7 juin 1871 : le retour à "l'ordre"

« Après la Commune », caricature de Cham, 1er janvier 1872. Archives de Paris, D1J 18.

La répression de la Commune ne prend pas fin avec la reddition du fort de Vincennes. Une fois l’ordre rétabli, les persécutions commencent. Les Communard.es sont traqué.es, Adolphe Thiers préférant la politique de l’exemple à celle de la réconciliation ; l’antagonisme entre les deux camps survit encore après 150 ans...
Certain.es parviennent à s’enfuir, comme André Léo, Jules Vallès et Édouard Vaillant. Celles et ceux qui sont arrêté.es sont traduit.es devant des tribunaux, militaires ou civils et sont condamné.es à mort ou à la déportation.
Le 7 juin 1871, Gustave Courbet est arrêté. En plus de sa participation au gouvernement communal, il est accusé d’être à l’initiative de la destruction de la colonne Vendôme (voir le billet sur le 16 mai 1871). Le même jour, Monseigneur Darboy reçoit des funérailles nationales à Notre-Dame de Paris (voir le billet sur le 24 mai 1871).

Dans les rues de Paris, la reconstruction a commencé. On démantèle les barricades et on évalue les dégâts. Les services administratifs se réorganisent. Les fonctionnaires qui ont continué à travailler sous la Commune sont inquiétés. Les hommes qui ont été recrutés par la Commune, en remplacement des agents qui avaient refusé de continuer le travail ou avaient rejoint Versailles, sont poursuivis pour usurpation de fonctions publiques. Toutes les mesures et décrets du gouvernement communal sont déclarés nuls et non avenus, jusqu’aux actes d’état civils qui sont bâtonnés en vertu d’une loi votée le 19 juillet 1871.

Les Archives de Paris conservent une abondante documentation relative à ce « retour à l’ordre » : dossiers de demandes d’indemnisations, notes et rapports des services de la voirie sur l’enlèvement des barricades, condamnations pour usurpation de fonctions publiques, registres d’état civil bâtonnés... illustrent les choix politiques et les mesures mises en œuvre après la Commune par le gouvernement de Thiers.
D’autres documents, comme des rapports certifiant la fidélité des agents parisiens à Versailles, des certificats d’honnêteté, des lettres de dénonciation de Communards, ou des condamnations pour outrage à agents montrent que la rupture entre Communards et Versaillais est profonde. Elle sera également durable. À l’occasion du jour de l’an 1872, le caricaturiste Cham, contributeur régulier au journal satirique Le Charivari, produit un dessin qui témoigne de l’atmosphère de délation qui empoissonne encore Paris plusieurs mois après la fin de la guerre civile.


Images : Après la Commune, caricature de Cham, 1er janvier 1872. Archives de Paris, D1J 18. Actes d’état civil bâtonnés, Archives de Paris, V4E 4088. Préfecture, affaires communales : rapports sur la conduite des agents de la Ville de Paris pendant la Commune, 15 juin 1871. Archives de Paris, VONC 234. Tribunal correctionnel de la Seine : condamnation de la femme Tonnelier à 1 mois d’emprisonnement pour outrage aux agents pour avoir crié « Ces canailles, ces crapules, ils feraient bien mieux d’aller à Versailles », 8 juin 1871. Condamnation d’Émile Dainne à 3 ans d’emprisonnement pour usurpation de fonctions publiques, 7 juillet 1871. Archives de Paris, D1U6 8.