Octobre 1870 : conseils hygiéniques aux Parisiens assiégés

Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.

À l’automne 1870, la vie quotidienne des Parisiens est bien sûr très impactée par l’état de siège. Dans la capitale, le quotidien se réorganise, encadré par les autorités municipales et le gouvernement de défense nationale, pour faire face aux nombreuses carences. Elles sont tout d’abord alimentaires. Nous l’avons vu, la viande, de bœuf notamment, se raréfie dès le début du mois d’octobre. L’obtention d’une ration de pain ou de lait nécessite plusieurs heures d’attente. Les pénuries touchent d’autres secteurs de la vie courante : la livraison de charbon en provenance des houillères du nord étant interrompue, les Parisiens ont d’abord recours au coke pour se chauffer, puis au charbon de bois lorsque celui-ci est réquisitionné par l’armée. On abat des arbres des bois de Vincennes et de Boulogne, du parc Monceau, avant de s’attaquer à ceux des grandes avenues et squares parisiens. Le trafic ferroviaire extra-muros est interrompu, la petite ceinture et les compagnies d’omnibus proposent un service très réduit dont l’heure d’interruption nocturne ne cesse d’être avancée au fil des mois. L’alimentation en eau potable est également compliquée par la coupure du canal de l’Ourcq et de l’aqueduc de la Dhuys. Toutes ces difficultés sont encore aggravées par l’afflux des populations réfugiées en provenance des communes limitrophes, telles Vincennes ou Asnières.

Avant même le début du siège, plusieurs mesures ont été mises en place pour le traitement des ordures ménagères et autres immondices, ainsi que pour le maintien général de la propreté, afin de préserver au mieux la ville d’une éventuelle épidémie. L’affichage des arrêtés et autres décrets informe les Parisiens des nouvelles règles de vie auxquelles ils doivent désormais se conformer ; mais cette voie de communication s’avère sans doute insuffisante, comme le suggère la publication, à la mi-octobre 1870, d’un recueil de « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège ». Vendu au profit des caisses de secours, ce petit fascicule rédigé par le Dr Onimus, à la demande du maire de Paris, compile informations et recommandations relatives à l’hygiène publique, l’alimentation, aux maladies en temps de siège, ainsi qu’aux soins à apporter aux blessés. Il est complété d’une note de l’inspecteur des eaux et égouts et d’un rapport de l’ingénieur en chef du service de la voie publique, eux-mêmes suivis des arrêtés municipaux concernant l’hygiène et la salubrité publiques.

Ces différents textes, qui se veulent didactiques et sérieux sans être alarmistes (conserver sa bonne humeur aide à rester en bonne santé, peut-on lire entre les lignes à la page 32), semblent s’adresser à la population parisienne dans son ensemble. Ils traduisent un désir de rassurer sur la compétence des autorités (notons l’autoritaire « on s’en occupe » de l’ingénieur en chef), mais trahissent cependant une certaine défiance de ses rédacteurs vis-à-vis du public auquel il s’adresse, probablement soupçonné, au mieux, d’indiscipline volontaire, au pire, de débauche et d’incapacité à se policer, même pour le bien commun.

Conservé dans le fonds de la bibliothèque patrimoniale des Archives de Paris sous la cote 4Eb 100, ce document est également accessible en ligne dans son intégralité sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5439553f.

Image : Dr Onimus, « Conseils hygiéniques aux habitants de Paris pendant le siège, suivis des arrêtés municipaux concernant l'hygiène et la salubrité publiques », Paris, Charles de Mourgues frères, 1870. Archives de Paris, 4Eb 100.