13 janvier 1871 : dissensions politiques et administratives exposées dans la presse

Lettre autographe de Jules Ferry, maire de Paris, destinataires inconnu, 13 janvier 1871. Archives de Paris, 3AZ 6, dossier 161, pièce 8.

À la mi-janvier 1871, les bombes prussiennes continuent de s’abattre sur la capitale assiégée. Des mesures de secours sont progressivement mises en place par le gouvernement de la Défense nationale. Un décret paru au Journal officiel, le 12 janvier 1871, stipule par exemple que les victimes civiles du bombardement seront assimilées aux victimes militaires du conflit. D’autres mesures reposent sur le concours de la préfecture de Police, avec l’affectation de gardiens de la paix dans chaque arrondissement. Cette dernière est cependant rejetée par Louis Asseline, maire du 14e arrondissement, homme de lettre libre penseur et républicain radical. C’est ce que révèle cette lettre envoyée le 13 janvier 1871 par Jules Ferry, alors en charge de l’administration du département de la Seine et de la ville de Paris, écrite en réaction à un article paru le jour-même dans le journal L’Univers (consultable en ligne sur le site de la BnF Gallica.fr : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k698612j/f1.item.zoom, colonne de droite). L’article met en cause la décision d’Asseline de supprimer une prime destinée aux instituteurs.trices de son arrondissement, prime qui n’avait pas, par ailleurs, été versée avec beaucoup de régularité, si l’on en croit le journaliste. Il est toutefois établi que, dès sa réélection le 5 novembre 1870, Louis Asseline organise dans l’arrondissement dont il a la charge un service des secours et des subsistances par ailleurs largement documenté dans le fonds des mairies d’arrondissement conservé aux Archives de Paris. S’agit-il d’une dispute politique ou idéologique, d’une volonté d’indépendance, ou, comme le suggère Jules Ferry dans cette lettre en forme de démenti, d’un malentendu ? Ce dernier pourrait-il chercher à minimiser les désaccords entre la mairie centrale et certains maires d’arrondissements, dont pâtissent les administrés ?

Cette lettre autographe rend donc compte d’une situation tendue à plusieurs égards : les dissensions politiques et administratives se superposent à l’état d’urgence. Elle revêt également un caractère anecdotique lorsque Jules Ferry, futur ministre de l’Instruction publique à qui la IIIe République doit les grandes réformes de l’école, y exprime son intérêt pour « les enfants placés dans les écoles libres ».

 

Paris, le 13 janvier 1871

Mon cher monsieur,

Le ministre de l’Intérieur me fait savoir que le maire du 14e arrondissement a déclaré au Préfet de police qu’il ne recevrait pas deux gardiens de la paix, destinés à porter secours en cas d’accident causé par le bombardement. Le maire du 14e arrondissement est un esprit trop sage et trop exempt de préjugés pour repousser la coopération inoffensive, et, dans l’esprit, vraiment bienfaisante, de deux agents de la Préfecture. Le ministre est, comme moi, convaincu qu’il ne peut surgir, à ce propos de difficultés sérieuses.

Vous avez dû retrouver l’Univers, et vous comprenez ce qui m’a ému. Il faut que cette lettre soit fausse, ou bien faussement présentée : l’hôtel de Ville ne vous a jamais rien refusé, et ce n’est pas sur l’instruction primaire que se porterait sa parcimonie. La dépense des enfants placés dans les écoles libres, c’est chose sacrée, et vous n’avez même pas besoin d’une autorisation expresse pour la continuer.

Recevez toute mes amitiés,

Jules Ferry


Image : lettre autographe de Jules Ferry, maire de Paris, destinataires inconnu, 13 janvier 1871. Archives de Paris, 3AZ 6, dossier 161, pièce 8.