26 octobre 1870 : rationnement du gaz pour l'éclairage public et privé

Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine puis de Paris, 1870, n°10. Archives de Paris, D1K3 28.

La journée ordinaire d’un.e Parisien.ne pendant le siège est rythmée par la présence militaire et le son du tambour, mais elle s’articule principalement autour d’une préoccupation : trouver de quoi se nourrir. À 7h le matin a lieu dans les postes de garde la cérémonie des couleurs. On abaisse les pont-levis et on ouvre les portes. Une heure plus tard, le tambour bat de nouveau dans chaque arrondissement : les gardes nationaux prennent leur faction sur les remparts. Les commerces alimentaires ouvrent et pendant que les femmes piétinent dans des files d’attente interminables, les hommes vont aux nouvelles. Ces dernières arrivent de province et de l’étranger par ballon. L’après-midi vers 15h30 retentit à nouveau l’appel pour l’exercice de l’après-midi. À 17h, on hisse les pont-levis. Après la parution des dernières éditions des journaux vers 19h, chacun se hâte de rentrer chez soi. Nous l’avons évoqué ici, nombreuses sont les restrictions de tous ordres, mais les pénuries alimentaires sont celles qui affectent le plus le moral des assiégés, dans un premier temps du moins. On consomme rapidement de la viande de cheval, jusque-là dédaignée, mais bientôt aussi du chat (sous l’appellation de lapin), du chien, voire du rat. Le fromage a disparu des tables, le lait et le beurre sont des denrées de luxe. Les plus riches peuvent encore manger au restaurant ou se fournir au marché noir, moyennant des prix exorbitants. Cet approvisionnement parallèle occasionne de nombreuses dénonciations, qui nourrissent un climat de méfiance déjà largement alimenté par la crainte des espions.

À partir du 26 octobre 1870, le gaz fait également l’objet de règles de rationnement : dans les rues, un bec sur deux seulement (plus tard un sur quatre) est allumé et on décrète l’extinction des feux à partir de 22h30, heure à laquelle les bars et cafés ont ordre de fermer. On demande enfin aux particuliers de réduire de moitié le nombre des becs allumés ainsi que la hauteur de la flamme dans leurs habitations.

La bibliothèque patrimoniale des Archives de Paris conserve dans sa collection de publications officielles locales le « Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine puis de Paris » (RAA), coté D1K3. Tout comme le Bulletin officiel de la Ville de Paris (BOVP), autre grande référence parisienne en matière de publication officielle locale, il contient des textes à caractère réglementaire, qui couvrent tous les domaines : personnel administratif, voirie, alignements, état civil, recrutement, listes électorales, impôts, pompes funèbres, instruction publique, halles et marchés, garde nationale... Mais surtout, le RAA est publié depuis 1844, quand le BOVP ne paraît « que » depuis 1882. Le RAA constitue donc une typologie documentaire essentielle pour appréhender les dispositions prises par la préfecture et la municipalité parisienne pour administrer la ville pendant le siège ennemi.

Image : Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine puis de Paris, 1870, n°10. Archives de Paris, D1K3 28.