31 octobre 1870 : émeutes et insurrection à l'Hôtel de Ville

Dossiers de Ferdinand Hérold, concernant le gouvernement de la défense nationale : récit de l’insurrection du 31 octobre 1870. Archives de Paris, D1J 1, dossier 20.

La nouvelle de la défaite au Bourget arrive dans la capitale en même temps que celle de la capitulation, le 28 octobre, du maréchal Bazaine à Metz, où il était assiégé depuis le 20 août avec plus de 100 000 de ses hommes. Dans le même temps, Adolphe Thiers est envoyé à Versailles pour y mener des négociations avec Bismarck. Ce déplacement alimente la rumeur selon laquelle le gouvernement de la Défense nationale souhaite conclure un armistice, qui entrainerait une capitulation parisienne.

Dans la capitale en état de siège où une grande partie de la population est minée par les privations et s’impatiente devant l’inaction militaire du gouvernement, l’atmosphère explosive est palpable. Le lundi 31 octobre 1870, répondant à l’appel de Charles Delescluze, une large foule marche sur l’Hôtel de Ville pour manifester son opposition au général Trochu. Alerté, ce dernier convoque ses ministres à l’Hôtel de Ville, siège du gouvernement, pour un conseil exceptionnel ayant pour objet l’organisation rapide d’élections municipales à Paris. La quasi-totalité des ministres est donc réunie dans la salle du gouvernement lorsque la foule envahit l’Hôtel de Ville. Elle ne demande plus seulement des élections, elle exige la Commune. Pour autant, des discussions pacifiques s’engage ; plusieurs ministres s’adressent aux manifestants et le général Trochu les assure qu’il ne capitulera pas. Dans l’après-midi, aux alentours de 16h, les événements prennent une autre tournure lorsque Gustave Flourens, alors chef élu d’un bataillon de la garde nationale de Belleville, pénètre dans l’Hôtel de Ville : c’est l’insurrection. Rapidement rejoint par Auguste Blanqui, Jean-Baptiste Millière, Édouard Vaillant et Delescluze, Flourens proclame la chute du gouvernement et nomme les membres d’un comité de salut public mis en place jusqu’aux élections. Les ministres seront retenus prisonniers jusqu’à ce qu’ils consentent à présenter leur démission. Trochu et Ferry parviennent à s’échapper et organisent, depuis le Louvre, la marche conjointe sur l’Hôtel de Ville de plusieurs bataillons dits fidèles. Leur arrivée, en nombre, disperse la foule. Vers 3h du matin, après que Jules Favre ait promis des élections et Edmond Adam, préfet de Police, ait assuré aux insurgés qu’il n’y aurait pas de poursuites, le comité de salut public se disperse.

Bien que cette première sédition ne dure pas et se déroule sans violence, elle renverse cependant un équilibre déjà précaire. Si la Commune n’a, cette fois-ci, vécu que quelques heures, son idée, elle, perdure et ne cesse de grandir.

Les Archives de Paris conservent, dans le fonds des documents rentrés par voie extraordinaire, les papiers de Ferdinand Hérold. Né le 16 octobre 1828 dans ce qui est alors la commune de Neuilly-sur-Seine (annexée à Paris en 1860), ce brillant avocat est le fils du compositeur Louis-Joseph-Ferdinand Hérold (1791-1833). Fervent républicain, il se distingue sous l’Empire lors de grands procès politiques. Nommé secrétaire du gouvernement de la Défense nationale et secrétaire général du ministère de la Justice, il est présent à l’Hôtel de Ville lors de cette longue journée du 31 octobre 1870. Dans ses papiers, conservés sous la cote D1J 1, dossier 20, se trouve un récit sobre, factuel et plutôt optimiste de l’épisode insurrectionnel, vraisemblablement de sa plume. Ferdinand Hérold est nommé au Sénat, où il siège à gauche, en janvier 1876. Il meurt à Paris, le 1er janvier 1882.

Image : Dossiers de Ferdinand Hérold, concernant le gouvernement de la défense nationale : récit de l’insurrection du 31 octobre 1870. Archives de Paris, D1J 1, dossier 20.