municipalité parisienne pour administrer la ville pendant le siège ennemi.

Image : Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine puis de Paris, 1870, n°10. Archives de Paris, D1K3 28.

Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine puis de Paris, 1870, n°10. Archives de Paris, D1K3 28.

Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine puis de Paris, 1870, n°10. Archives de Paris, D1K3 28.

Octobre 1870 : conseils hygiéniques aux Parisiens assiégés

Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

À l’automne 1870, la vie quotidienne des Parisiens est bien sûr très impactée par l’état de siège. Dans la capitale, le quotidien se réorganise, encadré par les autorités municipales et le gouvernement de défense nationale, pour faire face aux nombreuses carences. Elles sont tout d’abord alimentaires. Nous l’avons vu, la viande, de bœuf notamment, se raréfie dès le début du mois d’octobre. L’obtention d’une ration de pain ou de lait nécessite plusieurs heures d’attente. Les pénuries touchent d’autres secteurs de la vie courante : la livraison de charbon en provenance des houillères du nord étant interrompue, les Parisiens ont d’abord recours au coke pour se chauffer, puis au charbon de bois lorsque celui-ci est réquisitionné par l’armée. On abat des arbres des bois de Vincennes et de Boulogne, du parc Monceau, avant de s’attaquer à ceux des grandes avenues et squares parisiens. Le trafic ferroviaire extra-muros est interrompu, la petite ceinture et les compagnies d’omnibus proposent un service très réduit dont l’heure d’interruption nocturne ne cesse d’être avancée au fil des mois. L’alimentation en eau potable est également compliquée par la coupure du canal de l’Ourcq et de l’aqueduc de la Dhuys. Toutes ces difficultés sont encore aggravées par l’afflux des populations réfugiées en provenance des communes limitrophes, telles Vincennes ou Asnières.

Avant même le début du siège, plusieurs mesures ont été mises en place pour le traitement des ordures ménagères et autres immondices, ainsi que pour le maintien général de la propreté, afin de préserver au mieux la ville d’une éventuelle épidémie. L’affichage des arrêtés et autres décrets informe les Parisiens des nouvelles règles de vie auxquelles ils doivent désormais se conformer ; mais cette voie de communication s’avère sans doute insuffisante, comme le suggère la publication, à la mi-octobre 1870, d’un recueil de « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège ». Vendu au profit des caisses de secours, ce petit fascicule rédigé par le Dr Onimus, à la demande du maire de Paris, compile informations et recommandations relatives à l’hygiène publique, l’alimentation, aux maladies en temps de siège, ainsi qu’aux soins à apporter aux blessés. Il est complété d’une note de l’inspecteur des eaux et égouts et d’un rapport de l’ingénieur en chef du service de la voie publique, eux-mêmes suivis des arrêtés municipaux concernant l’hygiène et la salubrité publiques.

Ces différents textes, qui se veulent didactiques et sérieux sans être alarmistes (conserver sa bonne humeur aide à rester en bonne santé, peut-on lire entre les lignes à la page 32), semblent s’adresser à la population parisienne dans son ensemble. Ils traduisent un désir de rassurer sur la compétence des autorités (notons l’autoritaire « on s’en occupe » de l’ingénieur en chef), mais trahissent cependant une certaine défiance de ses rédacteurs vis-à-vis du public auquel il s’adresse, probablement soupçonné, au mieux, d’indiscipline volontaire, au pire, de débauche et d’incapacité à se policer, même pour le bien commun.

Conservé dans le fonds de la bibliothèque patrimoniale des Archives de Paris sous la cote 4Eb 100, ce document est également accessible en ligne dans son intégralité sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5439553f.

Image : Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

19 octobre 1870 : état d'esprit des hommes à la veille de la première bataille de Buzenval.

Administration communale, faits de guerre : lettre du capitaine Flory, corps auxiliaire du génie militaire, au colonel Alphand, 19 octobre 1870. Archives de Paris, VH4 3.

Le 21 octobre 1870, le général Ducrot effectue, sur les ordres du gouverneur de Paris, une sortie dont le but est la reconquête des hameaux de Buzenval, de la Jonchère et de la Malmaison, afin de libérer la route de Versailles. Si l’opération n’est pas à proprement parler un échec, il ne s’agit pas non plus d’une victoire. Le camp français dénombre au terme de cette journée plus d’une trentaine de morts, ainsi que plusieurs centaines de blessés et de disparus. De surcroît, plusieurs pièces d’artillerie sont tombées aux mains des Prussiens. Mais surtout, l’état-major prussien n’a pas eu à lever le camp et occupe toujours Versailles et Saint-Nom-la-Bretèche.

Les Archives de Paris conservent, dans la section de l’administration communale, le fonds des « Faits de guerre », coté VH4 1-43. Outre des dossiers relatifs à la garde nationale, on y trouve de nombreux documents traitant de l’organisation du corps auxiliaire du génie militaire. Cette compagnie, formée sous Napoléon III, est placée sous les ordres du colonel Adolphe Alphand, directeur de la voie publique et des promenades pour la municipalité parisienne lorsque la guerre éclate. Elle est principalement chargée d’œuvrer à la consolidation et à l’entretien des fortifications. Mais cet ensemble documentaire présente un intérêt particulier car il contient des dossiers disciplinaires à l’encontre de certains officiers. Le cas du capitaine Fleury, relativement bien étayé, est révélateur d’un esprit dissident croissant parmi les hommes et d’une libération de la parole. Fleury se plaint par courrier adressé directement au colonel Alphand de ce qu’il estime être une mauvaise organisation du corps. Il critique particulièrement la nomination des officiers par l’état-major, quand ceux de la garde nationale sont élus par leurs hommes. Après la chute de l’Empire, cet état de fait semble inadmissible pour Fleury et ses hommes, dont il se fait le porte-parole. Il relaye par exemple leurs récriminations quant au montant et à la répartition de leur solde. Il dénonce ouvertement ce qu’il considère comme du népotisme, et l’incompétence qui en résulte. Il faut noter dans son dossier la présence de deux pétitions : elles témoignent de l’appétence grandissante des hommes pour l’expression démocratique. Le Capitaine Fleury sera finalement révoqué le 16 décembre 1870.

Images : Administration communale, faits de guerre : dossier disciplinaire du capitaine Flory, corps auxiliaire du génie militaire, légion Alphand, octobre-décembre 1870. Archives de Paris, VH4 3.

Administration communale, faits de guerre : lettre du capitaine Flory, corps auxiliaire du génie militaire, au colonel Alphand, 19 octobre 1870. Archives de Paris, VH4 3.

Administration communale, faits de guerre : pétition des hommes du corps auxiliaire du génie militaire pour le maintien du capitaine Fleury, octobre 1870. Archives de Paris, VH4 3.

Administration communale, faits de guerre : lettre du capitaine Flory, corps auxiliaire du génie militaire, au colonel Alphand, 19 octobre 1870. Archives de Paris, VH4 3.

Administration communale, faits de guerre : note du capitaine Flory, corps auxiliaire du génie militaire, sur le mécontentement des hommes, octobre 1870. Archives de Paris, VH4 3.

Administration communale, faits de guerre : révocation du colonel Fleury, 18 décembre 1870. Archives de Paris, VH4 3.

8 octobre 1870 : manifestation sur le parvis de l'Hôtel de Ville

Fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

Le 8 octobre 1870, vers 14h, deux à trois cents personnes se massent sur la place de l’Hôtel de Ville pour protester contre le gouvernement de Défense nationale. Cette foule répond à l’appel d’une affiche placardée en ville la veille, sans doute par le Comité central républicain des vingt arrondissements. Ce groupe politique, créé quelques jours après la chute de l’Empire et la proclamation de la IIIe République, a pour but la promotion de mesures sociales et politiques favorables aux classes populaires. Ce 8 octobre, donc, on réclame une meilleure gestion du rationnement, mais surtout des élections. Car le gouvernement de Défense nationale, qui succède à Napoléon III, n’a pas été élu par le peuple français...

Des cris appelant à « la Commune » se font entendre, mais très rapidement la Garde nationale intervient pour disperser la foule, ou plutôt l’absorber, aucune violence ni aucun heurt n’étant constaté et très vite le général Trochu et Jules Favre sont acclamés par les gardes nationaux et la population.

Cette manifestation n’est que peu documentée dans les fonds pourtant abondants concernant la Garde nationale conservés aux Archives de Paris. Elle est cependant relatée avec passion par Joseph Mairet. Né le 4 février 1818 à Dijon (Côte-d’Or), Mairet est typographe,  fondateur de la chambre syndicale de typographie. Arrivé à Paris en 1833, il participe à la révolution de 1848, et monte à nouveau sur les barricades après le coup d’état de Napoléon III en 1851. En 1870, alors âgé de 52 ans, il est mobilisé dans la Garde nationale et rattaché à l’état-major. Il tient, pendant toute la durée du siège, un journal qu’il complète de nombreux articles découpés dans la presse. En 1874, soit trois ans après les événements de la Commune, il revient sur ses écrits et ajoute des réflexions a posteriori, en vue d’en faire don à son beau-fils et ami. Son récit de la journée du 8 octobre est ainsi revu dans une analyse rétrospective pleine de désillusion. Il met également en regard des articles du « Siècle », journal républicain soutenant le gouvernement, et du « Combat », fondé pendant le siège par le journaliste et futur communard Félix Pyat, dont la confrontation vient nuancer le récit unidimensionnel d’un plébiscite unanime du gouvernement.

Ce « Journal du siège de Paris » est un très bel exemple de la profondeur que les fonds privés amènent aux archives publiques et donne une idée du travail de l’historien.ne dans son analyse des sources.

Images : fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, journée du 8 octobre 1870, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

Fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, journée du 8 octobre 1870, pages 111 & 112, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

Fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, journée du 8 octobre 1870, page 113, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

Fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, journée du 8 octobre 1870, pages 114 & 115, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

Fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, journée du 8 octobre 1870, pages 116 & 117, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

Fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, journée du 8 octobre 1870, page 118, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

7 octobre 1870 : Léon Gambetta quitte Paris par ballon

Affiche annonçant le départ par ballon de Léon Gambetta pour Tours, le 7 octobre 1870. Archives de Paris, 6AZ 2, dossier 102.

Le 7 octobre 1870, le ministre de l’Intérieur du gouvernement de Défense nationale, Léon Gambetta, s’envole depuis la place Saint-Pierre dans le 18e arrondissement de Paris, pour rejoindre la délégation gouvernementale de Tours, en application d’un décret datant du 4 octobre courant.
Il emporte avec lui une « proclamation » à l’adresse de la Province. Diffusé par voie d’affichage, ce discours qui s’adresse en réalité tout autant aux Parisiens qu’aux Français dans leur ensemble, a bien sûr pour but d’exalter et galvaniser la population pour soutenir la défense de la capitale et accepter les nombreux souffrances et sacrifices que ce soutien implique. Nous savons aujourd’hui que les travaux dont Paris est « hérissé » ne répondent pas tout à fait au qualificatif de « formidables », que la sédition n’est pas loin, et l’approvisionnement balbutiant.
Nous l’avons vu, en temps de guerre et a fortiori lorsque la capitale est assiégée, les choix rhétoriques et les symboles déployés par les autorités sont cruciaux. Le terme de « siège » n’est d’ailleurs jamais utilisé : on évoque un « investissement ». C’est à bord du ballon Armand Barbès que Gambetta franchit les lignes ennemies et rejoint l’Oise, dans un premier temps. Armand Barbès (1809-1870), militant républicain opposant à la Monarchie de Juillet, est alors récemment décédé, le 26 juin 1870, en exil volontaire à La Haye, aux Pays-Bas.

Pendant toute la durée du siège, la communication aérienne joue un rôle inédit. Il faut rappeler que les liaisons télégraphiques parisiennes ont été coupées par les Prussiens. Aussi l’envoi de courrier et l’évacuation des personnes ne peuvent s’opérer que par les airs. Outre les ballons, on emploie des pigeons pour acheminer des documents, ou encore de boules de Moulin. Si les pigeons ont fait leurs preuves et serviront à nouveau par la suite, notamment pendant la Première Guerre mondiale, des boules de Moulins, ces contenants en métal de forme sphérique envoyés depuis Moulins (Allier), sont quant à elles un échec technique : aucune ne parviendra jusqu’à la capitale, et on en retrouvait encore, en grande couronne, dans les années 1950.

Image : affiche annonçant le départ par ballon de Léon Gambetta pour Tours, le 7 octobre 1870. Archives de Paris, 6AZ 2, dossier 102.

6 octobre 1870 : instauration du rationnement de la viande

Fonds privés communaux : carte de rationnement du 2e arrondissement pour la viande, 1871 ; Archives de Paris, 6AZ 2, dossier 102.

Malgré les évaluations optimistes qui estiment les ressources suffisantes pour tenir cinq semaines, la viande vient rapidement à manquer dans Paris assiégé. Les files d’attente s’allongent devant les boucheries et le mécontentement grandit parmi la population. Les autorités municipales mettent en place le rationnement en viande le 6 octobre 1870, soit moins de trois semaines après le début du siège. Des boucheries municipales sont créées, sur lesquelles les mairies d’arrondissement exercent un contrôle minutieux. On délivre aux Parisiens des cartes de rationnement : ces dernières font état du nombre de portions auquel le porteur peut prétendre, mais indiquent également la date et le créneau horaire pendant lequel il convient de venir acheter sa viande (un jour sur trois à la fin du siège).

Ici encore, le fonds de l’administration communale, et notamment les dossiers des mairies d’arrondissement, se révèle une source essentielle pour appréhender la réalité du quotidien des Parisiens et les difficultés auxquelles ils font face pendant la durée du siège et au-delà. Adressée au maire du 2e arrondissement le 5 octobre 1870, soit la veille de l’entrée en vigueur des mesures de rationnement, cette lettre d’une administrée témoigne des conditions d’approvisionnement en dehors de toute régulation par les autorités. La liste des boucheries ouvertes du 2e arrondissement, renseignée des données de contrôle, est datée du 10 novembre. Mise à jour, quotidiennement, elle permet de suivre les fluctuations des quantités de viande reçues et vendues ainsi que les prix de vente pratiqués. Conservée dans le fonds des archives privées, la carte de rationnement montre que ce dernier dure bien au-delà de la signature de l’armistice et de la levée du siège en janvier 1871. Elle illustre enfin la complémentarité des fonds privés avec les archives administratives.

Images : administration communale, mairies d’arrondissement : lettre de Mme Desfours au maire du 2e arrondissement, 5 octobre 1870 ; liste des boucheries du 2e arrondissement, 10 novembre 1870 ; Archives de Paris, VD6 880. Fonds privés communaux : carte de rationnement du 2e arrondissement pour la viande, 1871 ; Archives de Paris, 6AZ 2, dossier 102.

Administration communale, mairies d’arrondissement : lettre de Mme Desfours au maire du 2e arrondissement, 5 octobre 1870. Archives de Paris, VD6 880 (page 1).

Administration communale, mairies d’arrondissement : lettre de Mme Desfours au maire du 2e arrondissement, 5 octobre 1870. Archives de Paris, VD6 880 (pages 2 et 3).

Administration communale, mairies d’arrondissement : liste des boucheries du 2e arrondissement, 10 novembre 1870 ; Archives de Paris, VD6 880 (recto).

Administration communale, mairies d’arrondissement : liste des boucheries du 2e arrondissement, 10 novembre 1870 ; Archives de Paris, VD6 880 (verso).

Fonds privés communaux : carte de rationnement du 2e arrondissement pour la viande, 1871 ; Archives de Paris, 6AZ 2, dossier 102.

29 septembre 1870 : milices et gardes urbaines

Administration communale, mairies d’arrondissement : arrêté de Joseph-Ernest Ribeaucourt, maire provisoire du 7e arrondissement, pour la mise en place d’une garde urbaine, 29 septembre 1870. Archives de Paris, VD6 1537.

Lors des premiers jours du siège de Paris, en septembre 1870, de nombreux troubles sont rapportés, en ville et aux abords de la capitale. Des individus franchissent par exemple les avant-postes pour se livrer, entre autres, au pillage des maisons abandonnées. Malgré les annonces quasi-quotidiennes du général Trochu et la mise en place de mesures répressives pour maintenir l’ordre, s’installe un climat de méfiance de tous envers chacun.

Aux côtés de la garde nationale mobile et sédentaire, l’apparition de nombreuses milices aux dénominations diverses témoigne de cette atmosphère délétère et explosive. Ainsi le 29 septembre 1870, le maire provisoire du 7e arrondissement, Joseph-Ernest Ribeaucourt, décrète la création d’une garde urbaine attachée à l’arrondissement. Constituée d’hommes de plus de 50 ans et/ou qui n’ont pas été intégrés à la garde nationale active, cette garde urbaine ne reçoit ni solde ni uniforme. Un simple képi doit servir de signe distinctif aux quatre compagnies, soit une pour chaque quartier. Elles sont placées sous l’autorité d’une hiérarchie militaire reconstituée, élue par les administrés de l’arrondissement.

Les Archives de Paris conservent, dans les dossiers des mairies d’arrondissement, de nombreuses traces de la gestion des milices, gardes urbaines et corps-francs, ainsi que des efforts déployés par les autorités pour tenter de les encadrer : listes de noms, élections des chefs de bataillons dans les locaux municipaux, revues d’effectifs... Ce fonds de l’administration communale, coté VD6, représente une source essentielle pour l’histoire administrative, sociale et politique locale. Pour retrouver l'inventaire complet de ce fonds, rendez-vous sur notre site internet : http://archives.paris.fr/a/276/mairies-d-arrondissement/.

Images : administration communale, mairies d’arrondissement : arrêté de Joseph-Ernest Ribeaucourt, maire provisoire du 7e arrondissement, pour la mise en place d’une garde urbaine, 29 septembre 1870. Archives de Paris, VD6 1537.

Administration communale, mairies d’arrondissement : arrêté de Joseph-Ernest Ribeaucourt, maire provisoire du 7e arrondissement, pour la mise en place d’une garde urbaine, page 1, 29 septembre 1870. Archives de Paris, VD6 1537.

Administration communale, mairies d’arrondissement : arrêté de Joseph-Ernest Ribeaucourt, maire provisoire du 7e arrondissement, pour la mise en place d’une garde urbaine, page 2, 29 septembre 1870. Archives de Paris, VD6 1537.

Administration communale, mairies d’arrondissement : arrêté de Joseph-Ernest Ribeaucourt, maire provisoire du 7e arrondissement, pour la mise en place d’une garde urbaine, page 3, 29 septembre 1870. Archives de Paris, VD6 1537.

20 septembre 1870 : message du général Trochu

Affiche du 20 septembre 1870. Archives de Paris, ATLAS 509 (affiche n°135)

Au lendemain de l’arrivée des armées prussiennes aux portes de Paris, le général Trochu, gouverneur de Paris et président du gouvernement de la Défense nationale, fait le serment public d’une résistance acharnée. Il s’agit avant tout, bien sûr, de rassurer la population, que l’on a exhortée dès la veille à faire preuve de courage. Dans le même temps, Trochu instaure la loi martiale dans Paris et ordonne la répression des « soldats indisciplinés et démoralisés qui y portent l’inquiétude et le trouble ».

Subir un état de siège est une affaire de moral – et donc de propagande - tout autant que d’armement. Et les Parisiens, que le 19e siècle a déjà vu se soulever plusieurs fois, inquiètent déjà la toute jeune République…

Image : affiche du 20 septembre 1870. Archives de Paris, ATLAS 509 (affiche n°135)

Affiche du 20 septembre 1870. Archives de Paris, ATLAS 509 (affiche n°135)

19 septembre 1870 : début du siège de Paris

Affiche annonçant l’état de siège signée Léon Gambetta, 19 septembre 1870. Archives de Paris, ATLAS 509 (affiche n°124).

Le 12 septembre 1870, le gouvernement de la Défense nationale nouvellement formé prend la décision de rester à Paris malgré l’approche des troupes prussiennes, mais envoie cependant une délégation à Tours pour le représenter, sous les ordres d’Adolphe Crémieux. L’état de siège est imminent et, c’est désormais une certitude, inéluctable.

Le jour-même et les suivants, le génie militaire français détruit plusieurs ponts à l’est de la capitale, sans parvenir à freiner la coalition allemande qui continue son avancée vers Paris. Les troupes ennemies campent bientôt en Seine-et-Marne et les communications télégraphiques sont sectionnées les unes après les autres. Des uhlans, cavaliers armés des lances, sont signalés tout autour de Paris. Alors que l’étau se resserre, on interdit le mercredi 14 septembre toute sortie ou entrée dans la capitale.

La population est informée par voie d’affichage : proscriptions, loi martiale, nouvelles réglementations, illusions de victoire et revers militaires sont placardés aux murs des mairies et des bâtiments publics par les détenteurs du pouvoir. Les Archives de Paris conservent ces précieux média du discours officiel, dont les éléments de langages, dit-on aujourd’hui, permettent une lecture en creux des stratégies politiques. Reliées en atlas, les affiches de la guerre de 1870-1871 et du siège de Paris, puis de la Commune, forment un important corpus coté respectivement ATLAS 508-520bis et ATLAS 527-533.

Le lundi 19 septembre 1870 au soir, Paris est encerclé, toutes ses voies de communication avec la province sont coupées. Le ministre de l’Intérieur fait afficher le récit des dernières tentatives françaises pour repousser l’ennemi. « Des ordres sont donnés pour que les troupes se concentrent définitivement sur Paris » : Léon Gambetta annonce, sans jamais le nommer, le début du siège de Paris.

Image : affiche annonçant l’état de siège signée Léon Gambetta, 19 septembre 1870. Archives de Paris, ATLAS 509 (affiche n°124).

Affiche annonçant l’état de siège signée Léon Gambetta, 19 septembre 1870. Archives de Paris, ATLAS 509 (affiche n°124).

Août et septembre 1870 : la course au réarmement des fortifications.

Note sur le levage des ponts-levis en cas de siège, 22 août 1870. Archives de Paris, VONC 193.

Avant même sa défaite retentissante et la capture de l’empereur à Sedan le 2 septembre, l’armée française, en infériorité numérique et moins bien équipée que son adversaire prussien, essuie de nombreux revers. Dès le mois d’août, les services municipaux et préfectoraux s’emploient à la réfection et au réarmement des fortifications de Paris. Érigées entre 1840 et 1844, sous l’impulsion d’Adolphe Thiers, chef du gouvernement sous Louis-Philippe, elles ne sont plus équipées militairement et font office d’octroi. Dans la précipitation, la défense nationale s’organise et les retranchements, bastions et pont-levis sont renforcés.

Les Archives de Paris conservent de très nombreux documents qui témoignent de ces réparations hâtives, notamment dans la sous-série VONC 1-3256 concernant la voirie parisienne. Instructions pour la pose de pont-levis, consignes données aux chefs de services de la voie publique afin que ces derniers soient joignables à toute heure du jour et de la nuit et préparations très concrètes à l’état de siège... ces pièces permettent d’envisager le climat fébrile au sein des services municipaux parisiens face à l’imminence du siège qui semble, dès le mois d’août, inéluctable.

Images : Voirie et travaux publics : instructions pour la pose des ponts-levis, 1870 ; précisions sur le levage des ponts-levis en cas de siège, 22 août 1870 ; note de la direction de la voie publique et des promenades aux chefs de services, 13 août 1870, Archives de Paris, VONC 193. Note de la direction de la voie publique et des promenades sur les positions à tenir lors du siège, 14 septembre 1870. Archives de Paris, VONC 208.

Voirie et travaux publics : instructions pour la pose des ponts-levis, 1870. Archives de Paris, VONC 193.

Voirie et travaux publics : instructions pour la pose des ponts-levis, 1870. Archives de Paris, VONC 193.

Voirie et travaux publics : précisions sur le levage des ponts-levis en cas de siège, 22 août 1870. Archives de Paris, VONC 193.

Voirie et travaux publics : note de la direction de la voie publique et des promenades aux chefs de services, 13 août 1870, Archives de Paris, VONC 193.

Voirie et travaux publics : note de la direction de la voie publique et des promenades sur les positions à tenir lors du siège, 14 septembre 1870. Archives de Paris, VONC 208.

4 septembre 1870 : 150 ans de la proclamation de la IIIe République

Conseil municipal de Paris, protocole. Album de photographies des fêtes et cérémonies, 19 octobre 1919-19 octobre 1921. Archives de Paris, VK3 343.

Le 4 septembre 2020 marque le 150e anniversaire de la proclamation de la IIIe République, le 4 septembre 1870. Deux jours plus tôt, le 2 septembre 1870, l’armée française, enfermée à Sedan, présente sa capitulation aux Prussiens. Napoléon III est fait prisonnier, avec 83 000 de ses hommes. Cet échec cuisant met fin à six semaines d’une guerre déclarée trop légèrement par l’empereur à une Confédération d’Allemagne du Nord en supériorité numérique et tactique. Depuis le 19 juillet, le camp français accumule les défaites et les pertes humaines.

L’empereur est déchu aussitôt la défaite connue. Léon Gambetta, alors député, proclame l’avènement de la République depuis l’Hôtel de Ville de Paris. Un gouvernement de Défense nationale est mis en place hâtivement, présidé par le général Louis Jules Trochu, gouverneur militaire de Paris. Les députés, comme de nombreux Français, espèrent, avec ce changement de régime politique, mettre un terme à l’invasion du territoire par les Allemands, la guerre ayant été déclenchée par l’empereur.
Ces derniers, cependant, n’en restent pas là. Pour autant, malgré les événements tragiques qui font immédiatement suite à sa proclamation, la IIIe République reste à ce jour le régime politique français le plus stable et le plus long depuis la chute de l’Ancien Régime. En choisissant de présenter aux Français la 5e Constitution par un discours prononcé place de la République à Paris, le 4 septembre 1958, le général de Gaulle se réclame par une symbolique forte de cet héritage direct.
En 1920, on célèbre le cinquantenaire de la IIIe République avec faste, loin des circonstances qui l’ont vu naître : l’Allemagne est vaincue et les territoires annexés en 1871 sont redevenus français. Les célébrations ne se tiennent d’ailleurs pas le 4 septembre, mais le 11 novembre... À cette occasion, on transfère au Panthéon le cœur de Gambetta, héraut de cette IIIe République.

Les Archives de Paris conservent dans les fonds du protocole du Conseil municipal des photographies de cette journée.

Conseil municipal de Paris, protocole. Album de photographies des fêtes et cérémonies, 19 octobre 1919-19 octobre 1921. Archives de Paris, VK3 343.

Conseil municipal de Paris, protocole. Album de photographies des fêtes et cérémonies, 19 octobre 1919-19 octobre 1921. Archives de Paris, VK3 343.

19 juillet 1870 : début de la guerre franco-prussienne

Lettre du préfet de la Seine au maire du 2e arrondissement pour l’organisation des bataillons, 5 août 1870. Archives de Paris, D1R4 24

Le 19 juillet 1870, il y a 150 ans aujourd'hui, l’empereur Napoléon III déclare la guerre à la Prusse, poussé par la politique belliciste de son ministre des Affaires étrangères, le duc Adolphe de Gramont. C’est le sort de toute l’Europe, voire du monde, qui est scellé, pour le siècle à venir...
Dans l’immédiat, ce sont tous les États allemands qui font front commun et qui s’alignent derrière la Prusse. En quelques jours, pas moins de 800 000 hommes sont sur le pied de guerre. Pendant ce temps, la France, qui n’a pas encore généralisé le service militaire, mobilise péniblement 250 000 hommes, dans la désorganisation la plus complète. À Paris, on rappelle la Garde nationale qui tente de se préparer à défendre la capitale, avec le succès que l’on sait...
La Garde nationale est l’héritière de la milice bourgeoise de la Révolution. Essentiellement armée de réserve sous l’Empire et la Restauration, elle voit son importance accrue sous la Monarchie de Juillet, puis sous la Seconde République, qui élargit son recrutement à tous les hommes de 20 à 60 ans, faisant passer ses effectifs de 56 000 à 190 000 hommes. Elle est mise en disponibilité en 1852, mais la déclaration de guerre du 19 juillet 1870 engendre, entre autres conséquences, sa mobilisation. Après son ralliement à la Commune de Paris, sa suppression est définitive dès le 25 mai 1871.

Les Archives de Paris conservent un fonds substantiel issu des archives de la Garde nationale. Complété par les archives des mairies d’arrondissement, il présente un grand intérêt notamment pour l’histoire politique et celle de la sociabilité masculine. On y trouve des documents sur l'organisation des bataillons, la discipline, les ordres du jour, les élections des officiers, les revues, les combats de rue ainsi que les procès-verbaux des conseils d'administration des légions et les registres d'ordre et de contrôle des bataillons. Pour en savoir plus et retrouver les instruments de recherche relatifs à ce fonds, rendez-vous sur notre site internet : http://archives.paris.fr/a/266/affaires-militaires-anciens-combattants/

Image : lettre du préfet de la Seine au maire du 2e arrondissement pour l’organisation des bataillons, 5 août 1870. Archives de Paris, D1R4 24.

Lettre du préfet de la Seine au maire du 2e arrondissement pour l’organisation des bataillons, 5 août 1870. Archives de Paris, D1R4 24.