22 janvier 1871 : échanges de tirs et fermeture des clubs politiques

Fonds privés communaux. Cabinet du ministre de l’Intérieur, avant-projet de décret pour la suppression des clubs politiques, 22 janvier 1871. Archives de paris, D1J 1 dossier 20.

En ce dimanche 22 janvier 1871, alors que les obus prussiens s’abattent toute la journée sur Vaugirard et Grenelle, une délégation menée par Tony-Révillon, Eugène Razoua et Louis-Simon Dereure est reçue à l’Hôtel de Ville en début d’après-midi par Gustave Chaudey, l’adjoint au maire de Paris. La nuit précédente, Gustave Flourens, incarcéré dans la prison de Mazas depuis le 7 décembre 1870 pour sa participation à l’insurrection du 31 octobre, a été libéré par des gardes nationaux parisiens commandés par son ami Amilcare Cipriani.

Pour certains déjà présents lors de cette insurrection du 31 octobre, les hommes entendus par Chaudey ambitionnent de convaincre le gouvernement de renoncer à la capitulation de Paris. La démission du gouvernement et l’instauration de la Commune sont également évoqués. Mais dans un Hôtel de Ville qui ressemble à une place forte, défendu par les gardes mobiles bretons, la députation préfère rapidement se retirer. Dehors, une foule de manifestants et de badauds s’est massée spontanément sur la place de Grève à l’annonce de la démission du général Trochu ; elle est bientôt rejointe par plusieurs colonnes de gardes nationaux des 17e et 13e arrondissements. On ignore encore qui a tiré le premier feu, mais une fusillade éclate vers 16h entre gardes mobiles et gardes nationaux. Le général Vinoy, nouveau commandant militaire de Paris, arrive en renfort et les gardes nationaux se dispersent. La répression de ce rassemblement spontané laisse au moins 5 morts sur la place de Grève, dont le commandant Sapia.

Le jour même, le gouvernement de la Défense nationale décide la suppression des clubs politiques, ainsi que des journaux Le Réveil et Le Combat pour « excitation à la guerre civile ». On distingue sur cet avant-projet du décret conservé aux Archives de Paris les signatures des membres du gouvernement Jules Ferry, Jules Favre, Jules Simon, Emmanuel Arago, Louis-Antoine Garnier-Pagès, Ernest Picard, Eugène Pelletan et par le chef du gouvernement, le général Trochu.

Si le texte du décret implique qu’une minorité seulement désapprouve l’action du gouvernement, les événements du 22 janvier démontrent au contraire que l’opposition armée n’est pas imputable à une poignée d’individus isolés. La guerre civile est bel et bien déjà engagée, et ce par les deux parties opposées.

 

« Le Gouvernement de la Défense nationale,

Considérant que, à la suite d’excitations criminelles dont certains clubs ont été le foyer, la guerre civile a été engagée par quelques agitateurs, désavoués par la population toute entière ;

qu’il importe d’en finir avec ces détestables manœuvres qui, dans les circonstances actuelles, sont un danger pour la Patrie et qui, si elles se renouvelaient, entacheraient l’honneur, irréprochable jusqu’ici, de la Défense de Paris ;

Décrète :

article 1er. Les clubs sont supprimés jusqu’à la fin du siège. Les locaux où ils tiennent leurs séances seront immédiatement fermés.

Les contrevenants seront punis conformément aux lois.

article 2. Le Préfet de police est chargé de l’exécution du présent décret.

Fait à Paris le 22 janvier 1871. »

 

Image : Fonds privés communaux. Cabinet du ministre de l’Intérieur, avant-projet de décret pour la suppression des clubs politiques, 22 janvier 1871. Archives de paris, D1J 1 dossier 20.