Guerre franco-prussienne de 1870-1871 : 150 ans

Laissez-passer délivré à M. Heurtier pour qu'il puisse concourir aux travaux de défense de Paris  et pour circuler librement sur les fortifications. Archives de Paris, 6AZ 2, dossier 102, pièce 1.

Le 19 juillet 1870, la France entame contre la Prusse une guerre qui aura des répercussions durables sur le pays, l’Europe et le monde. Nous commémorons cette année les 150 ans de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, un conflit parfois méconnu, pourtant fondateur, suivi bien sûr des commémorations des 150 ans de la Commune de Paris en 2021.

Tout au long de cette année, nous vous ferons découvrir les nombreuses et diverses ressources relatives à cette période conservées aux Archives de Paris, à travers des dates clefs ou des documents insolites. Inventaire non exhaustif mais illustré, retrouvez chaque semaine ces documents dans cette rubrique.

Bonnes découvertes à vous !

Octobre 1870 : conseils hygiéniques aux Parisiens assiégés

Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

À l’automne 1870, la vie quotidienne des Parisiens est bien sûr très impactée par l’état de siège. Dans la capitale, le quotidien se réorganise, encadré par les autorités municipales et le gouvernement de défense nationale, pour faire face aux nombreuses carences. Elles sont tout d’abord alimentaires. Nous l’avons vu, la viande, de bœuf notamment, se raréfie dès le début du mois d’octobre. L’obtention d’une ration de pain ou de lait nécessite plusieurs heures d’attente. Les pénuries touchent d’autres secteurs de la vie courante : la livraison de charbon en provenance des houillères du nord étant interrompue, les Parisiens ont d’abord recours au coke pour se chauffer, puis au charbon de bois lorsque celui-ci est réquisitionné par l’armée. On abat des arbres des bois de Vincennes et de Boulogne, du parc Monceau, avant de s’attaquer à ceux des grandes avenues et squares parisiens. Le trafic ferroviaire extra-muros est interrompu, la petite ceinture et les compagnies d’omnibus proposent un service très réduit dont l’heure d’interruption nocturne ne cesse d’être avancée au fil des mois. L’alimentation en eau potable est également compliquée par la coupure du canal de l’Ourcq et de l’aqueduc de la Dhuys. Toutes ces difficultés sont encore aggravées par l’afflux des populations réfugiées en provenance des communes limitrophes, telles Vincennes ou Asnières.

Avant même le début du siège, plusieurs mesures ont été mises en place pour le traitement des ordures ménagères et autres immondices, ainsi que pour le maintien général de la propreté, afin de préserver au mieux la ville d’une éventuelle épidémie. L’affichage des arrêtés et autres décrets informe les Parisiens des nouvelles règles de vie auxquelles ils doivent désormais se conformer ; mais cette voie de communication s’avère sans doute insuffisante, comme le suggère la publication, à la mi-octobre 1870, d’un recueil de « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège ». Vendu au profit des caisses de secours, ce petit fascicule rédigé par le Dr Onimus, à la demande du maire de Paris, compile informations et recommandations relatives à l’hygiène publique, l’alimentation, aux maladies en temps de siège, ainsi qu’aux soins à apporter aux blessés. Il est complété d’une note de l’inspecteur des eaux et égouts et d’un rapport de l’ingénieur en chef du service de la voie publique, eux-mêmes suivis des arrêtés municipaux concernant l’hygiène et la salubrité publiques.

Ces différents textes, qui se veulent didactiques et sérieux sans être alarmistes (conserver sa bonne humeur aide à rester en bonne santé, peut-on lire entre les lignes à la page 32), semblent s’adresser à la population parisienne dans son ensemble. Ils traduisent un désir de rassurer sur la compétence des autorités (notons l’autoritaire « on s’en occupe » de l’ingénieur en chef), mais trahissent cependant une certaine défiance de ses rédacteurs vis-à-vis du public auquel il s’adresse, probablement soupçonné, au mieux, d’indiscipline volontaire, au pire, de débauche et d’incapacité à se policer, même pour le bien commun.

Conservé dans le fonds de la bibliothèque patrimoniale des Archives de Paris sous la cote 4Eb 100, ce document est également accessible en ligne dans son intégralité sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5439553f.

Image : Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

19 octobre 1870 : état d'esprit des hommes à la veille de la première bataille de Buzenval.

Administration communale, faits de guerre : lettre du capitaine Flory, corps auxiliaire du génie militaire, au colonel Alphand, 19 octobre 1870. Archives de Paris, VH4 3.

Le 21 octobre 1870, le général Ducrot effectue, sur les ordres du gouverneur de Paris, une sortie dont le but est la reconquête des hameaux de Buzenval, de la Jonchère et de la Malmaison, afin de libérer la route de Versailles. Si l’opération n’est pas à proprement parler un échec, il ne s’agit pas non plus d’une victoire. Le camp français dénombre au terme de cette journée plus d’une trentaine de morts, ainsi que plusieurs centaines de blessés et de disparus. De surcroît, plusieurs pièces d’artillerie sont tombées aux mains des Prussiens. Mais surtout, l’état-major prussien n’a pas eu à lever le camp et occupe toujours Versailles et Saint-Nom-la-Bretèche.

Les Archives de Paris conservent, dans la section de l’administration communale, le fonds des « Faits de guerre », coté VH4 1-43. Outre des dossiers relatifs à la garde nationale, on y trouve de nombreux documents traitant de l’organisation du corps auxiliaire du génie militaire. Cette compagnie, formée sous Napoléon III, est placée sous les ordres du colonel Adolphe Alphand, directeur de la voie publique et des promenades pour la municipalité parisienne lorsque la guerre éclate. Elle est principalement chargée d’œuvrer à la consolidation et à l’entretien des fortifications. Mais cet ensemble documentaire présente un intérêt particulier car il contient des dossiers disciplinaires à l’encontre de certains officiers. Le cas du capitaine Fleury, relativement bien étayé, est révélateur d’un esprit dissident croissant parmi les hommes et d’une libération de la parole. Fleury se plaint par courrier adressé directement au colonel Alphand de ce qu’il estime être une mauvaise organisation du corps. Il critique particulièrement la nomination des officiers par l’état-major, quand ceux de la garde nationale sont élus par leurs hommes. Après la chute de l’Empire, cet état de fait semble inadmissible pour Fleury et ses hommes, dont il se fait le porte-parole. Il relaye par exemple leurs récriminations quant au montant et à la répartition de leur solde. Il dénonce ouvertement ce qu’il considère comme du népotisme, et l’incompétence qui en résulte. Il faut noter dans son dossier la présence de deux pétitions : elles témoignent de l’appétence grandissante des hommes pour l’expression démocratique. Le Capitaine Fleury sera finalement révoqué le 16 décembre 1870.

Images : Administration communale, faits de guerre : dossier disciplinaire du capitaine Flory, corps auxiliaire du génie militaire, légion Alphand, octobre-décembre 1870. Archives de Paris, VH4 3.

Administration communale, faits de guerre : lettre du capitaine Flory, corps auxiliaire du génie militaire, au colonel Alphand, 19 octobre 1870. Archives de Paris, VH4 3.

Administration communale, faits de guerre : pétition des hommes du corps auxiliaire du génie militaire pour le maintien du capitaine Fleury, octobre 1870. Archives de Paris, VH4 3.

Administration communale, faits de guerre : lettre du capitaine Flory, corps auxiliaire du génie militaire, au colonel Alphand, 19 octobre 1870. Archives de Paris, VH4 3.

Administration communale, faits de guerre : note du capitaine Flory, corps auxiliaire du génie militaire, sur le mécontentement des hommes, octobre 1870. Archives de Paris, VH4 3.

Administration communale, faits de guerre : révocation du colonel Fleury, 18 décembre 1870. Archives de Paris, VH4 3.

8 octobre 1870 : manifestation sur le parvis de l'Hôtel de Ville

Fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

Le 8 octobre 1870, vers 14h, deux à trois cents personnes se massent sur la place de l’Hôtel de Ville pour protester contre le gouvernement de Défense nationale. Cette foule répond à l’appel d’une affiche placardée en ville la veille, sans doute par le Comité central républicain des vingt arrondissements. Ce groupe politique, créé quelques jours après la chute de l’Empire et la proclamation de la IIIe République, a pour but la promotion de mesures sociales et politiques favorables aux classes populaires. Ce 8 octobre, donc, on réclame une meilleure gestion du rationnement, mais surtout des élections. Car le gouvernement de Défense nationale, qui succède à Napoléon III, n’a pas été élu par le peuple français...

Des cris appelant à « la Commune » se font entendre, mais très rapidement la Garde nationale intervient pour disperser la foule, ou plutôt l’absorber, aucune violence ni aucun heurt n’étant constaté et très vite le général Trochu et Jules Favre sont acclamés par les gardes nationaux et la population.

Cette manifestation n’est que peu documentée dans les fonds pourtant abondants concernant la Garde nationale conservés aux Archives de Paris. Elle est cependant relatée avec passion par Joseph Mairet. Né le 4 février 1818 à Dijon (Côte-d’Or), Mairet est typographe,  fondateur de la chambre syndicale de typographie. Arrivé à Paris en 1833, il participe à la révolution de 1848, et monte à nouveau sur les barricades après le coup d’état de Napoléon III en 1851. En 1870, alors âgé de 52 ans, il est mobilisé dans la Garde nationale et rattaché à l’état-major. Il tient, pendant toute la durée du siège, un journal qu’il complète de nombreux articles découpés dans la presse. En 1874, soit trois ans après les événements de la Commune, il revient sur ses écrits et ajoute des réflexions a posteriori, en vue d’en faire don à son beau-fils et ami. Son récit de la journée du 8 octobre est ainsi revu dans une analyse rétrospective pleine de désillusion. Il met également en regard des articles du « Siècle », journal républicain soutenant le gouvernement, et du « Combat », fondé pendant le siège par le journaliste et futur communard Félix Pyat, dont la confrontation vient nuancer le récit unidimensionnel d’un plébiscite unanime du gouvernement.

Ce « Journal du siège de Paris » est un très bel exemple de la profondeur que les fonds privés amènent aux archives publiques et donne une idée du travail de l’historien.ne dans son analyse des sources.

Images : fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, journée du 8 octobre 1870, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

Fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, journée du 8 octobre 1870, pages 111 & 112, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

Fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, journée du 8 octobre 1870, page 113, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

Fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, journée du 8 octobre 1870, pages 114 & 115, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

Fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, journée du 8 octobre 1870, pages 116 & 117, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

Fonds privés communaux : journal du siège de Paris de Joseph Mairet, journée du 8 octobre 1870, page 118, 1874. Archives de Paris, 4AZ 24 dossier 1101.

7 octobre 1870 : Léon Gambetta quitte Paris par ballon

Affiche annonçant le départ par ballon de Léon Gambetta pour Tours, le 7 octobre 1870. Archives de Paris, 6AZ 2, dossier 102.

Le 7 octobre 1870, le ministre de l’Intérieur du gouvernement de Défense nationale, Léon Gambetta, s’envole depuis la place Saint-Pierre dans le 18e arrondissement de Paris, pour rejoindre la délégation gouvernementale de Tours, en application d’un décret datant du 4 octobre courant.
Il emporte avec lui une « proclamation » à l’adresse de la Province. Diffusé par voie d’affichage, ce discours qui s’adresse en réalité tout autant aux Parisiens qu’aux Français dans leur ensemble, a bien sûr pour but d’exalter et galvaniser la population pour soutenir la défense de la capitale et accepter les nombreux souffrances et sacrifices que ce soutien implique. Nous savons aujourd’hui que les travaux dont Paris est « hérissé » ne répondent pas tout à fait au qualificatif de « formidables », que la sédition n’est pas loin, et l’approvisionnement balbutiant.
Nous l’avons vu, en temps de guerre et a fortiori lorsque la capitale est assiégée, les choix rhétoriques et les symboles déployés par les autorités sont cruciaux. Le terme de « siège » n’est d’ailleurs jamais utilisé : on évoque un « investissement ». C’est à bord du ballon Armand Barbès que Gambetta franchit les lignes ennemies et rejoint l’Oise, dans un premier temps. Armand Barbès (1809-1870), militant républicain opposant à la Monarchie de Juillet, est alors récemment décédé, le 26 juin 1870, en exil volontaire à La Haye, aux Pays-Bas.

Pendant toute la durée du siège, la communication aérienne joue un rôle inédit. Il faut rappeler que les liaisons télégraphiques parisiennes ont été coupées par les Prussiens. Aussi l’envoi de courrier et l’évacuation des personnes ne peuvent s’opérer que par les airs. Outre les ballons, on emploie des pigeons pour acheminer des documents, ou encore de boules de Moulin. Si les pigeons ont fait leurs preuves et serviront à nouveau par la suite, notamment pendant la Première Guerre mondiale, des boules de Moulins, ces contenants en métal de forme sphérique envoyés depuis Moulins (Allier), sont quant à elles un échec technique : aucune ne parviendra jusqu’à la capitale, et on en retrouvait encore, en grande couronne, dans les années 1950.

Image : affiche annonçant le départ par ballon de Léon Gambetta pour Tours, le 7 octobre 1870. Archives de Paris, 6AZ 2, dossier 102.

6 octobre 1870 : instauration du rationnement de la viande

Fonds privés communaux : carte de rationnement du 2e arrondissement pour la viande, 1871 ; Archives de Paris, 6AZ 2, dossier 102.

Malgré les évaluations optimistes qui estiment les ressources suffisantes pour tenir cinq semaines, la viande vient rapidement à manquer dans Paris assiégé. Les files d’attente s’allongent devant les boucheries et le mécontentement grandit parmi la population. Les autorités municipales mettent en place le rationnement en viande le 6 octobre 1870, soit moins de trois semaines après le début du siège. Des boucheries municipales sont créées, sur lesquelles les mairies d’arrondissement exercent un contrôle minutieux. On délivre aux Parisiens des cartes de rationnement : ces dernières font état du nombre de portions auquel le porteur peut prétendre, mais indiquent également la date et le créneau horaire pendant lequel il convient de venir acheter sa viande (un jour sur trois à la fin du siège).

Ici encore, le fonds de l’administration communale, et notamment les dossiers des mairies d’arrondissement, se révèle une source essentielle pour appréhender la réalité du quotidien des Parisiens et les difficultés auxquelles ils font face pendant la durée du siège et au-delà. Adressée au maire du 2e arrondissement le 5 octobre 1870, soit la veille de l’entrée en vigueur des mesures de rationnement, cette lettre d’une administrée témoigne des conditions d’approvisionnement en dehors de toute régulation par les autorités. La liste des boucheries ouvertes du 2e arrondissement, renseignée des données de contrôle, est datée du 10 novembre. Mise à jour, quotidiennement, elle permet de suivre les fluctuations des quantités de viande reçues et vendues ainsi que les prix de vente pratiqués. Conservée dans le fonds des archives privées, la carte de rationnement montre que ce dernier dure bien au-delà de la signature de l’armistice et de la levée du siège en janvier 1871. Elle illustre enfin la complémentarité des fonds privés avec les archives administratives.

Images : administration communale, mairies d’arrondissement : lettre de Mme Desfours au maire du 2e arrondissement, 5 octobre 1870 ; liste des boucheries du 2e arrondissement, 10 novembre 1870 ; Archives de Paris, VD6 880. Fonds privés communaux : carte de rationnement du 2e arrondissement pour la viande, 1871 ; Archives de Paris, 6AZ 2, dossier 102.

Administration communale, mairies d’arrondissement : lettre de Mme Desfours au maire du 2e arrondissement, 5 octobre 1870. Archives de Paris, VD6 880 (page 1).

Administration communale, mairies d’arrondissement : lettre de Mme Desfours au maire du 2e arrondissement, 5 octobre 1870. Archives de Paris, VD6 880 (pages 2 et 3).

Administration communale, mairies d’arrondissement : liste des boucheries du 2e arrondissement, 10 novembre 1870 ; Archives de Paris, VD6 880 (recto).

Administration communale, mairies d’arrondissement : liste des boucheries du 2e arrondissement, 10 novembre 1870 ; Archives de Paris, VD6 880 (verso).

Fonds privés communaux : carte de rationnement du 2e arrondissement pour la viande, 1871 ; Archives de Paris, 6AZ 2, dossier 102.

29 septembre 1870 : milices et gardes urbaines

Administration communale, mairies d’arrondissement : arrêté de Joseph-Ernest Ribeaucourt, maire provisoire du 7e arrondissement, pour la mise en place d’une garde urbaine, 29 septembre 1870. Archives de Paris, VD6 1537.

Lors des premiers jours du siège de Paris, en septembre 1870, de nombreux troubles sont rapportés, en ville et aux abords de la capitale. Des individus franchissent par exemple les avant-postes pour se livrer, entre autres, au pillage des maisons abandonnées. Malgré les annonces quasi-quotidiennes du général Trochu et la mise en place de mesures répressives pour maintenir l’ordre, s’installe un climat de méfiance de tous envers chacun.

Aux côtés de la garde nationale mobile et sédentaire, l’apparition de nombreuses milices aux dénominations diverses témoigne de cette atmosphère délétère et explosive. Ainsi le 29 septembre 1870, le maire provisoire du 7e arrondissement, Joseph-Ernest Ribeaucourt, décrète la création d’une garde urbaine attachée à l’arrondissement. Constituée d’hommes de plus de 50 ans et/ou qui n’ont pas été intégrés à la garde nationale active, cette garde urbaine ne reçoit ni solde ni uniforme. Un simple képi doit servir de signe distinctif aux quatre compagnies, soit une pour chaque quartier. Elles sont placées sous l’autorité d’une hiérarchie militaire reconstituée, élue par les administrés de l’arrondissement.

Les Archives de Paris conservent, dans les dossiers des mairies d’arrondissement, de nombreuses traces de la gestion des milices, gardes urbaines et corps-francs, ainsi que des efforts déployés par les autorités pour tenter de les encadrer : listes de noms, élections des chefs de bataillons dans les locaux municipaux, revues d’effectifs... Ce fonds de l’administration communale, coté VD6, représente une source essentielle pour l’histoire administrative, sociale et politique locale. Pour retrouver l'inventaire complet de ce fonds, rendez-vous sur notre site internet : http://archives.paris.fr/a/276/mairies-d-arrondissement/.

Images : administration communale, mairies d’arrondissement : arrêté de Joseph-Ernest Ribeaucourt, maire provisoire du 7e arrondissement, pour la mise en place d’une garde urbaine, 29 septembre 1870. Archives de Paris, VD6 1537.

Administration communale, mairies d’arrondissement : arrêté de Joseph-Ernest Ribeaucourt, maire provisoire du 7e arrondissement, pour la mise en place d’une garde urbaine, page 1, 29 septembre 1870. Archives de Paris, VD6 1537.

Administration communale, mairies d’arrondissement : arrêté de Joseph-Ernest Ribeaucourt, maire provisoire du 7e arrondissement, pour la mise en place d’une garde urbaine, page 2, 29 septembre 1870. Archives de Paris, VD6 1537.

Administration communale, mairies d’arrondissement : arrêté de Joseph-Ernest Ribeaucourt, maire provisoire du 7e arrondissement, pour la mise en place d’une garde urbaine, page 3, 29 septembre 1870. Archives de Paris, VD6 1537.

20 septembre 1870 : message du général Trochu

Affiche du 20 septembre 1870. Archives de Paris, ATLAS 509 (affiche n°135)

Au lendemain de l’arrivée des armées prussiennes aux portes de Paris, le général Trochu, gouverneur de Paris et président du gouvernement de la Défense nationale, fait le serment public d’une résistance acharnée. Il s’agit avant tout, bien sûr, de rassurer la population, que l’on a exhortée dès la veille à faire preuve de courage. Dans le même temps, Trochu instaure la loi martiale dans Paris et ordonne la répression des « soldats indisciplinés et démoralisés qui y portent l’inquiétude et le trouble ».

Subir un état de siège est une affaire de moral – et donc de propagande - tout autant que d’armement. Et les Parisiens, que le 19e siècle a déjà vu se soulever plusieurs fois, inquiètent déjà la toute jeune République…

Image : affiche du 20 septembre 1870. Archives de Paris, ATLAS 509 (affiche n°135)

Affiche du 20 septembre 1870. Archives de Paris, ATLAS 509 (affiche n°135)

19 septembre 1870 : début du siège de Paris

Affiche annonçant l’état de siège signée Léon Gambetta, 19 septembre 1870. Archives de Paris, ATLAS 509 (affiche n°124).

Le 12 septembre 1870, le gouvernement de la Défense nationale nouvellement formé prend la décision de rester à Paris malgré l’approche des troupes prussiennes, mais envoie cependant une délégation à Tours pour le représenter, sous les ordres d’Adolphe Crémieux. L’état de siège est imminent et, c’est désormais une certitude, inéluctable.

Le jour-même et les suivants, le génie militaire français détruit plusieurs ponts à l’est de la capitale, sans parvenir à freiner la coalition allemande qui continue son avancée vers Paris. Les troupes ennemies campent bientôt en Seine-et-Marne et les communications télégraphiques sont sectionnées les unes après les autres. Des uhlans, cavaliers armés des lances, sont signalés tout autour de Paris. Alors que l’étau se resserre, on interdit le mercredi 14 septembre toute sortie ou entrée dans la capitale.

La population est informée par voie d’affichage : proscriptions, loi martiale, nouvelles réglementations, illusions de victoire et revers militaires sont placardés aux murs des mairies et des bâtiments publics par les détenteurs du pouvoir. Les Archives de Paris conservent ces précieux média du discours officiel, dont les éléments de langages, dit-on aujourd’hui, permettent une lecture en creux des stratégies politiques. Reliées en atlas, les affiches de la guerre de 1870-1871 et du siège de Paris, puis de la Commune, forment un important corpus coté respectivement ATLAS 508-520bis et ATLAS 527-533.

Le lundi 19 septembre 1870 au soir, Paris est encerclé, toutes ses voies de communication avec la province sont coupées. Le ministre de l’Intérieur fait afficher le récit des dernières tentatives françaises pour repousser l’ennemi. « Des ordres sont donnés pour que les troupes se concentrent définitivement sur Paris » : Léon Gambetta annonce, sans jamais le nommer, le début du siège de Paris.

Image : affiche annonçant l’état de siège signée Léon Gambetta, 19 septembre 1870. Archives de Paris, ATLAS 509 (affiche n°124).

Affiche annonçant l’état de siège signée Léon Gambetta, 19 septembre 1870. Archives de Paris, ATLAS 509 (affiche n°124).

Août et septembre 1870 : la course au réarmement des fortifications.

Note sur le levage des ponts-levis en cas de siège, 22 août 1870. Archives de Paris, VONC 193.

Avant même sa défaite retentissante et la capture de l’empereur à Sedan le 2 septembre, l’armée française, en infériorité numérique et moins bien équipée que son adversaire prussien, essuie de nombreux revers. Dès le mois d’août, les services municipaux et préfectoraux s’emploient à la réfection et au réarmement des fortifications de Paris. Érigées entre 1840 et 1844, sous l’impulsion d’Adolphe Thiers, chef du gouvernement sous Louis-Philippe, elles ne sont plus équipées militairement et font office d’octroi. Dans la précipitation, la défense nationale s’organise et les retranchements, bastions et pont-levis sont renforcés.

Les Archives de Paris conservent de très nombreux documents qui témoignent de ces réparations hâtives, notamment dans la sous-série VONC 1-3256 concernant la voirie parisienne. Instructions pour la pose de pont-levis, consignes données aux chefs de services de la voie publique afin que ces derniers soient joignables à toute heure du jour et de la nuit et préparations très concrètes à l’état de siège... ces pièces permettent d’envisager le climat fébrile au sein des services municipaux parisiens face à l’imminence du siège qui semble, dès le mois d’août, inéluctable.

Images : Voirie et travaux publics : instructions pour la pose des ponts-levis, 1870 ; précisions sur le levage des ponts-levis en cas de siège, 22 août 1870 ; note de la direction de la voie publique et des promenades aux chefs de services, 13 août 1870, Archives de Paris, VONC 193. Note de la direction de la voie publique et des promenades sur les positions à tenir lors du siège, 14 septembre 1870. Archives de Paris, VONC 208.

Voirie et travaux publics : instructions pour la pose des ponts-levis, 1870. Archives de Paris, VONC 193.

Voirie et travaux publics : instructions pour la pose des ponts-levis, 1870. Archives de Paris, VONC 193.

Voirie et travaux publics : précisions sur le levage des ponts-levis en cas de siège, 22 août 1870. Archives de Paris, VONC 193.

Voirie et travaux publics : note de la direction de la voie publique et des promenades aux chefs de services, 13 août 1870, Archives de Paris, VONC 193.

Voirie et travaux publics : note de la direction de la voie publique et des promenades sur les positions à tenir lors du siège, 14 septembre 1870. Archives de Paris, VONC 208.

4 septembre 1870 : 150 ans de la proclamation de la IIIe République

Conseil municipal de Paris, protocole. Album de photographies des fêtes et cérémonies, 19 octobre 1919-19 octobre 1921. Archives de Paris, VK3 343.

Le 4 septembre 2020 marque le 150e anniversaire de la proclamation de la IIIe République, le 4 septembre 1870. Deux jours plus tôt, le 2 septembre 1870, l’armée française, enfermée à Sedan, présente sa capitulation aux Prussiens. Napoléon III est fait prisonnier, avec 83 000 de ses hommes. Cet échec cuisant met fin à six semaines d’une guerre déclarée trop légèrement par l’empereur à une Confédération d’Allemagne du Nord en supériorité numérique et tactique. Depuis le 19 juillet, le camp français accumule les défaites et les pertes humaines.

L’empereur est déchu aussitôt la défaite connue. Léon Gambetta, alors député, proclame l’avènement de la République depuis l’Hôtel de Ville de Paris. Un gouvernement de Défense nationale est mis en place hâtivement, présidé par le général Louis Jules Trochu, gouverneur militaire de Paris. Les députés, comme de nombreux Français, espèrent, avec ce changement de régime politique, mettre un terme à l’invasion du territoire par les Allemands, la guerre ayant été déclenchée par l’empereur.
Ces derniers, cependant, n’en restent pas là. Pour autant, malgré les événements tragiques qui font immédiatement suite à sa proclamation, la IIIe République reste à ce jour le régime politique français le plus stable et le plus long depuis la chute de l’Ancien Régime. En choisissant de présenter aux Français la 5e Constitution par un discours prononcé place de la République à Paris, le 4 septembre 1958, le général de Gaulle se réclame par une symbolique forte de cet héritage direct.
En 1920, on célèbre le cinquantenaire de la IIIe République avec faste, loin des circonstances qui l’ont vu naître : l’Allemagne est vaincue et les territoires annexés en 1871 sont redevenus français. Les célébrations ne se tiennent d’ailleurs pas le 4 septembre, mais le 11 novembre... À cette occasion, on transfère au Panthéon le cœur de Gambetta, héraut de cette IIIe République.

Les Archives de Paris conservent dans les fonds du protocole du Conseil municipal des photographies de cette journée.

Conseil municipal de Paris, protocole. Album de photographies des fêtes et cérémonies, 19 octobre 1919-19 octobre 1921. Archives de Paris, VK3 343.

Conseil municipal de Paris, protocole. Album de photographies des fêtes et cérémonies, 19 octobre 1919-19 octobre 1921. Archives de Paris, VK3 343.

19 juillet 1870 : début de la guerre franco-prussienne

Lettre du préfet de la Seine au maire du 2e arrondissement pour l’organisation des bataillons, 5 août 1870. Archives de Paris, D1R4 24

Le 19 juillet 1870, il y a 150 ans aujourd'hui, l’empereur Napoléon III déclare la guerre à la Prusse, poussé par la politique belliciste de son ministre des Affaires étrangères, le duc Adolphe de Gramont. C’est le sort de toute l’Europe, voire du monde, qui est scellé, pour le siècle à venir...
Dans l’immédiat, ce sont tous les États allemands qui font front commun et qui s’alignent derrière la Prusse. En quelques jours, pas moins de 800 000 hommes sont sur le pied de guerre. Pendant ce temps, la France, qui n’a pas encore généralisé le service militaire, mobilise péniblement 250 000 hommes, dans la désorganisation la plus complète. À Paris, on rappelle la Garde nationale qui tente de se préparer à défendre la capitale, avec le succès que l’on sait...
La Garde nationale est l’héritière de la milice bourgeoise de la Révolution. Essentiellement armée de réserve sous l’Empire et la Restauration, elle voit son importance accrue sous la Monarchie de Juillet, puis sous la Seconde République, qui élargit son recrutement à tous les hommes de 20 à 60 ans, faisant passer ses effectifs de 56 000 à 190 000 hommes. Elle est mise en disponibilité en 1852, mais la déclaration de guerre du 19 juillet 1870 engendre, entre autres conséquences, sa mobilisation. Après son ralliement à la Commune de Paris, sa suppression est définitive dès le 25 mai 1871.

Les Archives de Paris conservent un fonds substantiel issu des archives de la Garde nationale. Complété par les archives des mairies d’arrondissement, il présente un grand intérêt notamment pour l’histoire politique et celle de la sociabilité masculine. On y trouve des documents sur l'organisation des bataillons, la discipline, les ordres du jour, les élections des officiers, les revues, les combats de rue ainsi que les procès-verbaux des conseils d'administration des légions et les registres d'ordre et de contrôle des bataillons. Pour en savoir plus et retrouver les instruments de recherche relatifs à ce fonds, rendez-vous sur notre site internet : http://archives.paris.fr/a/266/affaires-militaires-anciens-combattants/

Image : lettre du préfet de la Seine au maire du 2e arrondissement pour l’organisation des bataillons, 5 août 1870. Archives de Paris, D1R4 24.

Lettre du préfet de la Seine au maire du 2e arrondissement pour l’organisation des bataillons, 5 août 1870. Archives de Paris, D1R4 24.