6 avril 1871 : le décret des otages

Journal officiel n°99 du 9 avril 1871, Archives de Paris, ATLAS 144.

Après la mort de Gustave Flourens, et en réaction à la défaite sanglante infligée par une armée versaillaise qui se livre à des exécutions sommaires, la Commune adopte, le 5 avril 1871, le décret dit des otages. Celui-ci stipule que toute personne présumée complice du gouvernement de Versailles sera immédiatement incarcérée et jugée au plus tard dans les 48h par un jury d’accusation. Les accusés reconnus coupables « seront les otages du peuple de Paris ». L’article 5 pose l’équation suivante : pour chaque prisonnier de guerre ou partisan de la Commune exécuté par Versailles, trois otages, tirés au sort, seront exécutés en représailles.

Ce décret, et en particulier l’article 5, est loin de faire l’unanimité parmi les membres du gouvernement de la Commune, certains allant jusqu’à démissionner pour protester contre sa promulgation.

Le Journal Officiel de la Commune daté du 9 avril 1871 comporte un entrefilet qui témoigne de l’effervescence des débats à ce sujet. La Commune y justifie a posteriori le décret des otages par l’existence d’une loi dont est à l’origine Jules Dufaure, ministre de la Justice et vice-président du Conseil des ministres sous l’autorité d’Adolphe Thiers, votée plus tôt par l’Assemblée de Versailles. Ce texte a pour but d’accélérer le passage des prisonniers de guerre communards devant les tribunaux militaires versaillais, ces derniers étant désormais en capacité de juger et de condamner à mort les gardes nationaux jugés coupables dans un délai de 24h. Tout comme le décret des otages communard, cette loi versaillaise semble être décriée dans son propre camp, comme le rapporte le Journal Officiel en citant un article de La Cloche, journal républicain modéré de Louis Ulbach.

Dans le camp adverse, un bref paragraphe en page 2 du Journal Officiel de la République Française publié par Versailles le 5 avril 1871 relate que « Quelques hommes reconnus pour appartenir à l’armée et saisis les armes à la main, ont été passés par les armes, suivant la rigueur de la loi militaire qui frappe les soldats combattant leur drapeau » (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2093208s/f1.vertical). On évoque également les démissions de la Commune. Le numéro daté du 4 avril relate quant à lui la défaite communarde des 3 et 4 avril, ainsi que la mort de Flourens (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2093207c/f0.vertical).

La Commune applique finalement peu l’article 5 de son décret des otages, inefficace face à l’intransigeance versaillaise, mais elle exécute pendant la Semaine Sanglante son otage le plus célèbre, l’évêque de Paris, Monseigneur Darboy, qu’elle avait espéré échanger contre Auguste Blanqui. Sa mort entache durablement l’image de la Commune. Le camp versaillais fait quant à lui un usage extensif de sa loi sur les tribunaux militaires.

Images : Journal officiel de la Commune n°99 du 9 avril 1871. Archives de Paris, ATLAS 144.