10 février : la guerre franco-prussienne vue d'outre-Manche

Bons anglais, février et mars 1871. Archives de Paris, VD6 1591.

Si la guerre franco-prussienne de 1870-1871 touche en premier lieu la France et l’Allemagne, elle constitue aussi un événement majeur de l’histoire européenne. Ses retombées redistribuent les cartes de la géopolitique pour les deux puissances engagées, mais aussi pour les pays voisins. Ainsi, la Grande-Bretagne observe-t-elle d’un œil attentif l’évolution du conflit, consciente qu’elle sera elle aussi impactée par son issue. La France est tout d’abord vivement critiquée car perçue comme l’agresseur, mais les nombreuses défaites qu’elle subit font pencher l’opinion publique britannique en sa faveur. Alors que les réactions sont mitigées après la chute de l’Empire et la proclamation de la IIIe République, les souffrances du peuple français, et particulièrement des Parisien.nes assiégé.e.s, émeuvent les classes dirigeantes et les classes moyennes d’outre-Manche. La durée du siège et la résistance à outrance, qui sont imputées aux Républicains, sont vertement dénoncées dans la presse anglo-saxonne. Mais la dureté prussienne et les humiliations subies par les vaincus achèvent de ranger majoritairement l’opinion publique britannique du côté du camp français. La décision du gouvernement prussien d’annexer l’Alsace-Lorraine, annoncée dans une circulaire publique dès le 13 septembre 1870, et qu’aucune négociation ni intervention extérieure ne parvient à fléchir, choque particulièrement la Grande-Bretagne. Quelques années plus tard, un article du Times en date du 7 mai 1878 explique « [...] quand la France a attaqué l’Allemagne, les Anglais cultivés, dans leur majorité, n’ont pas hésité à dire nettement qu’elle avait tort, mais leur sympathie se retourna rapidement vers elle lorsqu’ils s’aperçurent de sa lutte vaillante et désespérée. [Puis] la saisie de l’Alsace et de la Lorraine poussa neuf Anglais sur dix à se placer du côté de la France  » [Piettre, Pauline. « Le regard des Britanniques sur la France en guerre (1870-1871) : l'évolution d'une opinion attentive », Histoire, économie & société, vol. 31e année, no. 3, 2012, pp. 51-66.]. La France est alors d’autant mieux perçue que sa puissance militaire, souvenir des guerres napoléoniennes, n’est plus, et ne constitue plus une menace pour la Grande-Bretagne.

De fait, on assiste à de généreux élans de sympathie des Britanniques vers leurs voisins défaits. Plusieurs comités de secours, dont un est présidé par le Lord-Maire de Londres, émergent partout au Royaume-Uni pour récolter les dons. Sous forme de vivres, de vêtements ou d’argent, ces derniers sont ensuite envoyés vers les zones françaises occupées et vers Paris. Après la levée du siège, ils sont redistribués à la population parisienne au moyen de bons à retirer dans les mairies d’arrondissement. Les Archives de Paris en conservent quelques exemplaires qui permettent d’apprécier la variété des denrées. Dès la fin de l’année 1871, une « Œuvre patriotique pour offrir un témoignage de reconnaissance au peuple anglais » voit le jour. Dans cette lettre du 22 août 1872 qui explicite son but, le comte Sérurier, membre fondateur de la Société de secours aux blessés militaires (future Croix-Rouge française) s’adresse au maire de Paris pour le convaincre de rejoindre les nombreux départements et communes français.es qui ont déjà exprimé leur gratitude à l’égard du Royaume-Uni.

Image : administration communale : mairie du 8e arrondissement. Bons anglais, février et mars 1871. Lettre du comte Sérurier, de l’Œuvre patriotique, au maire de Paris, pour offrir un témoignage de reconnaissance au peuple anglais, 22 août 1872. Archives de Paris, VD6 1591.